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Howard Shelley dans Johann Baptist Cramer

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Johann Baptist Cramer (1771-1858) : Concerti pour piano et orchestre n° 4 en ut majeur op. 38 et n° 5 en ut mineur op. 48. London Mozart players ; Simon Blendis, violon conducteur ; Howard Shelley, piano et direction musicale. Un CD Hyperion records. Enregistré en l’église Saint-Jean l’Evangéliste, Upper Norwood, Londres, en juin 2018. Durée : 60:52

 

Parallèlement à l’impressionnante série consacrée au concerto pour piano « romantique », toujours en cours, Hyperion records s’est plus récemment engagé dans une anthologie dévolue au répertoire classique de la formule. 

Johann Baptist Cramer_Howard Shelley_HyperionLa direction artistique et orchestrale et la partie soliste en est ici exclusivement confiée à , déjà souvent sollicité soit comme pianiste soit comme chef par l’éditeur britannique pour l’exploration de répertoires peu courus à la charnière des dix-huitième et dix-neuvième siècles. Il nous propose de découvrir, en compagnie des ,  et deux de ses concerti.

, né à Mannheim dans une famille de musiciens, mais très jeune installé à Londres au fil des aléas de la carrière paternelle, suivit en la capitale britannique l’enseignement pianistique décisif de Muzio Clementi. Il se fit vite une réputation de virtuose au niveau européen par de longues et brillantes tournées, et ses premières sonates forcèrent au gré des générations l’admiration du jeune Beethoven, puis de Moscheles ou même de Schumann. Rentré à Londres dès 1791, Cramer y fut un pédagogue recherché, auteur d’un Studio per pianoforte (1804-10) et professa à la Royal Academy of Music dès la création de l’institution. Il nous laisse pas moins de neuf concerti pour son instrument qui, dans un héritage mozartien pleinement assumé malgré quelques originalités harmoniques ou orchestrales (par exemple, l’importance de la partie de flûte, si peu prisée par Wolfgang, colorant la petite harmonie), cultive au clavier certaines spécificités techniques « modernes » comme les figurations et ornements complexes, ou la mise en valeur du legato.
Toutefois, les quatrième (1804) et cinquième (1807) concerti ici regroupés sont par exemple postérieurs aux troisième et quatrième de Beethoven, qui apparaissent en comparaison furieusement modernes et novateurs par leur structures dialogiques ou l’intégration du soliste à la pâte orchestrale. L’avant-garde, il est vrai en ce début de siècle a quitté les rives de la Tamise pour celles du Danube. Mais même en regard, par exemple, des œuvres analogues de son aîné Dussek, pour rester dans un sillage londonien, le profilage thématique semble moins intéressant, les modulations moins riches, la virtuosité moins radieuse ou libérée des contraintes. Les mouvements vifs du quatrième concerto sont assez frustes quant à leur matériau, justement sauvés par une romance affetuoso de la plus belle eau, malgré son charme désuet. Le cinquième, avec trompettes et timbales dans la sombre tonalité d’ut mineur, se veut d’avantage tragique, mais sans le génie mozartien de la théâtralité (quand on songe au K.491, écrit dans la même tonalité…) et, dans sa totalité, l’œuvre dévisse quelque peu dès son larghetto central, assez banal pour se conclure en un rondo à l’hongroise scherzando d’un humour goguenard quasi haydnien, quelque peu incongru face au premier temps.

aime audiblement ce répertoire, et donne des interprétations très peaufinées des deux œuvres, dans des réalisations plus précises et corsetées que poétiques : peut-être le recours à un instrumentarium d’époque (ou à des copies de l’époque) aurait d’avantage dynamisé le discours, surtout de la part d’un claviériste aussi historiquement informé que notre soliste ; on imagine ce qu’un Andreas Staier ou un Krystian Bezuindenhout pourraient tirer de telles pages. Sans sombrer dans une routine insigne, ni frapper par une imagination débordante, les London Mozart assurent, à la manière de leurs enregistrements sous la direction de Matthias Bamert consacrés chez Chandos aux symphonistes classiques contemporains de Mozart, de correctes répliques, parfois mollassonnes et peu impactantes, notamment de la part des cordes graves à l’effectif un peu malingre ou d’un timbalier peu impliqué.

En conclusion, un disque utile, quoique secondaire pour connaître l’évolution du concerto pour piano en la banlieue mozartienne, mais un peu en retrait du disque Chandos consacré voici une bonne quinzaine d’années par les mêmes interprètes aux concerti 2, 7 et 8… du même Cramer.

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Johann Baptist Cramer (1771-1858) : Concerti pour piano et orchestre n° 4 en ut majeur op. 38 et n° 5 en ut mineur op. 48. London Mozart players ; Simon Blendis, violon conducteur ; Howard Shelley, piano et direction musicale. Un CD Hyperion records. Enregistré en l’église Saint-Jean l’Evangéliste, Upper Norwood, Londres, en juin 2018. Durée : 60:52

 
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