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Drame, burlesque, fanfare et autres amusements de Chostakovitch

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Suite pour orchestre de variété, suite de jazz n°2 ; Concerto pour piano, trompette et cordes n° 1 op. 35 ; L’Âge d’or op. 22. Antonii Baryshevskyi, piano. Romain Leleu, trompette. Brandenburgisches Staatsorchester Frankfurt, direction : Howard Griffiths. 1 CD Klanglogo. Enregistré à la salle Carl Philipp Emanuel Bach de Francfort-sur-l’Oder, en janvier 2018. Notice en allemand et en anglais. Durée totale : 64:05

 

4037408015264Si les orchestres russes se délectent de ce répertoire profondément ancré dans leur culture de la parodie et de l’humour au second degré, la formation allemande dirigée par n’est pas en reste.

Ce programme particulièrement bien équilibré associe des musiques à la fois “légères” et profondément novatrices. et l’orchestre d’Etat de Francfort ont parfaitement saisi que les trois pièces interprétées relèvent d’esthétiques complémentaires. En effet, chez Chostakovitch, la rengaine populaire s’associe magistralement à l’écriture savante.

La célèbre Suite de jazz n° 2 – le titre de Suite pour orchestre de variété est bien plus adapté – possède, ici, cette verve que l’on attend : un mélange de grandiloquence baroque, de brillance qui sature l’espace sonore pour ne pas laisser de répit à l’auditeur : « rentrez-vous bien cela dans le crâne » semble dire le compositeur. De fait, la lourdeur simulée des timbres presque trop beaux, se marie aux flonflons de l’Armée Rouge, au souvenir des opérettes de Franz Lehár et des marches de John Philip Sousa. Howard Griffiths dirige avec tempérament et beaucoup de “chic” cette musique dont on redécouvre presque la sensualité de l’inusable Valse n° 2. Nous sommes alors en 1938, au lendemain de la grande période des purges staliniennes.

Composé cinq ans plus tôt, le Concerto n°1 pour piano et trompette est un hommage détourné au classicisme et, de manière plus pragmatique, une pièce destinée au jeune pianiste Chostakovitch, qui n’a pas encore renoncé à sa carrière de soliste. La maîtrise de l’art du persiflage et de la dissimulation y est extraordinaire. On entend des réminiscences de thèmes de Mozart et de Beethoven, de Rhapsodies Hongroises de Liszt et de vagues influences du jazz à la trompette. Le piano d’Antoni Baryshevskyi est joliment timbré, mais capté un peu large face aux premiers violons aux couleurs bien dures. Il eut été souhaitable d’alléger la masse sonore de l’orchestre qui perd quelque peu son caractère “néoclassique” devant à un soliste au toucher déjà puissant. N’oublions pas non plus la belle présence de la trompette de , ironique et belliqueuse à souhait. Elle ponctue efficacement la belle énergie de l’ensemble.

Le second mouvement du Concerto reprend un thème de valse lente extraite du premier ballet de Chostakovitch, L’Âge d’Or, daté de 1930. Celui-ci est une commande officielle au thème étonnant : lors d’une exposition industrielle, deux équipes de footballeurs, l’une occidentale (et fasciste) et l’autre soviétique, s’affrontent. Pure propagande, assurément, au point que le livret ulcéra le compositeur. L’orchestration est proprement géniale car encore marquée par l’opéra Le Nez, partition révolutionnaire à tous égards. Le ballet en trois actes fut si peu dansable qu’il connut un échec retentissant. Chostakovitch en tira une suite en quatre mouvements d’une folle originalité. Les interprètes en donnent une lecture à la fois “soyeuse”, bucolique et moqueuse, mettant en valeur d’excellents solistes (bois et percussions). Une belle version qui rejoint celles de Jean Martinon, Leopold Stokowski, Eugene Ormandy, Effrem Kurtz et Maxim Chostakovitch.

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Suite pour orchestre de variété, suite de jazz n°2 ; Concerto pour piano, trompette et cordes n° 1 op. 35 ; L’Âge d’or op. 22. Antonii Baryshevskyi, piano. Romain Leleu, trompette. Brandenburgisches Staatsorchester Frankfurt, direction : Howard Griffiths. 1 CD Klanglogo. Enregistré à la salle Carl Philipp Emanuel Bach de Francfort-sur-l’Oder, en janvier 2018. Notice en allemand et en anglais. Durée totale : 64:05

 
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