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Le piano en chantier de Georgia Spiropoulos à Manifeste

Festivals, La Scène, Spectacles divers

Gennevilliers. T2G. 6-VI-2019. Festival Manifeste. Georgia Spiropoulos (née en 1965) : Eror (The pianist), fantasmagorie pour piano-improvisateur, électronique, lumières et théâtre d’ombres animées (Création mondiale) ; conception, composition, dramaturgie, mise en scène, enregistrements sonores : Georgia Spiropoulos ; piano, improvisation, performance : Alvise Sinivia ; réalisation informatique Ircam : Benjamin Lévy ; bestbefore-Andreas Karaoulanis : design vidéo, animation ; Woozy-Vangelis Hoursoglou : peintures ; Georgia Spiropoulos, bestbefore-Andreas Karaulanis, Michail Spyropoulos, Evi Kerahli : photographies. Arnaud Jung : création lumière

eror_6La compositrice grecque poursuit son travail sur les relations entre l’écrit et l’improvisé avec Eror (The pianist), une œuvre multimédia pour pianiste-performeur, électronique et vidéo, dont elle conçoit, à travers un projet ambitieux et collaboratif, les dimensions sonores et visuelles, ainsi que la mise en scène et les lumières.

L’idée nait au lendemain des attentats du Bataclan, avec la nécessité de traduire cette sensation d’un sol qui se dérobe et cette instabilité d’une ville meurtrie : sans faire quelque chose de descriptif mais en traitant cette problématique de l’instabilité sous forme d’allégorie déclinant différentes thématiques. Pour la vidéo, contacte le street-artist grec Woozy, l’un des « graffeurs » les plus inventifs de son pays, qui lui cède treize dessins à découper comme elle l’entend. Sur l’un d’entre eux, le mot eror (avec sa faute d’orthographe) se connecte aussitôt avec l’idée originelle de la compositrice : l’erreur, mais aussi l’accident, le bug électronique (qui peut faire surgir la trouvaille), le bug économique de son pays ou encore la catastrophe de Tchernobyl… Des lectures, celle de Walter Benjamin (Paris, capitale du XIXe siècle), de Baudelaire (Le flâneur) et les récits de Svetlana Aleksievitch sur Tchernobyl ont accompagné la compositrice au fil de l’élaboration artistique.

Elle fait également appel au designer bestbefore-Andreas Karaoulanis et ses têtes animées (en live), dans un contexte où la ville et les couleurs doivent dominer. On est happé par ces images de murs tagués, de blocs qui surgissent et se défont, et par ces têtes fantomatiques (comme un théâtre d’ombres) qui s’inclinent de manière énigmatique au-dessus d’un mur : des figures d’icônes dans la pensée de la compositrice grecque, auxquelles l’œil associe tout du long la couleur de pierre d’anciennes cités byzantines.

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Comme elle aime le faire avec ses interprètes, Georgia Spiropoulos débute un travail de collaboration avec le pianiste-performeur , ancien élève d’, dans la classe d’improvisation générative. S’instaure alors cet échange fructueux entre les idées de la compositrice, qu’elle a fixées en amont, et le geste de l’improvisateur, sa propre énergie et son approche physique de l’instrument. Ainsi cette scène inaugurale puissante où le rideau se lève sur le pianiste en train de trainer son instrument avec de larges sangles – l’idée du labeur participe de la thématique – pour l’installer sur le devant de la scène. Il réitère six fois ce geste, correspondant aux six positions différentes de l’instrument sur le plateau et autant de séquences pianistiques où la vidéo parfois disparaît pour concentrer l’écoute sur le son. L’activité sur le clavier (jeu de trajectoires, irruption de clusters, etc.) et l’investigation sonore dans le « ventre » du piano, réclamant différents accessoires, relèvent autant de la gestualité induite par l’écriture que de l’improvisation-performance hors norme d’. À ce titre, il est le « modèle prototypique » d’une œuvre sur laquelle chaque nouvel interprète pourra laisser son empreinte. Les gants à prothèses (des baguettes à chaque doigt) qu’il revêt en fin de parcours donnent lieu à l’une des séquences les plus sophistiquées, quoique très peu écrite, nous dit Georgia Spiropoulos. Car l’électronique live est à l’œuvre ( aux manettes), qui apporte sa dimension sonore et transformative, avec des capteurs placés aux endroits stratégiques de la caisse et des transducteurs démultipliant les capacités résonnantes du piano. Les séquences électroacoustiques (sons fixés) accompagnent, quant à elles, la vidéo, avec cette obsession de la sirène emblématique qui traverse toute la pièce. On y entend également à plusieurs reprises des voix, réelles ou de synthèse. Celle d’Alvise Sinivia jaillit dans l’élan du geste, à un moment clé de la trajectoire, entendue comme un cri supervisant le contexte bruyant de la partie pianistique.

Le film de Sabine Massenet (Images d’une œuvre n° 25), en collaboration avec François-Xavier Féron , projeté après le concert, retrace les étapes d’une production exaltante autant qu’exigeante, mettant l’accent sur le processus d’échange et le travail collaboratif entre la compositrice, le performeur et l’équipe informatique .

Crédits photographiques : © Manifeste

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  • Ce n’est que juste une description de l’œuvre et des idées et pensées de la compositrice, mais pas du tout une critique du concert ou de la performance … ça me manque fort.

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