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A Clermont, L’Italienne à Alger, Rossini à Holywood

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Clermont-Ferrand. Opéra Théâtre. 16-I-2020. Gioachino Rossini (1792-1868) : L’Italiana in Algeri, dramma giocoso en deux actes sur un livret d’Angelo Anelli. Mise en scène : Pierre Thirion-Vallet. Décor : Frank Aracil. Costumes : Véronique Henriot. Lumières : Véronique Marsy. Avec : Maria Ostroukhova, Isabella ; Joseph Kauzman, Lindoro ; Rémi Ortega, Taddeo ; Eugenio Di Lieto, Mustafà ; Sophie Boyer, Elvira ; Anne-Lise Polchlopek, Zulma ; Florian Bisbrouck, Haly. Chœur d’hommes : Thierry Cantero, Olivier Hernandez, François Lilamand, Thomas Monnot, Matthias Rossbach et Guilhem Souyri. Orchestre Les Métamorphose, direction : Amaury du Closel

La production annuelle clermontoise propose une transcription maîtrisée et une direction musicale enlevée de L’Italienne à Alger. Le savoir-faire du Centre Lyrique Clermont Auvergne partira ensuite sur les routes de France dès les prochains jours.

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Avec un livret basé sur une histoire vraie, Rossini ne se prive pourtant pas de composer une parodie déjantée pour son Italiana in Algeri. En transposant l’intrigue au cœur de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, les effets du metteur en scène ne manquent pas de s’inscrire dans la même veine : quelques libertés avec le livret pour faire référence à cette transcription scénique (le tournage d’un film intitulé « L’Italienne à Alger ») ou bien à l’actualité du moment (« Faisons grève contre la réforme des retraites ! ») ; un unique décor précis et immédiat pour une parfaite lisibilité du plateau (impressionnante caméra qui s’ouvre pour dévoiler la loge d’Isabella) ; des costumes excentriques afin de souligner encore s’il le fallait l’ambiance bouffe de la soirée… Le ton est donné dès la voix off maniérée promettant au public « de l’action, de l’amour et des loukoums » ! Les rires ponctuent donc ce spectacle alors que cette proposition oublie de calibrer avec finesse l’émotion que peut susciter cette partition, Lindoro se retrouvant par exemple sur un dromadaire en carton pour un « Languir per une bella » à contre-emploi, les soupirs amoureux et nostalgiques se transformant ici en grands éclats de rire.

Durant l’ouverture, l’attention se tourne vers l’apparition des différentes starlettes accaparées par les flashs des photographes qui les entourent. Le cinéma muet promis dans la note d’intention aurait pu s’exploiter ici au mieux avec une simple pantomime, l’ouverture scintillante pâtissant des interpellations des différents protagonistes et des réactions d’un public hilare face au burlesque de ce parti pris. Dommage.

Mais patience : ne se laisseront pas faire. Malgré un cor « obbligato » qui manque de précision et un accompagnement des récitatifs au clavecin parfois déroutant, l’orchestre est tout du long un véritable partenaire des voix. Traduisant au plus près les tensions via les fameux « crescendos rossiniens », brillent par leur clarté et leur interprétation enlevée. La direction d’ est appréciable par son dosage équilibré ainsi que ses tempis retenus pour laisser la farce éclore. Les six voix du chœur d’hommes (des esclaves devenus techniciens), sont maîtrisées de bout en bout, les choristes se révélant également de parfaits comédiens et danseurs.

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Le timbre capiteux et les vocalises déliées de , affirment une Isabella conquérante et séductrice de bon goût. En effet, la mezzo-soprano épouse son rôle sans une once de vulgarité. Souveraine et charmeuse, la chanteuse joue sur ces deux tableaux en donnant véritablement du sens aux coloratures rossiniennes. Fripon, (Lindoro) montre quant à lui un souci des nuances constant alors que (Mustafà) se caractérise par un jeu scénique exemplaire, et que (Taddeo) déploie une voix peu caractérisée pour atteindre une éclatante folie. La distribution vocale est au final agréablement homogène en s’inscrivant sans complexe dans la folie cinématographique choisie par le metteur en scène, qui joue constamment sur le burlesque sans pour autant s’essouffler.

Cette nouvelle production est à la hauteur de l’annonce faite durant la soirée : en rejoignant la marque « Auvergne », signe du développement de l’institution, ce n’est pas une mais deux nouvelles productions lyriques par an que proposera désormais le nouveau « Clermont Auvergne Opéra ».

Crédits photographiques : © Yann Cabello

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Clermont-Ferrand. Opéra Théâtre. 16-I-2020. Gioachino Rossini (1792-1868) : L’Italiana in Algeri, dramma giocoso en deux actes sur un livret d’Angelo Anelli. Mise en scène : Pierre Thirion-Vallet. Décor : Frank Aracil. Costumes : Véronique Henriot. Lumières : Véronique Marsy. Avec : Maria Ostroukhova, Isabella ; Joseph Kauzman, Lindoro ; Rémi Ortega, Taddeo ; Eugenio Di Lieto, Mustafà ; Sophie Boyer, Elvira ; Anne-Lise Polchlopek, Zulma ; Florian Bisbrouck, Haly. Chœur d’hommes : Thierry Cantero, Olivier Hernandez, François Lilamand, Thomas Monnot, Matthias Rossbach et Guilhem Souyri. Orchestre Les Métamorphose, direction : Amaury du Closel

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