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Opus 77. Alexis Ragougneau. Viviane Hamy, Paris. 243 pages. 19€. Septembre 2019

 

Alexis Ragougneau nous entraine dans l’opus 77, au cœur du Concerto pour violon n°1 de Chostakovitch, prélude à une névrose familiale que la musique tente en vain de masquer. Un roman d’une force tragique.

Opus77Ce qui est bien dans la famille Claessens c’est que tout le monde est doué pour la musique, le père, la mère et les deux enfants. Mais la musique peut-elle offrir un refuge stable pour les âmes sensibles ?

Ragougneau se propose d’analyser si le don permet de vivre vieux. En d’autres termes, est-ce que le fait d’être riche peut nous rendre moins malheureux ? Peut-on racheter ses traumas, ses névroses, son mal de vivre, simplement en vivant au-dessus des choses de ce monde grâce à la pratique très haut niveau de la musique ?

Toute une famille au service de la réussite du père. Sa carrière, son aura, son charisme, ses faiblesses, sa lâcheté. La précision de ses mains lorsqu’il dirige l’. Son étoile, sa prestance, son niveau de vie avec chauffeur. Pendant ce temps, s’organise autour de lui un véritable chaos familial. Cela commence par la mère, ex-cantatrice qui sombre dans le silence, suivie par le fils David, virtuose du violon au mutisme inquiétant. Reste la grande sœur, Ariane, la narratrice, devenue une pianiste reconnue dans le monde entier, belle âme sensible reconnue pour sa froideur, son détachement. Comment se blinder pour se protéger des siens ?

Au-delà d’une riche écriture et d’une composition inspirée par la beauté toxique de la famille, Alexis Ragougneau réussit à nous enfermer dans un huis clos plombé par le discours brillant de la musique. Une musique qui devient masque, pansement, paradis artificiel et tombeau, qui dit beaucoup, raconte beaucoup, sans remplacer cependant les paroles que l’absence ne formule jamais.

Si Ragougneau était peintre, nous dirions que son tableau est un vibrant hommage à la notion de naufrage. Et enfin, il y a , qui a enfoui toute sa folie derrière ses verres épais, comme ceux de l’immortel professeur d’Odessa. Quatre notes pour survivre « ré mib do si », qui tiennent dans une main gauche.  Presque une formule cryptée pour dénoncer l’enfermement de l’absurdité stalinienne.

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Opus 77. Alexis Ragougneau. Viviane Hamy, Paris. 243 pages. 19€. Septembre 2019

 
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