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A Londres, Concerto / Enigma Variations / Raymonda Act III par le Royal Ballet

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Londres. Royal Opera House. 28-X-2019. Concerto/Enigma Variations/Raymonda Act III.
Concerto. Chorégraphie : Kenneth MacMillan. Musique : Dimitri Chostakovitch. Scénographie : Jürgen Rose. Lumières : John B. Read
Enigma Variations. Chorégraphie : Frederick Ashton. Musique : Edward Elgar. Décors : Julia Trevelyan Oman. Lumières : John B. Read
Raymonda Act III. Chorégraphie : Rudolf Nureyev. Musique : Alexandre Glazounov. Décors : Barry Kay. Lumières : John B. Read. Scénographie : Christopher Carr. Avec Raymonda : Natalia Osipova, Jean de Brienne, Vadim Muntagirov
Avec les étoiles et le corps de ballet du Royal Ballet

Le présente un somptueux programme mixte, associant Concerto de MacMillan, Enigma Variations d’Ashton et le brillant acte III de Raymonda dans la version de Noureev. 

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Ce premier programme de la saison 2019-2020 du a été conçu avec une grande pertinence et un brin d’originalité. Il associe trois pièces allant du néoclassicisme de MacMillan, au très classique acte III de Raymonda en passant par une œuvre inclassable et peu représentée du Britannique , Enigma Variations. Une œuvre abstraite donc et deux œuvres narratives, avec profusion de décors et costumes.
La richesse de ce programme consiste à illustrer la diversité de la danse de la seconde moitié du XXᵉ siècle et la capacité des danseurs du Royal Ballet à passer d’un registre à l’autre avec une égale virtuosité.

Concerto de est une œuvre créée en 1966 par le chorégraphe alors  jeune directeur du ballet de Berlin. Créée sur le Concerto pour piano n° 2 de Chostakovitch, la pièce, l’une des premières œuvres berlinoises de MacMillan, remporta un immense succès et fut immédiatement acquise par le Royal Ballet. Cette œuvre sans intrigue met en avant un groupe de cinq solistes (Anna Rose O’Sullivan, James Hay, Yasmine Naghdi, Ryoichi Hirano et Mayara Magri) sans pour autant oublier le corps de ballet. D’une difficulté redoutable, la chorégraphie ne souffre aucune inexactitude, qui se remarquerait immédiatement sur le fond dépouillé éclairé par une lumière vive et les costumes très près du corps. Cette œuvre met en avant le plaisir du mouvement, vif, enlevé, le jeux sur les décalés et laisse aussi la part à l’émotion artistique grâce au pas de deux central, pièce maîtresse de ce Concerto. Sur un fond orangé comme une aube naissante, les deux danseurs étoiles, Yasmine Naghdi et Ryoichi Hirano, entament un duo d’une grande douceur, dévoilant avec sensualité les lignes de la danseuse, qui s’appuie sur son partenaire comme à la barre. En effet, MacMillan s’est inspiré des attitudes à la barre de Lynn Seymour, son interprète de prédilection pour qui il composa ce pas de deux. Le temps semble s’arrêter devant la beauté des lignes étendues à l’infini sur les notes de piano égrenées voluptueusement.

Changement complet d’univers avec la présentation d’Enigma Variations, ballet en un acte de , créé en 1968 sur la musique d’. Dans un style très anglais et une ambiance vintage à souhait, ce ballet s’inspire de la vie du compositeur . Entouré de sa famille et de son cercle d’amis, dans sa maison du Worcestershire, Elgar attend une nouvelle importante. C’est par un télégramme qu’il apprend qu’un célèbre chef d’orchestre accepte de diriger la première d’Enigma Variations. Le ballet met l’accent sur la douceur de la relation familiale et l’amitié, sentiments rarement mis en scène par la danse.
Empreint de mélancolie, le ballet est aussi truffé de moments drôles et joyeux, avec la superbe prestation de dans la peau de l’impétueux Arthur Troyte Griffith. L’on remarque aussi la vivacité et le charme de Francesca Hayward en Dorabella, la présence empreinte de tendresse et de douceur de en Lady Elgar. Cette pièce, un peu datée, donne à voir les qualités d’interprétation de la compagnie.


Enfin, le rideau s’ouvre sur le somptueux décor de l’acte III de Raymonda, resplendissant de dorures et contribuant à la magie du ballet classique. Le Royal Ballet reprend la version de Rudolph Noureev, qui remonta l’acte III en 1966, sur la musique d’ et d’après la chorégraphie de . Ce n’est qu’en 1983, une fois à la tête de l’Opéra de Paris, que Noureev chorégraphia le ballet dans son intégralité. Cet acte III, conçu comme un divertissement en un acte célébrant les noces de Raymonda et Jean de Brienne, fut dansé pour la première fois par le Royal Ballet en 1969.
Le Royal Ballet offre une distribution de choix pour les rôles-titres. Les rôles de Raymonda et de Jean de Brienne sont interprétés par les étoiles et . Les deux danseurs russes font partie des danseurs à la carrière internationale, ayant été successivement étoile du Bolchoï, du Mikhailovsky, de l’American ballet Theater avant d’intégrer le Royal ballet en 2013. , formé à Perm puis à la Royal ballet School, a été nommé étoile de la compagnie en 2014 et se produit à l’international. Il sera notamment étoile invité à l’Opéra de Paris pour une série de représentations de Raymonda en décembre prochain.
Le spectacle est à la hauteur des attentes. La virtuosité de est époustouflante : précision des tours, élévation des sauts, noblesse du port, charisme en scène, le danseur devrait s’imposer à Paris.
Natalia Osipova est une Raymonda impériale, sure d’elle et un brin diva. Son interprétation de la variation dite « de la claque » est toutefois trop en force, sans les nuances d’expression que suggèrent les rondeurs orientalisantes de la musique.
Le corps de ballet est exquis dans les danses hongroises, le pas de quatre des garçons avec sa redoutable série de double tours en l’air et pirouettes est parfaitement exécuté. Les noces se terminent dans un joyeux et brillant bouquet final.

La variété des styles de danse présenté, les changements d’atmosphères, la profusion des décors font de ce programme une soirée riche et complète, qui montre la compagnie à son meilleur niveau.

Crédits photographiques : © Foteini Christofilopoulou, courtesy the Royal Opera House. Photographie n°1 : Concerto, MacMillan ; Photographie n°2 : Vadim Muntagirov dans Raymonda, Noureev

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Londres. Royal Opera House. 28-X-2019. Concerto/Enigma Variations/Raymonda Act III.
Concerto. Chorégraphie : Kenneth MacMillan. Musique : Dimitri Chostakovitch. Scénographie : Jürgen Rose. Lumières : John B. Read
Enigma Variations. Chorégraphie : Frederick Ashton. Musique : Edward Elgar. Décors : Julia Trevelyan Oman. Lumières : John B. Read
Raymonda Act III. Chorégraphie : Rudolf Nureyev. Musique : Alexandre Glazounov. Décors : Barry Kay. Lumières : John B. Read. Scénographie : Christopher Carr. Avec Raymonda : Natalia Osipova, Jean de Brienne, Vadim Muntagirov
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