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Tarquin à Valence, un mal qui vous veut du bien

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Valence. La Comédie. 27-XI-2019. Florent Hubert : Tarquin, drame lyrique pour chanteurs, comédiens et orchestre de salle de bain, sur un livret d’Aram Kebabdjian. Mise en scène : Jeanne Candel. Scénographie : Lisa Navarro. Costumes : Pauline Kieffer. Lumières : Anne Vaglio. Avec : Florent Baffi, fils de Tarquin ; Delphine Cottu, la Juge ; Léo-Antonin Lutinier, le policier ; Damien Mongin, Tarquin ; Agathe Peyrat, Marta. Sébastien Innocenti, bandonéon et accordéon. Marie Salvat, violon. Myrtille Hetzel, violoncelle. Antonin Tri Hoang, clarinette et saxophone

S’appuyant ces dernières années sur des grands classiques de l’opéra comme l’Orfeo ou La Traviata (vue à Besançon), se lance aujourd’hui dans un drame lyrique 100% original. De Montreuil où le spectacle fut créé, puis ce soir à La Comédie de Valence, Tarquin mêle le mal absolu à une surprenante fantaisie décalée.

©JL-Fernandez
Chanté en allemand, le prologue relate le périple machiavélique du disparu dont le sort fera l’objet de toutes les attentions. Telle une fable épique, le narrateur (Florent Baffi), qui se révélera être le fils biologique du héros, raconte l’histoire du Général Tarquin, un militaire concentrant toute une tyrannie que l’on imagine difficilement tant elle est perverse et disproportionnée pour le commun des mortels. A ce chant, un accord tonal s’étire et se transforme sur un temps long : « matrice harmonique » de toutes les scènes suivantes, celui-ci est associé à ce personnage sanguinaire qui hante chaque protagoniste, chacun d’entre eux n’ayant qu’une seule angoisse : lui ressembler même qu’un peu.

Cette monstruosité est mise encore en exergue lorsque Tarquin (Damien Mongin), incarnation parallèle du passé nue dans son bain, est accompagné d’une Sérénade de Schubert : la beauté musicale contre la laideur inhumaine. Cet « orchestre de salle de bain » composé d’un quatuor de musiciens passant de l’accordéon aux bandonéon, clarinettes, saxophone, violon et violoncelle, l’accompagne partout telle une ombre, parés de costumes militaires liés à la fonction de leur général. Mais finalement tout se mêle : les musiciens se mettent à jouer la comédie alors que les comédiens apportent la dimension lyrique du spectacle. Le patchwork est également de mise musicalement, le compositeur s’inspirant de Haendel (La Lucrezia), du langage lyrique contemporain tout autant que de musiques traditionnelles sud-américaines, et cela dans plusieurs langues.

Marta, fille adoptive du Général, convoquée dans le cadre de l’enquête de la Juge (Delphine Cottu) relative aux conditions du décès de son beau-père, retrouve la mémoire en chantant. possède une solide technique et la projection affirmée d’un soprano. Mais le langage vocal se transforme, tout comme le mouvement musical global de l’ouvrage, se terminant dans une expiration chaotique.

Ce chaos est aussi un élément bien présent dans la mise en scène de Jeanne Candel. L’unique décor de l’immense salle de bain du Général s’éventrant à l’aide d’un véritable marteau-piqueur (hallucinant !) afin de découvrir sa dépouille, Damien Mongin (Le Général), fantomatique et énigmatique en costume de ville ou en maillot de bain et palmes aux pieds, fait rire par à coup le spectateur, et cela malgré l’ignominie qu’il incarne.

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Spectacle hybride telle que la compagnie La vie brève a l’habitude de monter, ce Tarquin défend une construction intelligemment brouillonne. Chaque participant du projet est partie prenante dans l’écriture du spectacle, directement sur le plateau au moment des répétitions. Par ce biais, l’interprétation ne peut être que maîtrisée puisque la dimension créatrice de ce drame lyrique est largement soutenue par les propositions de tous.

Cette déroutante proposition ne laisse définitivement pas de marbre. L’originalité est de mise, âcre et drôle à la fois, entre enquête policière et comédie de boulevard, entre lyrique et théâtre pur. Tarquin étonne, remue, interroge… pour atteindre indéniablement son objectif.

Crédits photographiques : © Jean-Louis Fernandez

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Valence. La Comédie. 27-XI-2019. Florent Hubert : Tarquin, drame lyrique pour chanteurs, comédiens et orchestre de salle de bain, sur un livret d’Aram Kebabdjian. Mise en scène : Jeanne Candel. Scénographie : Lisa Navarro. Costumes : Pauline Kieffer. Lumières : Anne Vaglio. Avec : Florent Baffi, fils de Tarquin ; Delphine Cottu, la Juge ; Léo-Antonin Lutinier, le policier ; Damien Mongin, Tarquin ; Agathe Peyrat, Marta. Sébastien Innocenti, bandonéon et accordéon. Marie Salvat, violon. Myrtille Hetzel, violoncelle. Antonin Tri Hoang, clarinette et saxophone

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