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Création du trio pour flûte, violoncelle et harpe d’André Jolivet

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Paris. Philharmonie de Paris-Amphithéâtre de la Cité de la Musique. 3-III-2020. Claude Debussy (1862-1918) : Syrinx, pour flûte ; Sonate n° 1 pour violoncelle et piano ; Sonate n° 2 pour flûte, alto et harpe. Edgar Varèse (1883-1965) : Densité 21,5 pour flûte solo. André Jolivet (1905-1974) : Mana ; Trio pour flûte, violoncelle et harpe (création mondiale). Marine Perez, flûte. Manuel Vioque-Judde, alto. Emmanuelle Bertrand, violoncelle. Sylvain Blassel, harpe. Florent Boffard, piano

était à l’honneur dans l’amphithéâtre de la Philharmonie de Paris pour la création posthume de son Trio pour flûte, violoncelle et harpe, sous la double influence de Debussy et de Varèse.

Marine-Perez-by-Jean-RadelDe Debussy, il retient la formation instrumentale originale, qui influença une partie des compositeurs français au XXe siècle par les couleurs qu’elle permet. Avec Varèse, il s’ouvre à une recherche sonore inédite : « Avant Varèse j’écrivais avec des notes, maintenant, je compose avec des sons ». Jolivet écrit cette œuvre en 1934, à une période où il échange régulièrement avec Varèse, récemment parti aux États-Unis. En retraçant son histoire dans un avant-concert très éclairant, Lucie Kayas rappelle le rôle du harpiste Carlos Salzedo, proche de Varèse et également émigré, dans l’utilisation de modes de jeu nouveaux pour la harpe : sons métalliques, production du son avec la pédale seule (des « sons ésotériques » pour Salzedo)… À l’écoute, ces sons semblent employés comme un apport au style incantatoire de Jolivet, aux accents parfois violents et à l’écriture atonale. On est donc assez loin de la Sonate n° 2 pour flûte, alto et harpe de Debussy, sensuelle et énigmatique. Les timbres y sont également plus brillants et puissants : le violoncelle remplace l’alto, l’amplitude des nuances est plus grande. Le choix de la harpe Salzedo de Lyon & Healy de 1939 et de la flûte en platine contribue à cet effet. L’œuvre commence par un accord de la harpe, clé harmonique de l’œuvre, pour se dérouler en plusieurs séquences, marquées chacune par un climax de violence de la flûte et du violoncelle. La question de la représentation d’une œuvre retirée du catalogue par son auteur pourrait se poser, celle-ci pouvant être considérée comme une transition, une expérience avant Mana (1935). Aussi, la force de cette dernière, écrite pour piano seule, frappe-t-elle d’autant plus par son écriture ramassée et son magnétisme. Elle reste le chef d’œuvre d’. Pourtant cette création de ce soir fonctionne bien, non seulement par l’émotion que peut susciter une découverte posthume, mais surtout par l’investissement des musiciens : Sylvain Blassel à la harpe, à la flûte et au violoncelle. Les lignes de la musique sont révélées à l’auditeur vierge de toute première écoute, les parties s’articulent avec fluidité et une apparente liberté, les climax sont rendus avec intensité.

Ce trio qui termine le concert est amené par Mana, sous-titré « cette force qui nous prolonge dans nos fétiches familiers ». toujours précis dans le dédale rythmique et dans la résonance de la pédale, évoque particulièrement bien les gamelans de La Princesse de Bali et donne un Pégase éclatant et percussif, au pouvoir magnétique sur l’auditeur. La première partie du concert, piochant dans le répertoire debussyte pour flûte, harpe, violoncelle et/ou piano, a de quoi séduire. envoûte dans Syrinx, avec une parfaite souplesse rythmique et une maîtrise du souffle sensible au non-flûtiste, jusque dans la tenue de la note finale pianissimo. Un peu plus loin dans le concert, elle a recours à un jeu évidemment bien différent pour Densité 21,5 de Varèse, aux puissants aigus, aux attaques marquées et aux sons éclatants, servis notamment par la flûte en platine utilisée à cet effet, ayant appartenu au flûtiste Fernand Dufrène. La Sonate pour violoncelle et piano ravit tout autant sous l’archet d’ qui jongle entre l’espièglerie et le lyrisme des deux premiers mouvements et le chant hispanisant du troisième. Enfin, la flûte et la harpe sont rejointes par l’alto tout aussi intéressant de , notamment dans la variété de ses nuances et l’apparente simplicité de son jeu, pour la Sonate n° 2 pour flûte, alto et harpe. Les trois instrumentistes parviennent à traduire le malaise et les méandres des deux premiers mouvements et l’énergie un peu folle (comme on parlerait d’herbes folles) du troisième. Il réussissent à laisser une impression de liberté qui innerve la musique et semble ouvrir les portes du XXe siècle.

Crédits photographiques : Marine Perez © Jean Radel

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Paris. Philharmonie de Paris-Amphithéâtre de la Cité de la Musique. 3-III-2020. Claude Debussy (1862-1918) : Syrinx, pour flûte ; Sonate n° 1 pour violoncelle et piano ; Sonate n° 2 pour flûte, alto et harpe. Edgar Varèse (1883-1965) : Densité 21,5 pour flûte solo. André Jolivet (1905-1974) : Mana ; Trio pour flûte, violoncelle et harpe (création mondiale). Marine Perez, flûte. Manuel Vioque-Judde, alto. Emmanuelle Bertrand, violoncelle. Sylvain Blassel, harpe. Florent Boffard, piano

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