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Étincelles brucknériennes sous la baguette de Hans Knappertsbusch

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n° 3, n° 4, n° 5 et n° 8. Orchestre philharmonique de Vienne (n° 3, 4, 5) ; Orchestre philharmonique de Munich (n° 8) ; direction : Hans Knappertsbusch. 4 CD Eloquence. Enregistrés au Musikverein de Vienne en 1954-1955 (n° 3 et 4), à la Sofiensaal de Vienne en 1956 (n° 5) et aux Studios Bavaria en 1963 (n° 8). Notice en anglais. Durée totale : 4 h 20 min.

 

De « divines langueurs et accélérations foudroyantes », une conception réputée « imprévisible »… L’art de la direction de Hans Knappertsbusch, critiqué, trop souvent pour de mauvaises raisons, semble sorti tout droit du XIXsiècle. Faut-il s’en plaindre ?

Knappertsbuch_Bruckner_EloquenceDoit-on juger avec condescendance, le choix, pour les symphonies de Bruckner, des éditions Franz et Joseph Schalk ainsi que Ferdinand Loewe, les seules disponibles avant le milieu des années trente ? Né en 1888, Knappertsbusch travailla sur ces matériaux. Il n’eut pas l’envie d’en changer lorsqu’il prit connaissance des éditions Nowak et Haas. Tradition aussi contestable que respectable…

La Symphonie n° 3 que nous entendons est celle de Schalk-Rättig, de 1890. Ce dernier réorchestra certains passages dans l’esprit des symphonies tardives. Il effectua aussi diverses coupes. Dans la Symphonie n° 4 le chef utilise l’édition Loewe de 1888, employée aussi par Krauss et Furtwängler. Idem pour la Symphonie n° 5 dont les modifications (1894) de Schalk amputent considérablement la partition, notamment dans le finale. Enfin, la Symphonie n° 8 associe des éléments des éditions de 1890 et 1892. Il faut donc faire un saut dans le passé pour apprécier des lectures, certes dérangeantes, dont la plupart n’ont rien perdu de leur pouvoir d’attraction.

De bout en bout, la Symphonie n° 3 brille d’une évocation pastorale, que le Philharmonique de Vienne magnifie. Le rubato si racé et encore schubertien, se transforme en un hymne dans l’Adagio, quasi andante. Knappertsbusch fut souvent critiqué pour ses tempi lents. Ici, c’est bien au contraire la fluidité et la rapidité du geste qui surprennent. Chaque phrase respire avec un naturel confondant. Ballade romantique par excellence, mais aussi oratorio classique (comment ne pas songer à Haydn ?), le Finale offre des moments inouïs. Des six versions recensées du chef (gravées entre 1954 et 1964) celle-ci s’impose avec un panache sans pareil.

De la Symphonie n° 4, il existe une dizaine de lectures sous la baguette de Knappertsbusch. La présente version fut captée à Vienne en 1955. Elle se déploie dans un tempo véloce. Les tensions sont portées à leur paroxysme grâce à des premiers violons « chauffés à blanc ». Le Finale débute par le crescendo vertigineux des quarante-deux premières mesures. Se juxtaposent alors, et de manière très personnelle, les couleurs d’un choral mystique et d’une narration pastorale. Splendide ! Le report des deux bandes monophoniques Decca des Symphonies n° 3 et n° 4 a été impeccablement réalisé. Pas de distorsions, beaucoup de finesse et de clarté (pizzicati des violons dans le mouvement lent de la Quatrième, par exemple).

Les Symphonies n° 5 et n° 8 sont en stéréophonie. La Cinquième, de 1956, bénéficia, elle aussi, d’une dizaine de rééditions. Knappertsbusch en propose une lecture « historiquement informée avant l’heure ». La matière sonore est restituée avec beaucoup de saveur, aussi bien dans les cordes que dans les pupitres si caractéristiques de la petite harmonie viennoise. L’Adagio n’est en rien « sehr langsam », et il est même l’un des plus rapides de la discographie avec celui de Schuricht, à Stuttgart. Avouons notre scepticisme… Génial Scherzo, en revanche, combinant une valse à une danse rustique (ländler). Ce mouvement impressionne par une sorte d’éparpillement sonore ordonné par une fugue, l’une des plus complexes de toute l’histoire de la musique symphonique. Knappertsbusch ne fait aucune concession quant à la rigueur rythmique. C’est massif et grandiose à la fois (coups de cymbales ajoutés en prime !). On peut préférer l’élan et le caractère mystique de Furtwängler.

Des cinq lectures du chef de la Symphonie n° 8, celle-ci est la plus connue. Réalisée en studio, en 1963 et à Munich, elle appartient au catalogue Westminster. On ira plus volontiers vers les versions « live » de Munich (1963) ou de Vienne (1961) sans oublier Berlin (1951), car on reste un peu sur notre faim tant Knappertsbusch, en studio, retient les pupitres.

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n° 3, n° 4, n° 5 et n° 8. Orchestre philharmonique de Vienne (n° 3, 4, 5) ; Orchestre philharmonique de Munich (n° 8) ; direction : Hans Knappertsbusch. 4 CD Eloquence. Enregistrés au Musikverein de Vienne en 1954-1955 (n° 3 et 4), à la Sofiensaal de Vienne en 1956 (n° 5) et aux Studios Bavaria en 1963 (n° 8). Notice en anglais. Durée totale : 4 h 20 min.

 
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