Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Avec Les Passions, Julia Wischniewski incarne les héroïnes de Hændel à Castres

Plus de détails

Castres. Théâtre municipal. 1-III-2020. Les plus beaux airs des héroïnes d’opéra de Georg Friedrich Hændel. Georg Friedrich Hændel (1685-1759) : air de Berenice Scoglio d’immota fronte extrait de Scipione HWV 20 ; airs d’Almidera Bel piacere e godere et Lascia ch’io pianga extraits de Rinaldo HWV 7 ; Un pensiero nemico di pace extrait de Il trionfo des Tempo e del disinganno HWV 46a ; air de Melissa Ah spietato ! e non ti muove extrait de Amadigi di Gaula HWV 11 ; air d’Alcina Ombre pallide extrait d’Alcina HWV 34 ; airs de Cléopâtre Se pieta di me non senti et Da tempeste il legno infranto extraits de Giulio Cesare in Egitto HWV 17 ; Concerto grosso op. 6 N° 1 en sol majeur. Julia Wischniewski, soprano. Les Passions Orchestre Baroque de Montauban : Flavio Losco ; Nirina Betoto ; Gilone Gaubert ; François Costa, violons ; Solenne Burgelin, alto ; Pauline Lacambra, violoncelle ; Xavier Miquel, hautbois ; Yasuko Uyama-Bouvard, clavecin. Direction : Jean-Marc Andrieu

Le beau théâtre à l’italienne de Castres, entièrement restauré en 2010, affiche complet pour le concert de clôture de la trentième édition des Dimanches Musicaux. Pour l’occasion, les Passions de Montauban sont venus en voisins avec la soprano .

Lascia ch'io Pianga

Le programme propose un parcours d’airs d’opéra parmi la quarantaine composée par Hændel, qui sont autant de perles vocales et instrumentales. Malgré les difficultés techniques et la grande virtuosité de sa musique, tant instrumentale que vocale, les airs de Hændel sont un baume pour la voix, qui permettent d’exprimer toutes les nuances possibles des émotions humaines. Cette expression exacerbée des sentiments préfigure le bel canto, qui triomphera au début du XIXᵉ siècle, même si Hændel utilise la forme traditionnelle de l’aria da capo A B A, où la première partie définit une section musicale expansive et close, la deuxième, plus brève et refermée, tandis que la troisième revient au début, ce qui permet à l’interprète d’ajouter une ornementation plus ou moins généreuse, souvent improvisée. Cette forme très codifiée n’a rien de répétitif, ni d’ennuyeux, d’autant plus que le génie de Hændel sait flatter la voix autant que l’oreille.

Bien connue à Toulouse où elle se produit régulièrement avec le chœur de chambre Les Éléments, comme avec l’Ensemble Jacques Moderne dirigé par Joël Suhubiette, est une habituée des ensembles baroques, mais on l’entend également avec des formations plus imposantes comme l’Orchestre National du Capitole de Toulouse. Rompue au répertoire baroque, avec une projection puissante, de subtiles nuances et une expressivité communicative, elle maîtrise totalement la redoutable écriture hændelienne, si exigeante pour la voix, s’affranchissant avec aisance de la partition, malgré une épaule fracturée et un bras en écharpe à la suite d’un accident de ski.

Airs de bravoure et exacerbation des sentiments

Dans l’air de bravoure Scoglio d’immota fronte, de Scipione, Bérénice chante son amour indéfectible au milieu d’une tempête dans la montagne. Tout au long de sa carrière Hændel a réutilisé et recyclé de nombreux airs et morceaux d’une œuvre à l’autre. C’est le cas de Bel piacere e godere fido amore initialement composé pour Poppée dans Agrippina en 1706 à Venise, puis repris pour Almerina dans Rinaldo à Londres en 1711, selon un rythme inégal pour exprimer la joie.  L’oratorio Il trionfo del tempo e del disinganno a été composé en 1707 sur un livret du cardinal Pamphili. Le temps et la désillusion dénoncent le miroir aux alouettes que lui tend le plaisir et invite la beauté à plonger son regard dans celui de la vérité. Dans l’air Un pensiero nemico di pace, la beauté réfute l’univocité du temps. Issu du roman espagnol de chevalerie Amadis de Gaula, l’opéra Amadigi di Gaula créé au King’s Theater de Londres en 1715 met en scène d’invraisemblables amours contrariés par la magicienne Melissa entre les paladins  Amadigi, le prince Dardano et la princesse Oriana. Dans l’air Ah spietato ! e non ti muove, avec hautbois obligé, Melissa est désespérée. Hændel reprendra ce superbe air lent dans la Brockes Passion, puis dans Giulio Cesare. Dans Ombre Pallided’Alcina, créé à Londres en 1735, la magicienne éponyme, également désespérée a appelé esprits et spectres en une danse nocturne. C’est avec deux airs de Cléopâtre dans Giulio Cesare que Julia Wischniewski achève ce beau récital.  Avec Se pietà di me non senti, Cléopâtre apprend atterrée que son frère Ptolémée complote pour assassiner César dont elle est amoureuse. On perçoit dans l’écriture de Hændel qu’il éprouve une grande tendresse pour ses personnages et ses chanteuses. Enfin, dans Tempesta il legno infranto, Cléopâtre laisse exploser sa joie de savoir César sauvé.

Outre leur accompagnement subtil de ces beaux airs et pour laisser une respiration au public et à la chanteuse, ainsi que Hændel le pratiquait en intermède de ses opéras et oratorios, Les Passions interprètent é avec une belle énergie le célèbre Concerto grosso op. 6 n° 1 en sol majeur, qui convient également a chiesa, c’est-à-dire à l’église.

Et pour finir, le public enthousiaste réclamant un rappel, Julia Wischniewski et l’orchestre le gratifient du célébrissime Lascia ch’io Pianga d’Almirena dans Rinaldo « Laisse-moi pleurer sur mon cruel sort et soupirer pour la liberté. Que par pitié la douleur brise ces liens de mes martyrs ».

Crédits photographiques : © Alain Huc de Vaubert

Plus de détails

Castres. Théâtre municipal. 1-III-2020. Les plus beaux airs des héroïnes d’opéra de Georg Friedrich Hændel. Georg Friedrich Hændel (1685-1759) : air de Berenice Scoglio d’immota fronte extrait de Scipione HWV 20 ; airs d’Almidera Bel piacere e godere et Lascia ch’io pianga extraits de Rinaldo HWV 7 ; Un pensiero nemico di pace extrait de Il trionfo des Tempo e del disinganno HWV 46a ; air de Melissa Ah spietato ! e non ti muove extrait de Amadigi di Gaula HWV 11 ; air d’Alcina Ombre pallide extrait d’Alcina HWV 34 ; airs de Cléopâtre Se pieta di me non senti et Da tempeste il legno infranto extraits de Giulio Cesare in Egitto HWV 17 ; Concerto grosso op. 6 N° 1 en sol majeur. Julia Wischniewski, soprano. Les Passions Orchestre Baroque de Montauban : Flavio Losco ; Nirina Betoto ; Gilone Gaubert ; François Costa, violons ; Solenne Burgelin, alto ; Pauline Lacambra, violoncelle ; Xavier Miquel, hautbois ; Yasuko Uyama-Bouvard, clavecin. Direction : Jean-Marc Andrieu

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.