La superbe assurance de Steven Osborne dans les derniers opus de Beethoven

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour piano op. 109, op. 110, op. 111. Steven Osborne, piano. 1 CD Hyperion. Enregistré au Concert Hall de Perth, Écosse, en février 2018. Durée : 63:39

 

Beethoven Osborne HyperionHauteur de vue, maîtrise de la construction, clarté du propos… réussit le troisième album de son intégrale des sonates de Beethoven.

Le pianiste écossais a enregistré une vingtaine de disques pour le label anglais Hyperion, associant des œuvres parfois rares au grand répertoire. C’est le cas avec le troisième volume de son intégrale des sonates de Beethoven, qui regroupe les derniers opus, dans une immense arche.

La première impression est celle d’un contrôle total de la forme beethovénienne. La clarté polyphonique et la précision dans le choix des contrastes tant rythmiques que dynamiques caractérisent le jeu d’Osborne. La seconde impression est celle d’une volonté assumée de neutralité en termes de couleurs et de timbres. Le piano Steinway & Sons est assurément très bien réglé, mais n’offre aucune personnalité particulière si ce n’est une excellente définition dans l’aigu, peu de longueur de son et des basses assez quelconques.

dont le jeu est d’un « tact » remarquable (aussi bien au disque qu’en concert) peut ainsi se concentrer sur la matière sonore qu’il crée. L’opus 109 est travaillé avec un toucher particulièrement rond, enrichi d’échappées, de traits fulgurants, de rebonds maîtrisés grâce à une pédalisation parfaite. L’équilibre est préservé, la sonate se déployant avec une logique irréprochable. Tout chante avec naturel et l’Andante molto cantabile est un modèle quant au travail sur les harmoniques.

L’opus 110 est tout aussi admirable pour ce qui concerne la tenue du phrasé. Le discours se déroule avec une concentration extrême. La souplesse du toucher transforme les longues gammes en de véritables ponts entre les idées musicales. On pourrait parler d’une « symphonisation » de l’écriture tant la partition est pensée loin. Steven Osborne utilise des dynamiques maximales dans l’Allegro molto avant, peut-être, de songer dans la première partie du finale, Adagio ma non troppo, à quelque aria d’opéra. Les basses feutrées offrent un écrin magnifique à la voix imaginaire. Avec ses notes répétées dans l’aigu, il questionne l’auditeur avant que la déploration ne prenne de l’ampleur.

L’opus 111, véritable synthèse des deux partitions précédentes, fait voler en éclat la structure de la sonate traditionnelle. Là encore, la maîtrise technique est remarquable. Pourtant, si les tensions extrêmes et les instants de méditation s’ordonnent avec une logique imparable – et tout autant dans l’Arietta sans faille – il nous paraît manquer un élément. Sans parler d’un soupçon de folie, s’agit-il d’un manque de fantaisie ou bien de prise de risques dû à l’absence du public ? Le confort de l’écoute et l’intelligence de l’interprétation nous feraient croire en l’infaillibilité humaine. Une illusion, probablement, quand on revient, par exemple, à l’éternel Sviatoslav Richter.

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