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Impérial violon de Sarah Nemtanu dans un programme russe original

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Boris Liatochinski (1895-1968) : Ballade op. 24 (orchestration de Dimitri Tchesnokov). Dimitri Tchesnokov (né en 1982) : Concerto pour violon et orchestre op. 87. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 1 op. 10. Sarah Nemtanu, violon ; Orchestre symphonique national d’Ukraine ; direction : Bastien Stil. 1 CD Klarthe. Enregistré au Grand Studio de la Compagnie nationale de la Radio d’Ukraine, en décembre 2016. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 63:27

 

En proposant la découverte de deux partitions, cet album offre un regard intéressant de la modernité russe, des années vingt à la création contemporaine.

Modernisme_Orchestre symphonique national d'Ukraine_Bastien Stil_Sarah Nemtanu_KlartheLes cinq symphonies de furent gravées pour Marco Polo, au début des années 90, par l’Orchestre d’Etat d’Ukraine sous la baguette de Teodor Kuchar. On retrouve dans la Ballade judicieusement orchestrée par Tchesnokov, le caractère épique de ces grandes pages symphoniques. Les influences éparses de Borodine, Glière, Scriabine et plus encore du jeune Prokofiev teintent ce poème symphonique d’une architecture toute lisztienne. Dans son écriture d’un romantisme exacerbé, Liatochinski nourrit – loin des Mossolov, Lourié, Prokofiev et Chostakovitch des années vingt – un « confort » harmonique et un lyrisme profondément ancrés dans le XIXe siècle. La Ballade apparaît donc comme une suite d’atmosphères nocturnes qui témoignent avant tout du métier de l’orchestrateur, lui-même interprète du répertoire pianistique (bien plus audacieux) de Liatochinski. La prise de son assez rude dessert les cordes qui manquent passablement de finesse.

Le premier enregistrement mondial du Concerto pour violon de Tchesnokov est d’un intérêt supérieur. Le compositeur poursuit une certaine tradition slave qui associe les styles les plus divers, à l’instar d’un Schnittke dans le passé. La forme traditionnelle en trois mouvements semble dépassée par une écriture au lyrisme bouillonnant et à l’architecture “imprévisible”. La virtuosité souple de l’archet de est inspirée par ce morcellement ludique des idées musicales. Tchesnokov en exploite plusieurs par phrases, jonglant d’un legato impressionnant pour certaines à des cadences tziganes, des rythmes pulsés, entre scintillement de bois et de percussions aux chuintements de cordes à vide. Les premières mesures de l’intermezzo seraient presque un hommage au finale de la Symphonie « Pathétique » de Tchaïkovski avant que Tchesnokov ne retourne invariablement à l’esprit de la danse. Il est vrai que la frénésie du violon prend plaisir à contrarier la masse orchestrale. Entre les jeux de rythmes astucieux et plaisants et une expression lyrique purement romantique, filmique même, l’auditeur se perd agréablement. Le finale dénommé “La Ronde” devient une bacchanale aux accents baroques et folkloriques à la fois, un divertissement périlleux pour une soliste pleinement investie dans l’œuvre.

Composée par un Chostakovitch âgé de 19 ans, la Première Symphonie fut l’une des œuvres fondatrices de l’avant-garde russe. La soif de nouveauté au lendemain de la Révolution d’octobre 1917 nourrit cette page inouïe que dirige avec une certaine sécheresse et une ironie mesurée. Les excellents solistes (trompette, basson, violon, etc…) compensent une sonorité d’ensemble assez pâle. Si l’unité du premier mouvement est préservée, elle devient plus problématique dans l’Allegro pris à un tempo trop rapide car mettant à rude épreuve la cohésion des cordes. Le Lento évoque dans sa marche funèbre, le souvenir de quelque douleur tchaïkovskienne. Le tempo hélas soutenu (lento !) n’aide guère certains pupitres comme le violoncelle solo. Lyrique et grotesque à la fois, l’Allegro molto conclusif quête avec bonheur une sorte de polyphonie de la rue. On l’aura compris : nul besoin de disposer d’une phalange aux timbres raffinés.

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Boris Liatochinski (1895-1968) : Ballade op. 24 (orchestration de Dimitri Tchesnokov). Dimitri Tchesnokov (né en 1982) : Concerto pour violon et orchestre op. 87. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 1 op. 10. Sarah Nemtanu, violon ; Orchestre symphonique national d’Ukraine ; direction : Bastien Stil. 1 CD Klarthe. Enregistré au Grand Studio de la Compagnie nationale de la Radio d’Ukraine, en décembre 2016. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 63:27

 
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