Raretés chambristes au festival du lac Tuusula en Finlande par John Storgårds

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Tuusula, Finlande. Académie Pekka Halonen. 28-VII-2019. Missy Mazzoli (née en 1980): Death Valley Junction; Wilhelm Stenhammar (1871-1927): Quatuor à cordes n° 6; Allan Pettersson (1911-1980): Concerto pour violon et quatuor à cordes. John Storgårds: violon; Kamus Quartet : Terhi Paldanius, Jukka Untamala, violons, Jussi Tuhkanen, alto, Petja Kainulainen, violoncelle

Pour les festivals de l’été finlandais, les mélomanes ont l’embarras du choix : des festivals de tous les styles et de tous les formats sont organisés dans tout le pays et souvent dans des lieux magnifiques et isolés. Meidän Festivaali est un festival de musique de chambre qui a lieu dans la région du lac Tuusula, à environ une heure de route au nord d’Helsinki.

Missy_Mazzoli-photoMaryleneMey

Le programme commence avec l’œuvre la plus récente, Death Valley Junction de . De fausses harmoniques et glissandi rayonnants mais étourdissants et une beauté étrangement consolante marquent les premières pages ; peut-être une représentation sonore de la chaleur extrême de la Vallée de la Mort elle-même. La musique s’anime, culminant dans une accumulation de tension au fil des vagues successives, puis se retire dans une musique rappelant celle de l’ouverture.

Le Quatuor à cordes n° 6 de , du moins du point de vue expressif et harmonique, est l’œuvre la plus conventionnelle du programme. Composé en 1916, ce mouvement d’ouverture explore des paysages légèrement orageux, qui peut-être se rappellent de Sibelius. Le second mouvement, bref et fugace, est à la fois serein et rustique, tandis que le troisième mouvement, expansif, présente une musique d’une beauté pastorale calme et empreinte de tristesse. Le vigoureux mouvement final fournit une conclusion satisfaisante à l’œuvre.

Le Concerto pour violon et quatuor à cordes du grand symphoniste suédois , encore sous-estimé, est l’événement principal de cette soirée. Le concerto a été écrit en 1949, avant que Pettersson ne commence à écrire les symphonies gargantuesques sur lesquelles sa réputation est fondée. Bien que les territoires expressifs, techniques et sonores explorés dans le concerto ne seront généralement pas revisités dans les futures œuvres orchestrales, les qualités qui caractérisent Pettersson sont néanmoins évidentes : l’utilisation obsessionnelle des motifs et des gestes, le sentiment de tension extrême et les exigences émotionnelles et physiques constantes des musiciens impliqués.

Malgré un programme international de direction d’orchestre très chargé, reste un violoniste du plus haut calibre. La prestation de cet après-midi en fournit la preuve indiscutable : Pettersson exige une concentration et une virtuosité surhumaines de la part du soliste et c’est exactement ce que Storgårds réalise.

Pettersson étant Pettersson, le quatuor à cordes n’offre pas dans ce concerto un simple soutien harmonique mais joue un rôle tout aussi essentiel que le soliste dans la discussion musicale. En d’autres termes, les exigences extrêmes que Pettersson impose au soliste sont également imposées au quatuor. C’est là que le , qui a déjà fait ses preuves dans la première moitié du programme, confirme son statut d’ensemble de chambre de haut niveau. La précision de l’ensemble, l’intonation focalisée, la concentration inébranlable et la volonté d’embrasser les textures souvent dures et abrasives de Pettersson font résulter une interprétation marquante de cette œuvre extraordinairement puissante.

L’un des aspects les plus gratifiants de la musique de chambre est son intimité ; on peut vraiment voir et entendre la passion et l’engagement de chacun des interprètes individuellement. Aucune des œuvres présentées ce soir n’est un quatuor standard et il est clair que tous les musiciens croient vraiment en la grandeur de chaque pièce. Intense, joyeux, révélateur.

Traduction : Jean-Christophe Le Toquin.
Crédits photographiques :  © Mylene Mey

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