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La pianiste Eva Gevorgyan, prix découverte des ICMA

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IMG_7472-11-03-19-10-51La jeune pianiste russe a déjà joué sur de nombreuses scènes prestigieuses. Étudiante à l’École centrale de musique de Moscou et boursière de l’ de la Principauté du Liechtenstein, elle a remporté un grand nombre de prix lors de divers concours, ainsi que le « Prix découverte » 2019 des ().

« J’ai une grande responsabilité lorsque je représente mon pays au gala des . »

ICMA : Qu’avez-vous ressenti à la nouvelle d’avoir été récompensée par les ICMA ?

: Joie et bonheur ! Pouvoir jouer avec l’ est un grand événement pour tout musicien. Cette récompense devrait certainement être l’impulsion pour mon développement ultérieur. J’ai une grande responsabilité lorsque je représente mon pays au gala des ICMA à Lucerne. Et, bien sûr, c’est un grand honneur de participer à une cérémonie aussi importante dans le monde de la musique classique, aux côtés de musiciens de renommée mondiale.

ICMA : Cette année, vous avez 15 ans et vous avez réussi à obtenir les meilleurs prix dans 40 concours de piano. Cela signifie que vous participez à des concours environ quatre ou cinq fois par an. Est-ce que ceci n’est pas difficile ?

EG : Les concours sont très importants dans la vie de tout musicien, car ils permettent de se montrer devant un large public. Chaque compétition est pour moi une nouvelle expérience et la chance d’obtenir de nouveaux engagements. Après les concours, je suis souvent invitée à divers festivals et concerts, ce qui est important pour moi. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles je poursuis mon marathon de compétitions.

ICMA : J’ai également entendu dire le contraire, que les concours ralentissent le développement et l’expansion du répertoire.

EG : Ce n’est absolument pas mon cas. Je change toujours de programme en me préparant pour des nouveaux concours. Le programme musical doit être constamment renouvelé, et le répertoire doit être élargi et développé.

ICMA : Lannée dernière, un prix vous a donné l’occasion de jouer un récital à Ferrara. Était-ce intéressant ? Qu’avez-vous joué ?

EG : Ce fut une expérience merveilleuse : un théâtre incroyable, une très belle salle et un accueil chaleureux du public. J’ai interprété la Toccata en sol de Bach, la Sonate n° 10 de Beethoven, la Sonate n° 2 de Schumann, le Sposalizio et la Rhapsodie espagnole de Liszt, ainsi que la Polonaise op. 44 de Chopin et plusieurs bis.

ICMA : Un assemblage assez habituel d’œuvres classiques. Pourquoi n’avez-vous pas proposé une sorte de programme conceptuel ou thématique ?

EG : En ce qui concerne le répertoire, je demande toujours conseil à ma merveilleuse enseignante, Nataliya Trull, professeure au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou. Je joue, par exemple, un certain nombre de pièces non standard et rarement exécutées, de compositeurs comme , , William Bolcom, ou . Pour les récitals thématiques, j’ai donné, il y a quelques années, un concert dont le programme ne se composait que d’œuvres de Chopin. Une autre fois, j’ai joué intégralement Les Saisons de Tchaïkovski et les Moments musicaux de Rachmaninov.

Eva-Gevorgyan2ICMA : Vous portez toujours de belles robes de concert, des robes de princesse, je dirais. Votre apparence sur scène est-elle importante pour vous ?

EG : Vous ne pouvez pas monter sur scène sans penser à votre apparence. Par contre, je suis, bien évidemment, plus attentive à la façon dont je joue, à la sonorité, qu’aux tenues qui ne constituent certainement pas l’aspect le plus important.

ICMA : Ne soyez pas timide. Les robes peuvent aussi inspirer. D’autre part, il existe un style moderne : Julianna Avdeeva, par exemple, s’est approprié une tenue vestimentaire masculine pour jouer…

EG : Je me suis produite plusieurs fois avec un pantalon et une veste. Confortable, mais avec une robe, je me sens plus féminine et sophistiquée.

ICMA : Avez-vous une tradition ou une règle selon laquelle vous vous concentrez avant vos concerts ?

EG : À chaque fois, je me rends compte que je ne joue pas pour moi, mais pour le public. Cela me motive vraiment. Parfois, vous êtes distrait par des pensées comme « quelle concert responsable », « quelle salle importante », « quelle peur », etc., et il est important de ne pas penser à ces choses-là, mais plutôt de réfléchir comment partager des émotions avec le public, pour lui procurer des impressions positives après coup.

ICMA : Plusieurs fois, vous avez participé au camp de musique Sirius à Sochi. Pourriez-vous partager vos impressions ?

EG : Sirius est un camp merveilleux pour les enfants doués de toute la Russie, et je suis heureuse d’y avoir séjourné à trois reprises, à la fois en tant que pianiste et en tant que compositrice. Grâce à Sirius, j’ai eu l’occasion de me faire de nombreux amis et de travailler avec des professeurs hautement qualifiés. L’atmosphère dans le centre éducatif est très amicale ; nous étions tous comme une grande famille. La nourriture était très bonne aussi.

ICMA : Vous avez participé au programme Conversation non-enfantine et avez même posé une question au président Poutine. L’aviez-vous préparée à l’avance ?

EG : La question que j’ai posée à Vladimir Poutine m’avait préoccupée depuis longtemps, ainsi que tous mes amis qui étudient dans des conservatoires spéciaux. Je lui ai posé des questions sur les examens de la 9e année, ou plutôt sur la possibilité offerte à tous les élèves doués en musique de réussir les examens dans des disciplines musicales telles que la théorie, la littérature musicale, le solfège ou l’harmonie, au lieu de deux examens au choix parmi les matières de l’enseignement général. Le président a déclaré qu’il réfléchirait avec ses collègues, et j’espère toujours qu’il nous rendra service. Ce serait un grand soulagement pour les musiciens professionnels, car nous passons beaucoup de temps à étudier ces sujets particuliers.

ICMA : Vous avez parlé de composition. Pensez-vous qu’à l’avenir, vous y consacrerez plus de temps qu’au jeu de piano ?

EG : Je compose principalement de la musique de chambre et des œuvres pour piano, en expérimentant différents styles. Maintenant, il m’est impossible de consacrer beaucoup de temps à la composition. J’aimerais composer plus dans le futur, mais je ne crois pas que cela puisse arrêter ma carrière pianistique.

« Mes cactus écoutent ma musique. » 

ICMA : Ayant déjà visité de nombreux pays, avez-vous eu l’occasion de vous produire dans des lieux insolites ?

EG : Le lieu le plus insolite où j’ai joué était en Italie, dans la ville de Chieti, dans un musée. Autour du hall, on pouvait voir des éprouvettes et des pots avec des animaux conservés dans de l’alcool. C’était un peu effrayant.

ICMA : Quel instrument avez-vous à la maison ?

EG : J’ai un piano Yamaha qui se trouve dans la cuisine, le seul endroit de l’appartement où il ne peut pas être entendu par les voisins.

ICMA : N’approuvent-ils pas votre profession ?

EG : Je suppose que je répète tellement qu’ils en ont assez…

ICMA : Vous êtes encore très jeune, voulez-vous parfois avoir du temps libre ? Pouvez-vous vous le permettre ?

EG : J’ai de merveilleux amis à l’école, nous nous promenons et passons du temps ensemble. Lorsque je voyage, je me familiarise avec différentes villes. J’aime aussi apprendre des langues étrangères. Je suis consciente qu’un musicien doit se développer de manière globale, lire des livres, regarder des films, vivre des émotions qui peuvent être mises en pratique dans la musique. Et j’aime également faire pousser des plantes : j’ai des cactus dans ma cuisine, ils écoutent ma musique et ils fleurissent même en hiver ! J’aime cela ! Au début, je les ai achetés moi-même. Et puis, après avoir appris quel est mon passe-temps, les gens ont commencé à les prendre avec eux pour les concerts.

Propos recueillis par Evgenia Krivitskaya, du magazine russe Musical Life, membre du jury des ICMA. Traduction et adaptation : Maciej Chiżyński, représentant de ResMusica au jury des ICMA.

Crédits photographiques : © D.R.

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