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Javier Perianes et Vanessa Benelli Mosell dans Ravel : une réussite et un loupé

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Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano en sol ; Pavane pour une infante défunte ; Sonatine ; Le Tombeau de Couperin, version pour piano. Vanessa Benelli Mosell, piano. Orchestre national royal d’Ecosse, direction : Carlos Miguel Prieto. 1 CD Decca. Enregistré au Royal Concert Hall de Glasgow, en octobre 2018 (Concerto) et à Prato, Italie, en mai 2019. Notice en anglais et italien. Durée totale : 65:26

Maurice Ravel : Concerto pour piano en sol ; Le Tombeau de Couperin ; Alborada del gracioso, versions pour piano et pour orchestre. Javier Perianes, piano. Orchestre de Paris, direction : Josep Pons. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré à la Philharmonie de Paris, en mars 2017 (Concerto) et à la Sala Unicaja Maria Cristina de Malaga, Espagne, en novembre 2018. Notice en français, anglais et espagnol. Durée totale : 81:05

 

L’œuvre de Ravel recèle de nombreux pièges. Son interprétation réclame une étude approfondie de son style si particulier.

Ravel Benelli Mosell DeccaEn 2015, la jeune pianiste italienne avait agréablement surpris par un premier album réunissant des œuvres de Stockhausen, Stravinsky et Beffa. Son cinquième disque produit par Decca Italie offre une conception pour le moins discutable de l’œuvre de Ravel. La Pavane pour une infante défunte se noie dans la pédale et multiplie les erreurs de respirations et de dynamiques. Cette maladresse ne serait que passagère sans une Sonatine totalement hors-style. Cette pièce à la fragilité extrême, petit joyau d’équilibre et de fantaisie n’est plus reconnaissable. Le piano « bouge » sans cesse, dans une sorte d’émotion à fleur de peau, une fébrilité bavarde. Le mouvement lent baigne dans une aqua alta de pédale forte et la Sonatine en devient décorative. Où sont passés le caractère solennel et enfantin à la fois du mouvement lent ainsi que la clarté moqueuse et rigoureuse du finale ?

Le Tombeau de Couperin est tout aussi dépareillé, entaché d’erreurs de phrasés et d’une sonorité brouillée à la main gauche. Sans réflexion sur les couleurs et les timbres ravéliens, sans humour (triste Rigaudon !), sans différencier un piano d’un double-piano, un forte d’un double-forte dans la Toccata, l’œuvre devient purement scolaire. Le Concerto en sol révèle l’abattage de l’interprète – une qualité appréciée dans son Deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov – mais tout aussi peu de finesse. Certains traits tournent à du mauvais Gershwin. L’absence d’ironie, de mystère est tout aussi problématique du côté d’un orchestre bruyant et peu précis (le hautbois « mange » une demi-mesure dans le premier mouvement à 5’53’’ et le montage est des plus rudes). est peut être intimidée dans le mouvement lent. Comment expliquer la tenue incertaine du tempo et un chant vide de sens dans les triples croches ? Il ne nous reste que l’état primaire de la mélodie. Dans le finale, les interventions solistes (piccolo et basson, par exemple) disparaissent dans la masse sonore.

Ravel Perianes HMLe Tombeau de Couperin de l’Espagnol a le mérite d’une certaine noblesse
de ton. Pour autant, le pianiste ne prend aucun risque, à la limite du contresens avec un Prélude plus debussyste que ravélien. Perianes « raconte » bien dans le Rigaudon dont il n’oublie pas la rusticité villageoise. La Toccata bien réalisée manque un peu de caractère, tout comme l’Alborada del gracioso dont on aurait aimé un soupçon de folie supplémentaire. Dans ces deux œuvres proposées aussi dans leur version orchestrale – d’où le titre de l’album « Jeux de miroirs » – on apprécie les couleurs fauves des pupitres. libère les vents avec beaucoup d’intelligence musicale. Ceux-ci s’amusent du morcellement des espaces et du jeu des silences. L’ demeure incomparable dans son « pré carré ». On se régale à nouveau de ces couleurs typées dans le Concerto en sol avec une mention toute particulière pour les pupitres de flûte, clarinettes et bassons. Nous restons un peu sur notre faim dans le mouvement lent, l’orchestre et le soliste restant chacun dans leur univers : le piano contrôle un rubato distingué avec une remarquable main gauche et l’orchestre offre un décor de bon aloi. Sans être une référence, voilà une belle version qui ne détrônera pas les témoignages précédents de l’ avec Ciccolini et Martinon puis Weissenberg et Ozawa (Warner Classics).

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Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano en sol ; Pavane pour une infante défunte ; Sonatine ; Le Tombeau de Couperin, version pour piano. Vanessa Benelli Mosell, piano. Orchestre national royal d’Ecosse, direction : Carlos Miguel Prieto. 1 CD Decca. Enregistré au Royal Concert Hall de Glasgow, en octobre 2018 (Concerto) et à Prato, Italie, en mai 2019. Notice en anglais et italien. Durée totale : 65:26

Maurice Ravel : Concerto pour piano en sol ; Le Tombeau de Couperin ; Alborada del gracioso, versions pour piano et pour orchestre. Javier Perianes, piano. Orchestre de Paris, direction : Josep Pons. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré à la Philharmonie de Paris, en mars 2017 (Concerto) et à la Sala Unicaja Maria Cristina de Malaga, Espagne, en novembre 2018. Notice en français, anglais et espagnol. Durée totale : 81:05

 
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