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La cosmogonie de Patrick Burgan

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Patrick Burgan (né en 1960) : Sphères, 5 pièces pour grand orchestre ; Le Lac, Méditation symphonique pour soprano et orchestre ; Vagues pour orchestre. Orchestre National de France : direction Pascal Rophé. (1). Valérie Condoluci, soprano. Orchestre Colonne : direction Laurent Petitgirard (2). Orchestre des Lauréats du Conservatoire ; direction Jean-Sébastien Béreau. CD Klarthe. Enregistré à Radio-France les 18 et 19 mars 2003 (1) ; enregistré en concert à Radio France le 2 novembre 2015 (2) ; enregistré au Conservatoire de Paris le 12 octobre 1990. Texte français / anglais. 57:00

 

L’alliage du verbe et de la musique stimule l’activité compositionnelle de , créateur d’un Requiem et de bien d’autres épopées sonores induites par le propos littéraire. Si Le Lac, pièce d’envergure de ce nouvel album, vient confirmer cette orientation, Sphères pour grand orchestre n’en dispense pas moins sa force évocatrice, tandis que Vagues relève encore de l’influence des maîtres.

visuel-CD-orchestre-1200x1075L’entreprise est de haut vol, pourrait-on dire, s’agissant de la « méditation symphonique » pour soprano et orchestre Le Lac qu’inaugure la voix profonde et invoquante du violoncelle. L’œuvre fut composée en 2001 et largement révisée en 2014. Le compositeur y met en musique les seize quatrains du poème de Lamartine où la voix, flexible et éloquente, de la soprano dramatique Valérie Condoluci, est au service du poème tour à tour déclamé, proféré, voire chuchoté. Il revient à l’orchestre de tisser la dramaturgie, faisant vivre le texte par les oppositions (de la voix nue au surgissement instrumental) et les contrastes, entre véhémence et espace figé (« Ô temps suspends ton vol »). S’y emploie le geste énergétique de Laurent Petitgirard à la tête d’un Orchestre Colonne flamboyant, enregistré par Radio France durant le concert de création de la nouvelle version. La voix est nue, sensible et fervente dans la strophe 13 («Ô lac! Rochers muets! Grottes! Forêt obscure!...») avant de s’inscrire sur la toile orchestrale au spectre largement déployé dans les derniers quatrains, les plus beaux, où le chant se libère, tout à fois caressant et voluptueux. La performance de Valérie Condoluci force l’admiration par la clarté de la diction autant que par sa teneur expressive qui nous tiennent en haleine.

Les sphères (2003) répondent au format des Alla Breve de France Musique, soit cinq pièces de deux minutes chacune et autant de planètes choisies par notre compositeur pour assembler le puzzle. Burgan conçoit une suite kaléidoscopique, au fil d’une écriture très ciselée qui se renouvelle à mesure, dans une dialectique de l’horizontal et du vertical : de l’ondoyante Séléné aux scansions musclées de Mars, du théâtral Jupiter à l’élégante Vénus. Mercure retient toute notre attention, sorte de scherzo elfique habilement « monté », comme on le dirait d’une pièce électroacoustique, dont Pascal Rophé à la tête du « National » détaille les subtilités.

Formellement moins dessinée, Vague (1990) est une pièce de jeunesse du compositeur, sans doute celle qui conclut ses études au Conservatoire de Paris dans la classe d’Ivo Malec. Elle surprend par une approche radicale de la matière orchestrale, trahissant l’influence du maître et sa manière puissante et spectaculaire de « traiter » le son sous l’influence des techniques électroacoustiques dont il opère le transfert dans l’écriture instrumentale. Déferlements sonores, trames vibrantes (on y entend aussi des échos du « Sacre »), énergie furibarde et brutalité du geste percussif s’exercent dans Vagues, au sein d’un univers orchestral jubilatoire qui négocie de brusques virages ; l’espace est soudain silencieux, sorte de nocturne ensorcelé qu’ébranlent de terribles impacts sonores… La trajectoire est sinueuse mais l’oreille reste aux aguets, tandis que la musique de Wagner afflue, dans un « grand-mélange » macro-aléatoire célébrant la mémoire du maître de Bayreuth. L’Orchestre des lauréats du Conservatoire est placé sous la direction de Jean-Sébastien Béreau dans cet enregistrement d’une trentaine d’années dont il faut saluer la qualité de la prise de son.

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Patrick Burgan (né en 1960) : Sphères, 5 pièces pour grand orchestre ; Le Lac, Méditation symphonique pour soprano et orchestre ; Vagues pour orchestre. Orchestre National de France : direction Pascal Rophé. (1). Valérie Condoluci, soprano. Orchestre Colonne : direction Laurent Petitgirard (2). Orchestre des Lauréats du Conservatoire ; direction Jean-Sébastien Béreau. CD Klarthe. Enregistré à Radio-France les 18 et 19 mars 2003 (1) ; enregistré en concert à Radio France le 2 novembre 2015 (2) ; enregistré au Conservatoire de Paris le 12 octobre 1990. Texte français / anglais. 57:00

 
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