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Alberto Ferro offre une nouvelle référence aux Etudes-Tableaux de Rachmaninov

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Etudes-Tableaux op. 33 et op. 39. Alberto Ferro, piano. 1 CD Muso. Enregistré à l’auditorium Fazioli, à Sacile, en Italie, en mars 2019. Notice en français, allemand et anglais. Durée : 60:59

 

À l’âge de 22 ans, le pianiste italien offre une conception personnelle d’une hauteur de vue et d’une musicalité saisissante des Études-Tableaux de .

Rachmaninov Etude-tblx Ferro MusoPremier choc : la beauté du piano dans l’espace de l’auditorium Fazioli. Le modèle, un Concert Grand F278 est réglé de main de maître. De la sorte, l’auditeur profite du potentiel d’un instrument capable des plus grandes dynamiques avec un grain sonore magnifique. Ce répertoire met idéalement en valeur le piano.

Second choc : La clarté, la souplesse du jeu et la personnalité d’. De fait, il « raconte » ses Études-Tableaux devenues des tableaux-études. Le titre ne fait pas mystère d’une attirance pour la virtuosité à l’instar des Études d’exécution transcendante de Liszt auxquelles Rachmaninov se mesure avec avidité. Mais, il s’agit également de Tableaux d’une Russie païenne et religieuse à la fois : archaïsme et modernité, sources abstraites et peintures se combinent.

Alberto Ferro distille les couleurs de chaque pièce car il a totalement intégré, dans son jeu, l’étagement des strates de cette musique où chaque doigt devient une voix. Il ne s’enivre pas d’effets et ne noie jamais les phrases dans la pédale. En revanche, il modèle le son, divise ses « pupitres », pense cette musique, orchestralement (n° 6 op. 33). Il peut alors se permettre des dynamiques non seulement considérables, mais aussi des modes d’attaque variés (n° 5 op. 33). Il respecte tout autant l’art de la mélodie, essentiel chez Rachmaninov (n° 2 op. 39), sait créer l’attente, laisser respirer les basses. Et quelles basses dans le n° 1 op. 39, par exemple ! Tout chante avec un naturel confondant, avec le respect même des silences et d’interrogations qui ne brident pas le discours, mais au contraire l’organisent. Chaque idée musicale développée pourrait être le thème introductif d’un mouvement de concerto. Alberto Ferro ne joue jamais en force dans les passages les plus chargés (n° 3 op. 39). Il préserve la clarté de la polyphonie (n° 4 op. 39) sans disséquer le discours. Les idées fusionnent, habilement présentées dans tel contre- chant, ou retrait judicieux de pédale qui met entre parenthèse un motif précis. Et même lorsqu’il lui faut donner le maximum d’impact dans l’élan, il laisse filtrer l’air entre les notes, jouant de la puissance percussive et rythmique de l’instrument ainsi que de sa volubilité mélodique (n° 6, n° 9 op. 39). C’est à la fois grisant et magistral en terme d’efficacité.

Au terme de l’écoute de ces deux opus dont la discographie demeure étourdissante, on se dit qu’Alberto Ferro « ne joue pas comme un pianiste » ! C’était le plus beau des compliments que son compatriote Aldo Ciccolini adressait à ses jeunes confrères lorsque l’un d’entre eux se distinguait.

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Etudes-Tableaux op. 33 et op. 39. Alberto Ferro, piano. 1 CD Muso. Enregistré à l’auditorium Fazioli, à Sacile, en Italie, en mars 2019. Notice en français, allemand et anglais. Durée : 60:59

 
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