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Les Trios de Schubert avec Badura-Skoda, Pergamenchtchikov et Schneiderhan

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Franz Schubert (1797-1828) : Trios pour piano et cordes n° 1 en si bémol majeur, D. 898 (op. 99) ; n° 2 en mi bémol majeur, D. 929 (op. 100). Paul Badura-Skoda, piano ; Wolfgang Schneiderhan, violon ; Boris Pergamenchtchikov, violoncelle. 1 CD Gramola 99176. Enregistré du 9 au 12 décembre 1984 à la Grolier Sendesaal, Maison de la Radio de l’ORF, Vienne (Trio n° 1), et en live le 5 août 1981 au Festival de Salzbourg à la Wiener Saal, Mozarteum, Salzbourg (Trio n° 2). ADD. Durée : 76:36

 

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Le label viennois Gramola réédite opportunément en un seul CD les deux grands Trios de Schubert dans des enregistrements réalisés par la radio autrichienne (ORF).

gramola_schubert_trios_baduraskodaLes circonstances sont parfois bien troublantes : ce disque, paru initialement en 1986 en double microsillon par le label zurichois confidentiel Ex Libris (EL16968), fut publié très peu de temps avant le décès de ce mercredi 25 septembre 2019 et se révèle être par conséquent un hommage tristement inattendu à cet immense et très regretté pianiste viennois.

C’est en juillet-août 1812 que composa à 15 ans son Trio pour piano et cordes en si bémol majeur D. 28, dit « Sonate », en un seul mouvement Allegro où il n’est guère difficile de décerner l’exemple de Haydn ; toutefois on y trouve déjà bien des traits spécifiques du style de Schubert, notamment dans l’insistance des cordes sur des notes répétées.

Le compositeur ne reviendra à ce genre musical qu’un an avant sa disparition, en 1827, avec l’Adagio, mouvement de trio pour piano et cordes en mi bémol majeur D. 897, dit « Notturno », s’étant dorénavant affranchi de l’ombre beethovenienne écrasante – tout en admirant l’illustre compositeur allemand et le prenant souvent pour modèle – mais ce sont surtout les deux grands Trios pour piano, violon et violoncelle D. 898 (op. 99) et D. 929 (op. 100) qui ont commencé à recevoir les honneurs des tout grands interprètes depuis la version historique de Cortot-Thibaud-Casals chez EMI-Warner.

À l’évidence, le Trio n° 1 en si bémol majeur D. 898 (op. 99) a pour modèle le Trio n° 7 en si bémol majeur op. 97 « L’Archiduc » de Beethoven, à commencer par les similitudes de tonalité et de structure en quatre mouvements, mais il n’est certainement pas l’œuvre d’un épigone, Schubert échappant à toute imitation : on y retrouve le lyrisme si personnel et particulièrement poignant du compositeur, tout comme d’ailleurs dans le Trio n° 2 en mi bémol majeur D. 929 (op. 100), sommet absolu de son écriture, plus dramatique, plus secret, plus pessimiste.

Le remarquable pianiste viennois (1927-2019) – élève d’Edwin Fischer, rappelons-le – est un vétéran de la musique de chambre, notamment en Trio : faut-il rappeler ses enregistrements légendaires en compagnie de (1911-2003) au violon et (1918-1989) au violoncelle, chez le label américain Westminster ? Par sa propre volonté auprès de cet éditeur, il nous révéla dès les années 50 les joyaux de Haydn, Mozart, Beethoven, Brahms, Dvořák dans ce genre musical.

Après la dissolution de cette formation, Badura-Skoda continue ses prestations de chambriste en trio en s’adjoignant son compatriote violoniste (1915-2002) et le violoncelliste russe (1948-2004), avec autant de bonheur. Les enregistrements des années 80 sous rubrique en sont l’éclatant témoignage. Si est un honnête soliste de concert, il est surtout un excellent chambriste, soigné, précis, intelligent et scrupuleux dans les nuances de l’écriture. Mais la révélation ici est le violoncelliste ! Sa sonorité chaude, sensible et vibrante est en adéquation idéale au langage schubertien : il convient à ce sujet de souligner le fait qu’à partir de son admirable Quatuor à cordes n° 15 en sol majeur D. 887 (1826), Schubert accorda une forte prédilection expressive au violoncelle, et c’est bien évidemment le cas pour ces deux grands Trios.

La seule petite frustration provient de l’absence des reprises des expositions, et même, pour le Trio n° 2 en mi bémol majeur enregistré en public, l’omission de celles du Scherzando, ce qui porte ce mouvement à une durée ridicule et déséquilibrée par rapport aux autres mouvements, de 4 min 46 au lieu des 7 minutes ou plus habituelles… Les puristes se tourneront pour l’occasion à la version Westminster plus respectueuse à ce sujet.

 

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