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Martha Argerich et Mischa Maisky font escale à Aix-en-Provence

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Aix en Provence. Grand Théâtre de Provence. 8-II-2020. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violoncelle et piano n° 2 en fa majeur op. 99. Robert Schumann (1810-1856) : Fantasiestücke op. 73. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur op. 40. Martha Argerich, piano. Mischa Maisky, violoncelle

Depuis 45 ans, et forment un duo qui les a conduits sur les plus grandes scènes internationales. Leur venue au Grand Théâtre de Provence était le rendez-vous à ne pas manquer samedi dernier dans un programme éclectique articulé autour de Brahms, Schumann et Chostakovitch.

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La Sonate pour violoncelle et piano n° 2 de Brahms débute par une générosité de jeu qui illustre à merveille le caractère brillant de l’Allegro vivace, notamment dans son thème initial. Le violoncelliste peine toutefois à trouver l’équilibre, que ce soit dans ses choix de lecture ou dans la projection du vibrato, là où le piano apparaît souverain et déroule un toucher transparent et sans faille. Il faut attendre les plages en demi-teinte pour retrouver davantage de corps et de précision de la part de et entendre un timbre plus soigné avec des lignes legato plus empreintes d’intériorité. L’Adagio affectuoso offre une douceur recueillie dont nous apprécions l’élégance expressive. Dans le mouvement suivant, apporte un phrasé lumineux et expressif ainsi qu’une profondeur et une touche de mystère par les ruptures de ton. Spontané, son jeu au fond du clavier soigne ses effets de manière fougueuse. Le finale résonne avec une vérité dévoilant une impressionnante variété de textures, contrairement au violoncelle qui, malgré un engagement viril, se limite à une intonation parfois monochrome.

Le niveau d’émotion se hisse d’un cran avec les Fantasiestücke de . L’archet de Maischa Maisky retrouve une flexibilité qui nous touche d’emblée et participe d’un climat poétique à fleur de peau. La qualité d’écoute et la symbiose entre les deux complices subliment l’expression. Ensemble, ils créent une atmosphère intimiste, riche en sentiments contrastés alternant des moments de contemplation, et des pièces plus incisives et tourmentées dans lesquelles Martha Argerich se fond avec naturel.

Après l’entracte vient le tour de la Sonate de Chostakovitch. Une unité d’ensemble caractérise cette œuvre phare du répertoire chambriste, indissociable des heures sombres du peuple russe. Avec souffle, Argerich déploie une palette immense de nuances et de dynamiques. Dans l’Allegro non troppo, c’est la pianiste qui pose et définit le rapport à l’espace et au temps. Chaque lueur d’espoir est ainsi vite balayée par une noirceur menaçante. Habité par le propos, Maisky est convaincant dans tous les registres. Son vibrato imprime cette ironie grinçante qui ne s’éloigne jamais loin. Sans excès, son instrument dévoile dans le Largo un lyrisme d’une gravité poignante presque glaçante. À l’opposé de ce climat plombant, le mouvement final offre un dialogue intense entre les deux musiciens en nous entraînant dans des envolées virtuoses et jubilatoires.

Le duo propose trois bis. Tout d’abord, Chopin et le Largo de sa Sonate pour violoncelle et piano, pour un changement de registre réussi. Puis, l’Introduction et Polonaise brillante du même auteur et l’irrésistible Liebesleid de Kreisler, qui ravivent une dernière fois l’émotion et réchauffe le coeur.

Crédits photographiques : © Ho-Belgaimage

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Aix en Provence. Grand Théâtre de Provence. 8-II-2020. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violoncelle et piano n° 2 en fa majeur op. 99. Robert Schumann (1810-1856) : Fantasiestücke op. 73. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur op. 40. Martha Argerich, piano. Mischa Maisky, violoncelle

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