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Le voyage solitaire et apaisé de Pollini dans les dernières sonates de Beethoven

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour piano n° 30 op. 109, n° 31 op. 110 et n° 32 op. 111. Maurizio Pollini, piano. 1 CD Deutsche Grammophon. Enregistré à l’Herkulessaal de Munich entre juin et septembre 2019. Notice en anglais, allemand et italien. Durée : 56:00

 

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Entre 1975 et 1977, grava pour Deutsche Grammophon les trois dernières sonates du cycle beethovénien. Plus de quatre décennies après son enregistrement en studio, il nous offre, aujourd’hui, une lecture captée en concert, fort différente et profondément émouvante.

Beethoven Sonates Pollini DG okL’interprétation de la Sonate en mi majeur op. 109 est, d’emblée, saisissante. L’acoustique est assez réverbérée et, de fait, les basses manquent légèrement de définition. Pollini laisse filer les lignes mélodiques dont il goûte (tout en chantonnant !) la saveur. L’austérité flamboyante de sa première lecture que nous gardions en mémoire s’est évanouie. C’est la sérénité, l’abandon presque qui impose la respiration d’aujourd’hui. Comme si le toucher manquait de force… Il est vrai que les doigts hésitent parfois. Quelques traits cinglants émergent d’un cantabile qui joue avec le temps. D’apparence brouillonne, le Prestissimo n’autorisait, autrefois, aucune « concession ». Ici, Pollini livre toute son énergie dans l’expression du thème à l’allure butée et combative. Gesangvoll mit innigster Empfindung (Très chantant et avec le sentiment le plus intime), le finale l’est en effet. La douceur et la lenteur du thème sont magnifiquement portées. Nul alanguissement, mais un ton noble et altier qui fait son chemin. C’est à la fois juste, mais pesant, d’une pesanteur à la main gauche qui interroge. Pollini ne cherche pas à tout prix le contrôle de l’émission sonore, ce qui était sa « signature » (variation n° 5). Faut-il le regretter ? Les tensions ne sont pourtant pas altérées. Que cela est beau (variations n° 3 et n° 4) et de quelle manière le contrepoint ondule sans s’assécher !

Les incessantes variations, modulations et changements de rythmes de la Sonate en la bémol majeur sont dominés par l’expression d’une émotion dans laquelle Pollini se montre comme rarement. Il sait aussi que le voyage sera long et il ne joue pas en force. Il modère les nuances de l’Allegro molto dont la tension rythmique et dynamique repose moins, dans son jeu, sur les sforzandos successifs, que sur les infimes respirations. Le relâchement des dernières mesures se perçoit. Le récitatif du finale avec ses basses feutrées et ses notes répétées dans l’aigu évoque quelque aria d’opéra. Il y a tellement de nostalgie et de tristesse dans cette lecture (du moins, c’est ainsi que nous le ressentons), qu’elle nous émeut. À chaque instant, la narration pourrait s’interrompre. Le doux balancement de la fugue conclusive est remarquable. Le piano exprime toutes les émotions humaines avec une forme d’humilité. Peu importe si la conclusion s’opacifie. L’épuisement est perceptible. Du « grand » Pollini.

La prise de son plus présente et charnue de la Sonate en ut mineur impose un instrument plus massif. Sa présence investit tout l’espace avec une certaine solennité. Le Maestoso est comme un lever de rideau dont la violence expressive se dissipe progressivement dans la volubilité du geste. L’Allegro con brio ed appassionato se précipite au devant du drame, dans un jeu d’équilibriste. Les moments d’élévation, déjà presque lisztiens, donnent une carrure extraordinaire à l’ensemble. Et tant pis si les doigts se perdent un peu dans les “orages” qui s’accumulent au sein de l’écriture fuguée. Le résultat est saisissant de musicalité. Les résonances granuleuses (le magnifique Steinway de Fabbrini) de l’Arietta enchantent. Les métamorphoses (plus encore que « variations ») qui s’enchaînent, se déploient sans, peut-être, toute la projection que l’on attendait. Un sentiment irrépressible de libération voit le jour : l’urgence a prévalu sur le combat.

Un regret. Le livret ne propose pas de texte en français. C’est bien dommage car le pianiste italien fut, dès le début de sa carrière, rapidement adopté par nos concitoyens.

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  • Michel LONCIN

    Pas de texte en français … ? Comment s’étonner … Par la faute de la France, il n’y a plus que « l’anglais » qui prévaut …

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