Sonates et Variations de Beethoven au TCE par Igor Levit

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 16-V-2019. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour piano n° 30 en mi majeur op. 109 n°31 en la bémol majeur op. 110. Variations Diabelli op. 120. Igor Levit, piano

Pour son premier récital en France, soumet au Théâtre des Champs-Élysées les œuvres pour piano du dernier Beethoven, dans un programme exigeant par le jeu comme par l’esprit.

Le jeune pianiste de trente-deux ans n’a pas encore acquis assez de célébrité en France pour remplir le Théâtre des Champs-Élysées, et c’est devant une salle à moitié pleine seulement qu’ entre ce vendredi de mai, face à un public massivement installé à gauche de la scène dans l’idée de voir les mains, même s’il est acquis que l’on profite mieux du son d’un piano de l’autre côté.

Il débute l’énergique Vivace, ma non troppo de la Sonate n° 30 opus 109 sans se soucier de marquer les ruptures et d’utiliser les pédales avec vigueur, au risque de déstabiliser parfois le discours. Par rapport à son enregistrement de l’œuvre pour Sony, on ressent parfois ce soir l’excès d’habitude à jouer cette partition, au risque de vouloir y trouver autre chose que l’évidence portée auparavant. Les six variations du finale se prêtent cependant mieux au jeu, et préparent déjà la seconde partie du concert, en même temps qu’elles rappellent par cette lecture combien Beethoven lorgne ici vers Bach. Très concentré, Levit achève la sonate en levant seulement légèrement les mains du clavier, puis enchaîne directement sur l’opus suivant, sans avoir laissé percevoir un geste de relâchement à même de déclencher mécaniquement les applaudissements du public.

La Sonate n° 31 en la bémol majeur, opus 110, permet d’abord au pianiste de jouer avec les grandes arabesques du thème principal, vouté avec concentration sur son Steinway, non par peur de perdre une agilité déjà sans faille chez lui, mais bien plutôt pour maintenir au maximum la vocalité de l’un des Moderato cantabile les plus expressifs et en même temps les plus complexes du répertoire. Le scherzo en forme d’Allegro molto s’attache à contenir l’émotion pour ne pas déconcentrer avant le splendide Adagio, et ses deux fugues particulièrement bien mises en valeur par Levit.

Puis vient le temps des Variations Diabelli, opus 120, elles aussi comme les sonates précédentes enregistrées récemment par le pianiste, en même temps que les Variations Goldberg. Le thème est d’abord présenté, simple et sans trivialité, ni trop élémentaire, ni trop intellectualisé. Beethoven n’a pas jugé nécessaire, à l’inverse de Bach, de le répéter à la fin de l’ouvrage, et s’ensuivent donc seulement les trente-trois variations, avec une rupture marquée avant la grave Variation n° 14, puis juste avant la pesante Variation n° 20, qui divise véritablement le cycle en deux groupes. Levit hausse le discours avec un brusque accord introductif à l’attaque de la n° 21, et s’amuse ensuite à loisir avec le thème de Don Giovanni dans la n° 22. C’est pourtant avec les variations de la fin, en mode mineur, qu’il a le plus à exprimer, y compris dans la mise en valeur toujours délicatement surélevée des constructions de Beethoven, à commencer par les fugues, dont celle de la superbe n° 32, plus marquante dans cette lecture que la variation conclusive. En bis, l’Andante de la Sonate n° 10 opus 14 n° 2 clôture cet exigent récital, intégralement consacré à Beethoven.

Crédits photographiques © : Salzburger Festspiele / Marco Borrelli

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.