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Le Schubert marquant d’Adam Laloum pour son premier disque chez Harmonia Mundi

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Franz Schubert (1797-1828). Sonate en sol majeur D. 894 et Sonate en ut mineur D. 958. Adam Laloum, piano. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré à l’Eglie Luthérienne du Bon Secours, à Paris, en octobre 2019. Notice en français, anglais et allemand. Durée totale : 73:56

 

La trilogie allemande – Brahms, Schumann et Schubert – est au cœur du répertoire d’. Un répertoire dans lequel il est maître de l’art de la confession.

cover HMM902660 - Adam Laloum - Franz Schubert Piano Sonata D.958 894Les premières mesures de la Fantaisie, Andante, Menuetto et Allegretto (ce fut le titre initial mais impossible de la Sonate en sol majeur) séduisent d’emblée. La tenue du tempo, la maîtrise des timbres, des dynamiques, un esprit profondément narratif, respiré, passionnent de bout en bout. Pas un instant de répit, de baisse de tension dans l’univers de la Fantaisie, d’un imaginaire musical qui croît au fil de « l’improvisation ». Schubert transforme progressivement le climat méditatif en un cri de révolte d’une violence digne des dernières sonates de Beethoven. Plus contrasté encore, le « doux » Andante se charge d’une émotion prodigieuse avec la conjonction de la tonalité de si mineur et des accords dont laisse s’épanouir les irisations. C’est ce mélange de légèreté – fantaisie – et de tragique qui inspire le Menuetto dont la valse est pour le moins “indansable” ! Ce menuet farouche aux antipodes d’un quelconque divertissement est joué avec le goût des harmonies profondes. « Improvisation » à nouveau avec le finale au rythme sautillant et qui fait écho à une lointaine danse paysanne. Enjouée, elle offre une série de variations et de climats, certains plus proches du lied que de la pièce purement pianistique. Adam Laloum déroule avec un subtil mélange de charme et de panache, ce « bavardage » savant aux allures de mouvement perpétuel. L’œuvre n’a jamais cessé d’être ce qu’elle était : une confession douloureuse.

Sous les doigts du pianiste, la première des trois dernières sonates possède une pâte sonore tout aussi séduisante à l’instar de la rondeur granuleuse des basses du piano. Refusant toute raideur d’attaque au prétexte de montrer la modernité de l’œuvre, Adam Laloum joue de la fragmentation du récit. Peu de versions tiennent ainsi sans maniérisme et tout en préservant la beauté des timbres : brusques arrêts, respirations coupées, reprises sans lien apparent avec les phrases précédentes… L’auditeur ressent la force d’un pas irrésistible et sans but précis, une narration haletante. Quel contraste avec l’Adagio ! On est pris par le chatoiement des couleurs qui remplissent tout l’espace. La déclamation et la douleur exprimées renforcent la dramatisation du récit. Nulle monotonie dans le Menuetto qui prend le temps d’avancer avec souplesse, de marquer les silences. En toute logique, la course-poursuite fébrile et anxieuse du finale, sur un rythme de tarentelle, nous fait songer à certains passages de quatuors à cordes. Dans son théâtre d’ombres et de vie, Adam Laloum est l’un des rares interprètes à penser en chambriste. Voilà un Schubert marquant.

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Franz Schubert (1797-1828). Sonate en sol majeur D. 894 et Sonate en ut mineur D. 958. Adam Laloum, piano. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré à l’Eglie Luthérienne du Bon Secours, à Paris, en octobre 2019. Notice en français, anglais et allemand. Durée totale : 73:56

 
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