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Alain Damiens, un interprète heureux

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Alain Damiens. Lire, entendre, transmettre. Les Éditions du Conservatoire ; Collection Dialogue avec Anne Roubet. Paris, avril 2019 ; 179 p.

 

A-Damiens_Livre_couv Number one des Éditions du Conservatoire, ce « dialogue » entre la musicologue et philosophe et le clarinettiste , soliste de l’Intercontemporain durant trente ans, nous livre une somme de réflexions sur l’acte de jouer, l’art de transmettre et le bonheur de vivre la musique au contact de ceux qui l’ont composée.

« J’ai eu la chance d’entrer très tôt au Conservatoire de Paris et d’en sortir très vite » nous dit ce calaisien de souche qui fait ses premières expériences avec la musique contemporaine dans sa ville natale, au contact de musiciens engagés dans la création et l’improvisation collective. intègre dans la foulée l’EIC, choisi en 1976 par Pierre Boulez qui figure en tête de liste parmi les compositeurs, interprètes et personnalités de la vie musicale qui ont croisé le chemin et forgé la carrière du clarinettiste. De Boulez à Bartabas, en passant par Carter, Stockhausen, Berio, Lachenmann, Xenakis, mais aussi Pollini, Kagel, Globokar, Strauch et Eötvös, c’est un large pan de la création musicale des XXᵉ et XXIᵉ siècles qui se déploie à travers le témoignage de l’interprète et autant d’entrées qui rythment ces entretiens, fort bien menés par et illustrés par une foule de portraits et photos de concert très attachants.

Avec des mots simples et justes, ces « images de vérités » que lui enseigne Boulez, Alain Damiens nous parle des moments précieux vécus au contact des « très grands » : avec Boulez d’abord, lors de la création de Dialogue de l’ombre double que le clarinettiste va enregistrer deux fois. Damiens évoque le compositeur mais aussi le chef qui dirigeait l’EIC et l’aura de cette personnalité hors norme. Le récit, qui ne va pas sans humour, des cinq jours passés à Cologne chez Stockhausen pour travailler avec lui In Freundschaft, qu’il devait jouer en concert au Centre Pompidou, est un des plus étonnant : « Il émanait de lui quelque chose d’enfantin, de très sensible et de très beau » lit-on à cet endroit. L’œuvre figure dans le premier enregistrement solo du clarinettiste paru en 1988, un album mythique qui nourrit abondamment le propos des deux interlocuteurs. L’autre album dont il est question, American Clarinet (1999) dans lequel Damiens joue le Concerto de Carter, témoigne de son intérêt pour les musiques répétitives, celle de Steve Reich notamment qui n’était pas encore au répertoire de l’EIC à cette époque. Interprète et improvisateur, sinon compositeur, Alain Damiens est aussi un passeur, qui ne rechigne pas à parler de problèmes techniques et nous fait part de son approche méthodique s’agissant de l’écriture contemporaine, « les cadeaux reçus des compositeurs, que je donne aux étudiants que je rencontre » aime-t-il à préciser. Mais plus encore que le savoir-faire sur la clarinette, c’est l’ouverture sur le monde qu’il veut enseigner à la jeune génération d’interprètes, « pour qu’ils accèdent à une pleine conscience de l’acte musical et qu’ils soient à même de se sentir heureux d’être musiciens… ».

 

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Alain Damiens. Lire, entendre, transmettre. Les Éditions du Conservatoire ; Collection Dialogue avec Anne Roubet. Paris, avril 2019 ; 179 p.

 
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