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Mélodies pour le psautier polonais de Mikołaj Gomółka par Agnieszka Budzińska-Bennett

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Mikołaj Gomółka (c. 1535-après 30 avril 1591) : sélection des Mélodies pour le psautier polonais. Paul Kieffer, luth Renaissance et guitare Renaissance ; Tomasz Sobaniec, percussions ; Marc Lewon, luth Renaissance et viola d’arco ; Jerzy Żak, luth ; Compass Viol Consort ; Chœur de la radio polonaise ; Agnieszka Budzińska-Bennett, harpe gothique et direction artistique. 2 doubles CD Polskie Radio. Enregistrés en l’église Saint-Martin à Cracovie (du 16 au 19 décembre 2016), ainsi qu’au château royal de Niepołomice (du 7 au 16 novembre 2017 et du 9 au 11 juillet 2018). Textes en polonais et anglais. Durée : 50:21, 60:54, 68:11, 54:34

 

, la gagnante des ICMA 2019 dans la catégorie « musique ancienne », nous restitue, en toute simplicité, la spiritualité et la polychromie des Mélodies pour le psautier polonais de . Un début d’intégrale qui invite à découvrir des trésors méconnus.

Mikolaj Gomolka_Melodie na psalterz polski_vols. 1 & 2 est un homme de la Renaissance polonaise. Né vers 1535 à Sandomierz dans une famille bourgeoise (date et lieu de son décès ne sont pas connus), il réside à partir de 1545 à Cracovie à la cour royale, où il est page et garçon chanteur. En avril 1548, il commence l’apprentissage de la musique sous la tutelle de Jan Klaus qui lui fait apprendre à jouer des instruments à vents, plus précisément des bois, ainsi que des instruments à cordes (comme violon et luth) et, peut-être même, de ceux à clavier. À partir de 1558, Gomółka est, jusqu’en 1563, instrumentiste professionnel faisant partie de la chapelle royale sous le règne de Sigismond II Auguste de Pologne. De 1566 à 1578, il habite de nouveau Sandomierz, sa ville natale, où il s’occupe des finances et exerce diverses fonctions liées au pouvoir judiciaire. Il y est l’un des sept juges non-professionnels. De 1572 à 1573, il est adjoint au maire de la ville. À l’âge mûr, il s’installe à Cracovie, où il est pendant quelque temps musicien de l’évêque Piotr Myszkowski, puis du chancelier Jan Zamoyski. À cette époque, il tente également sa chance comme entrepreneur, à la recherche de gisements miniers dans la région de Muszyna.

Si on ne sait pas pas si cette recherche est fructueuse, on connaît le succès des Mélodies pour le psautier polonais, publiées pour la première fois en 1580 dans l’imprimerie gérée par Jan Januszowski à Cracovie. Les psaumes sont chantés depuis l’Antiquité, mais ce n’est qu’à la Renaissance qu’on commence à les élaborer à plusieurs voix. Au temps de Gomółka, de nombreuses partitions de ce type sont créées, aussi bien sur les anciens textes latins que sur leurs traductions dans d’autres langues.

L’œuvre de Mikołaj Gomółka est une mosaïque de 150 mélodies à quatre voix, façonnées sur des textes polonais d’une paraphrase poétique du livre des Psaumes, effectuée par Jan Kochanowski, un poète et secrétaire royal du roi Sigismond II, et éditée en 1579. Dans la préface des Mélodies pour le psautier polonais, Gomółka explique dans un court poème le but de la composition de ces pages, que l’on peut traduire comme suit : « Sont joliment faites, / Pas destinées à des bêtes / Pas pour les Italiens, pour les Polonais / Pour nos simples indigènes ». Or, ces mélodies étaient censées être des pièces plutôt faciles, réservées pas forcement à des nobles, mais surtout aux gens ordinaires, à ces « simples indigènes » qui, avec un peu de désir et de compétences musicales, pouvaient les chanter seuls. Pour la culture musicale, la Pologne d’autrefois n’était donc pas en retard par rapport au reste de l’Europe. Fait intéressant, bien que Gomółka soit catholique et que l’édition des Mélodies pour le psautier polonais soit financée par l’évêque Myszkowski, ces œuvres pouvaient servir à la fois ses coreligionnaires comme les partisans de la Réforme.

Mikolaj Gomolka_Melodie na psalterz polski_vols. 3 & 4 a bien fait de nous restituer ces miniatures. Avec ses prestations, on redécouvre cette musique dans toute sa simplicité, mais aussi dans toute sa finesse et diversité expressive. Pour les quatre premiers volumes (sur un total prévu de dix) de cette intégrale, groupés dans deux doubles disques, elle a choisi soixante-quatre mélodies, en les divisant en quatre sections thématiques (conformément à des typologies théologiques existant aujourd’hui), de sorte qu’une section ne correspond qu’à un volume : psaumes d’action de grâce et pénitentiels, psaumes royaux, psaumes des pèlerins et psaumes du matin et du soir. À la tête du  et de plusieurs instrumentistes, elle illumine ces pages par la transparence des textures et la clarté de la diction. Sous sa direction, le chœur et les solistes de cette formation, voire les instrumentistes servent le texte au plus près : avec humanité, économie dans les ornements et sans mièvrerie ni théâtralité exagérée.

Agnieszka Budzińska-Bennett trouve leur valeur ajoutée dans la richesse des couleurs, la beauté des timbres, la mise en évidence des subtilités harmoniques, tout autant que dans une légère différenciation dans les accents et les articulations, notamment pour les fragments donnés par l’ensemble du chœur, d’une étendue dynamique parfois très large (si bien que la prise de son est marquée par des légers craquements qui résultent d’une mauvaise disposition des microphones, trop sensibles, comme au volume n° 4, plage n° 2). Sachant que Gomółka ne précise rien dans ces partitions sinon la hauteur et la valeur des notes agrémentées du texte verbal dont elles s’accompagnent, la lecture proposée par Budzińska-Bennett se base sur une vision purement artistique, à savoir l’imagination de l’interprète. Les teintes et les rythmes se multiplient – sans nuire à l’homogénéité de la sonorité du chœur a cappella – avec la variété des solistes, l’accompagnement instrumental (pour lequel on aurait aimé percevoir également les bois !), des diminutions baignées de virtuosité des ornements (exécutés au dessus de viole par Elizabeth Rumsey), ainsi que les intabulations proposées par les luths, tout en conformité avec les pratiques de la Renaissance.

Prêtons aussi l’attention au soin éditorial dont profite cette série : chaque album est muni d’un fourreau élégant et d’un livret imprimé sur un papier de qualité, offrant les paroles des mélodies chantées et leur traduction anglaise.

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Mikołaj Gomółka (c. 1535-après 30 avril 1591) : sélection des Mélodies pour le psautier polonais. Paul Kieffer, luth Renaissance et guitare Renaissance ; Tomasz Sobaniec, percussions ; Marc Lewon, luth Renaissance et viola d’arco ; Jerzy Żak, luth ; Compass Viol Consort ; Chœur de la radio polonaise ; Agnieszka Budzińska-Bennett, harpe gothique et direction artistique. 2 doubles CD Polskie Radio. Enregistrés en l’église Saint-Martin à Cracovie (du 16 au 19 décembre 2016), ainsi qu’au château royal de Niepołomice (du 7 au 16 novembre 2017 et du 9 au 11 juillet 2018). Textes en polonais et anglais. Durée : 50:21, 60:54, 68:11, 54:34

 
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