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Łukasz Borowicz nous fait (re)découvrir la musique de Nicolas Tcherepnine

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Nicolas Tcherepnine (1873-1945) : La Princesse lointaine op. 4 ; Narcisse et Écho op. 40. Moon Yung Oh, ténor ; Ein Vokalensemble ; Orchestre symphonique de Bamberg ; direction : Łukasz Borowicz. 1 CD CPO. Enregistré du 22 au 25 mai 2018 à la Joseph-Keilberth-Saal à Bamberg. Textes de présentation en allemand et anglais. Durée : 56:54

 

à la tête de l’ et d’ s’avère très convaincant dans le répertoire méconnu de .

Nicolas Tcherepnine_Narcisse et Écho_Orchestre symphonique de Bamberg_Łukasz Borowicz_CPOConnaissez-vous  ? Aujourd’hui oublié, il était pourtant de son vivant une importante figure en Russie comme en France. Diplômé du Conservatoire de Saint-Pétersbourg dans la classe de composition de Nikolaï Rimski-Korsakov en 1898, il travaille ensuite au Théâtre Mariinsky comme chef de chœur et, à partir de 1906, comme chef d’orchestre. Il y crée, entre autres, deux poèmes symphoniques d’Anatoli Liadov qui lui sont dédiés : Le Lac enchanté (en 1909) et Kikimora (1910). Parallèlement, depuis 1905, il enseigne au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où il est le fondateur de la classe de direction d’orchestre. Il y devient professeur en 1909, en charge de ses fonctions jusqu’en 1917. Parmi ses étudiants dans diverses matières, on compte notamment Sergueï Prokofiev.

Dès la création des fameux Ballets russes en 1907 par , Nicolas Tcherepnine établit une coopération étroite avec eux, mais, en tant que compositeur, il y est éclipsé par Igor Stravinsky. À partir de 1923, Tcherepnine enseigne – aux côtés des musiciens comme Fédor Chaliapine ou Nikolaï Medtner – au nouveau Conservatoire russe de Paris où il occupe le poste de directeur de 1925 à 1929, puis de 1938 à 1945. Ce travail ne lui apportant pas de revenus tangibles, il finit par tomber dans l’extrême pauvreté. Atteint, de plus, d’une surdité progressive, il gagne sa vie grâce à des commandes occasionnelles.

La Princesse lointaine op. 4, basée sur la pièce éponyme d’Edmond Rostand, est un prélude symphonique, une page des plus significatives parmi les premières œuvres de Tcherepnine, préfigurant ce que sera son style dans sa période de maturité créatrice : l’intérêt pour les légendes et les mythes anciens, l’orchestration raffinée, ainsi que des effets de couleurs saisissants. Créée le 31 août 1896 dans la salle des fêtes d’Oranienbaum en banlieue de Saint-Pétersbourg, cette partition se fait immédiatement remarquer par Mili Balakirev et Sergueï Liapounov.

Narcisse et Écho op. 40 est le deuxième ballet de Nicolas Tcherepnine inclus dans le répertoire des Ballets russes. Façonné sur commande de , il voit sa création scénique le 26 avril 1911 à Monte-Carlo sous la baguette du compositeur, mis en scène par Michel Fokine, avec les parties principales jouées par Tamara Karsavina et . Combinant scénographie, chorégraphie, danse et musique, il reflète les idées de l’esthétique du « Monde de l’Art », une association d’artistes russes optant pour le renouveau de l’art dans une synthèse de formes distinctes dont le théâtre, la peinture et la littérature.

Au plan de l’interprétation, défend ces pages avec contemplation et ardeur, sans emphase. Sa respiration est ample, favorisant une progression naturelle du mouvement et la mise en valeur de la ligne mélodique, du lyrisme et de la pureté. Au début comme à la fin du Narcisse et Écho, il nous plonge – par l’intermédiaire du raffinement des couleurs et d’un tempo relativement lent – dans une atmosphère quasi féerique, celle des climats perceptibles dans Daphnis et Chloé de Maurice Ravel, une œuvre élaborée à la même époque. Par la transparence des textures (et malgré une certaine irrégularité de la pulsation), Borowicz en fait ressortir la beauté des harmonies, en symbiose avec la douceur de la voix du ténor Moon Yung Oh et de l’expression du chœur , entonnant la totalité de sa partie sur la voyelle « a ». Par un sens du legato remarquable de souplesse, par la netteté de l’articulation et la précision rythmique, il donne vie aux diverses facettes, post-romantiques, impressionnistes et modernes contenues dans cette œuvre. Dans les morceaux successifs, la palette des teintes s’élargit, révélant dans toute sa splendeur l’imagination du compositeur et hypnotisant par sa variété et sa poésie. Ainsi, la délicatesse du tissu orchestral et l’élégance rare de la broderie des enchaînements d’accords mettent en avant une ambiance sonore unique : tantôt intimiste, tantôt onirique et mystérieuse. Les différents effets de ces pages, comme les flatterzunge ponctuant la partie de la flûte traversière sont rendus avec une simplicité qui jamais ne sacrifie son potentiel d’évocation.

Rappelons que Łukasz Borowicz n’est pas le seul à avoir honoré ce ballet – décidément, un chef-d’œuvre ! –, magnifié également par dans une gravure réalisée en 1998 pour Chandos, hélas indisponible chez les disquaires. On attend la suite avec impatience.

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Nicolas Tcherepnine (1873-1945) : La Princesse lointaine op. 4 ; Narcisse et Écho op. 40. Moon Yung Oh, ténor ; Ein Vokalensemble ; Orchestre symphonique de Bamberg ; direction : Łukasz Borowicz. 1 CD CPO. Enregistré du 22 au 25 mai 2018 à la Joseph-Keilberth-Saal à Bamberg. Textes de présentation en allemand et anglais. Durée : 56:54

 
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