Carmen-banniere-728x90

Nicolas Stavy et Éric Le Sage dans les tourments de Fauré

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Gabriel Fauré (1845-1924) : Nocturnes n° 1, 6 et 13 ; Romances sans paroles op. 17 ; Sonate n° 5 ; Mazurke n° 8 ; Ballade op. 19. Nicolas Stavy, piano. 1 CD Bis Records. Enregistré en 2018 au Reitstadel de Neumarkt in der Oberpflaz, Allemagne. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 59:12

Gabriel Fauré (1845-1924) : intégrale des Nocturnes. Éric Le Sage, piano. 1 CD Alpha. Enregistré en 2018 à la salle deSingel à Anvers, Belgique. Notice en français, allemand et anglais. Durée : 72:10

 

Faure Stavy BIS a choisi de peindre, tel un pointilliste, le paysage fauréen. Il ajoute à sa toile deux inédits instructifs. Pour sa part, Éric Le Sage se tourne vers le roman des treize nocturnes dont il offre une version marquante.

Les disques de  possèdent l’attrait non-négligeable de susciter la curiosité de l’auditeur. Ce volume consacré à Fauré réunit des œuvres composées sur six décennies. Autant dire qu’il n’y a guère de point de comparaison entre la Sonate et la Mazurke, respectivement de 1863 et 1865 et l’ultime Nocturne n° 13 de 1922.

Les deux premières pièces sont des premières mondiales au disque. La Sonate en trois mouvements fleure son Mozart et son Haydn. On l’écouterait volontiers sur pianoforte et nous doutons que l’intention de Fauré ait été de parodier ses classiques, mais davantage de creuser les ressorts de leur écriture. Plus personnelle est la Mazurke dont Nicolas Stavy montre avec conviction les contrastes dynamiques et harmoniques qui laissent présager une œuvre en devenir. Des trois Nocturnes et de la Ballade, retenons un jeu allant, presque trop, par crainte, peut-être, de souligner l’émotion de cette musique. Les fins de phrases s’éloignent ainsi de toute pensée qui pourrait suggérer un début de sensualité. Cette relative distanciation est compensée par un toucher et la sonorité d’un piano – superbes timbres du Steinway dans la Ballade – que l’on apprécierait tout autant (et paradoxalement) dans Brahms.

Faure Le Sage AlphaLe nouveau volume de l’intégrale Fauré entreprise par Éric Le Sage avec, parfois divers partenaires, est, cette fois-ci, un pur récital. Le défi est grand de réunir treize opus, ce journal intime ou selon l’expression, un « examen de conscience musical » échelonné sur un demi-siècle de création.

Sous les doigts d’Éric Le Sage, ces chefs-d’œuvre de l’art de la confession ne sont pas des nocturnes au sens des Nachtstücke du romantisme allemand. Il s’agit bien davantage de contes dont chacun possède son univers sonore. Treize « histoires » fantastiques portées par une émotion tout juste contenue, à peine pressée (Nocturnes n° 1, 3, 5) à peine trop lente (Nocturne n° 6). Le toucher perlé (Nocturnes n° 2, 7), la longueur de son, le jeu sur les harmoniques, les phrasés… tout est juste car sincère. L’interprète exalte les non-dits et jusqu’au désespoir (Nocturnes n° 10, 11). Chez Fauré, l’effusion peut demeurer pudique et voluptueusement souriante à la fois, mais aussi prendre la force d’un requiem. Et c’est exactement ce que nous entendons. Une intégrale particulièrement riche et homogène.

 

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.