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La Pastorale de Malandain à Chaillot, un hommage à Beethoven

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Paris. Théâtre national de la danse – Chaillot. 13-XII-2019. Malandain Ballet Biarritz. La Pastorale.
Chorégraphie : Thierry Malandain. Musique : Ludwig van Beethoven (Symphonie n°6 « Pastorale », Cantate op. 112, extraits des Ruines d’Athènes). Décors et costumes : Jorge Gallardo. Lumières : François Menou.
Avec 20 danseurs du Malandain Ballet Biarritz. Lui : Hugo Layer. Eux : Irma Hoffren, Mickaël Conte, Nuria López Cortés, Raphaël Canet.

Commande de l’Opéra de Bonn pour les 250 ans de la naissance de Beethoven, La Pastorale est un hommage du chorégraphe au compositeur mais aussi un hymne à la beauté à travers le prisme d’une Antiquité rêvée. Une œuvre lumineuse, qui reste néanmoins trop lisse.

Pour sa dernière création, qui se donne à Chaillot jusqu’à la fin de la semaine, , directeur du Centre chorégraphique national (CCN) de Biarritz, renoue avec la musique de Beethoven, qui lui avait déjà inspiré Les Créatures. Cette fois, il choisit la Symphonie n°6 Pastorale, à laquelle il adjoint des extraits des Ruines d’Athènes et du Cantate opus 112, Mer calme et Heureux voyage. Filant la métaphore de la vie rustique, il emmène les 22 danseurs du dans un voyage dans une Antiquité rêvée, une Arcadie vue comme un Age d’or et un retour à l’état de nature. De manière délibérée, Malandain ne souhaite pas s’inscrire dans un propos engagé sur la nature et la question de l’urgence écologique ; il  propose une œuvre intemporelle autour de la recherche de la beauté, ce qui relève finalement d’une forme d’engagement, le beau étant bien souvent dénigré et jeté aux oubliettes dans la création contemporaine.
Sa Pastorale est construite autour du voyage initiatique du personnage central, incarné par le lumineux Hugo Layer, accompagné par quatre guides spirituels. Ce voyage l’emmènera d’un monde terrestre caractérisé par les contraintes et l’étroitesse, à l’harmonie puis à la mort transcendée.

A la première étape chorégraphiée sur les Ruines d’Athènes, les contraintes dans lesquelles l’âme humaine est empêtrée sont matérialisées sur scène par un carré de barres fixes en métal au milieu duquel doivent évoluer les danseurs. Leurs mouvements, contraints de s’adapter à cet espace limité, sont néanmoins entravés par ces limites physiques. La chorégraphie offre force et puissance. Les danseurs et danseuses, vêtus de robes grises boutonnées dans le dos, s’appuient sur les barres pour sauter d’un carré à l’autre en déployant les jambes, glissent dessus en se tractant par la force du poignet, ou encore se recroquevillent pour passer en-dessous.
Le personnage central reste seul au centre du dispositif et ses guides spirituels, incarnés par Mickaël Conte et Irma Hoffren, lui ôtent sa robe grise pour découvrir une tunique blanche au tissu translucide.
Le carré de fer disparait dans les cintres et le plateau s’illumine d’un éclairage cru et vif, alors que retentissent les notes joyeuses de la Symphonie Pastorale. Le style de danse, qui diffère complètement de la première partie, fait référence à l’Antiquité grecque, dans la lignée des danses de la première moitié du XXè siècle d’, de Nijinsky (L’Après-midi d’un faune) ou de . Les danseurs, dont la tunique rappelle celle de nymphes ou de jeunes adolescents, évoluent de profil, comme sur les frises des bas-reliefs antiques. Ils se tiennent les mains pour former des rondes ou des lignes qui viennent s’enrouler comme un escargot, avec une joie emprunte de naïveté, qui évoque l’Age d’or chanté par Virgile dans ses Bucoliques ou Ovide, dans ses Métamorphoses. Symbolisant cette harmonie, la danse est joyeuse, empreinte d’abandon et de relâchement.

Cette partie centrale, essentiellement composée de mouvements d’ensemble, n’est pas sans donner lieu à une certaine monotonie causée par le caractère répétitif des mouvements et le manque d’originalité de l’écriture chorégraphique, qui aurait pu creuser davantage les références à l’Antiquité afin d’en tirer un langage propre et neuf.
Au milieu des ensembles, un solo d’Hugo Layer, que l’on aurait aimé plus développé, ravit par la danse précise, délicate et raffinée du danseur, dont le corps gracile dessine des lignes très pures et étirées. Son personnage, épuisé, finit par mourir dans les bras de ses guides, qui le dépouillent de sa tunique.
Dans la dernière partie, qui symbolise un paradis ou monde spirituel, les corps des danseurs sont comme nus, dépouillés, seulement recouverts de tuniques couleur chair. La mort apparaît ici comme transcendée par l’Art.

En écho à l’œuvre intemporelle de Beethoven, Malandain produit une Pastorale riche et universelle, déconnectée à dessein d’un contexte et d’une actualité particulière, autour du thème de l’harmonie et de la beauté. Si sa danse met en valeur la cohésion du groupe, elle manque toutefois de relief et les personnages d’individualité pour susciter une réelle émotion. La beauté est là, mais une beauté idéale, lisse, qui manque de chair et d’incarnation.

Crédits photographiques : © Olivier Houeix

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Paris. Théâtre national de la danse – Chaillot. 13-XII-2019. Malandain Ballet Biarritz. La Pastorale.
Chorégraphie : Thierry Malandain. Musique : Ludwig van Beethoven (Symphonie n°6 « Pastorale », Cantate op. 112, extraits des Ruines d’Athènes). Décors et costumes : Jorge Gallardo. Lumières : François Menou.
Avec 20 danseurs du Malandain Ballet Biarritz. Lui : Hugo Layer. Eux : Irma Hoffren, Mickaël Conte, Nuria López Cortés, Raphaël Canet.

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