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En hommage à Ignaz Friedman, un géant du piano

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Œuvres de Domenico Scarlatti (1685-1757) / Carl Tausig (1841-1871), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Carl Maria von Weber (1786-1826), Franz Schubert (1797-1828) / Carl Tausig, Christoph Willibald Gluck (1714-1787) / Johannes Brahms (1833-1897), Johann Nepomuk Hummel (1778-1837) / Ignaz Friedman (1882-1948), Felix Mendelssohn (1809-1847), Frédéric Chopin (1810-1849), Niccolò Paganini (1782-1840) / Franz Liszt (1811-1886) / Ferruccio Busoni (1866-1924) / Ignaz Friedman, Franz Liszt, Antonín Dvořák (1841-1904), Franz Schubert / Franz Liszt, Edvard Grieg (1843-1907), Anton Rubinstein (1829-1894), Moritz Moszkowski (1854-1925), Ignacy Jan Paderewski (1860-1941), Josef Suk (1874-1935), Franz Mittler (1893-1970), anonyme / Ignaz Friedman, Ignaz Friedman, Franz Schubert / Ignaz Friedman, Eduard Gärtner (1862-1918) / Ignaz Friedman. Ignaz Friedman, piano ; Bronisław Huberman, violon ; orchestre non mentionné ; direction : Philippe Gaubert. 6 CD Danacord. Enregistrés entre 1923 et 1941. Transferts : Claus Byrith. Texte de présentation en anglais. Durée totale : 5:35:49

Œuvres de Felix Mendelssohn, Anton Rubinstein, Franz Liszt, Niccolò Paganini / Franz Liszt / Ferruccio Busoni / Ignaz Friedman, Frédéric Chopin, Franz Schubert / Franz Liszt, Ludwig van Beethoven, Edvard Grieg, Carl Maria von Weber, Franz Schubert / Ignaz Friedman, Moritz Moszkowski, Johann Nepomuk Hummel / Ignaz Friedman, Eduard Gärtner / Ignaz Friedman. Ignaz Friedman, piano ; Bronisław Huberman, violon ; orchestre non mentionné ; direction : Philippe Gaubert. 4 albums en téléchargement St-Laurent Studio. Enregistrés entre 1923 et 1931. Transferts : Yves St-Laurent. Pas de notice de présentation. Durée des albums non précisée

 

Danacord et St-Laurent Studio reportent en six CD et quatre albums en téléchargement les enregistrements d’, l’un des meilleurs pianistes d’autrefois. Si l’étiquette danoise propose la quasi-totalité de son legs discographique, le label canadien lui consacre une série sélective.

Ignaz Friedman_DanacordBien que, de son vivant, le compositeur et interprète fût considéré comme l’un des plus importants pianistes (il donna environ 2 800 concerts au cours de sa carrière), ses gravures n’eurent pas la chance, après son décès, d’être suffisamment appréciées par la postérité, à tel point que certaines d’entre elles (archivées sous forme de disques acétates), servirent de sous-couche pour la construction d’une autoroute en Australie dans les années 1950. D’où vient cet état de choses ? Friedman, élève d’Hugo Riemann et de Teodor Leszetycki, faisait partie de l’ancienne école du piano, de ces virtuoses qui associaient l’imagination et l’individualité, ne respectant pas toujours fidèlement le texte des partitions qu’ils abordaient. Il était de la même génération que (dont le père dirigeait, dans un théâtre de Cracovie, un orchestre comptant le père de Friedman parmi ses membres) et Raoul Koczalski, venue après celle d’ et de , et qui précéda de peu celle d’Arthur Rubinstein, dont la façon de jouer différait sensiblement de l’approche des musiciens évoqués. Sachant que popularisa le piano dans sa patrie, on ne devrait pas s’étonner de ce nombre d’instrumentistes « polonais », parlant la même langue et s’identifiant avec la même culture, mais, administrativement, ne vivant pas sur le territoire d’un seul pays, la Pologne, partagée entre ses trois envahisseurs. Ces artistes, exception faite pour Rubinstein, signèrent leurs enregistrements au temps où la technique ne donnait pas encore de résultats satisfaisants, au point que quelques-uns d’entre eux privilégiaient des gravures sur un piano mécanique.

Ignaz Friedman_Vol. 1_St-Laurent StudioLe plus grand problème du legs discographique de Friedman est qu’on ne dispose plus des matrices originales, en conséquence de quoi on doit se contenter de 78 tours commerciaux existants. Moins ces disques en gomme laque sont détériorés, mieux on peut retrouver la sonorité originelle. C’est pour cette raison-là que chaque nouvelle parution renfermant les gravures de Friedman, devrait attirer notre attention, susceptible de nous permettre de mieux percevoir certains aspects de son jeu, spécialement la musicalité de son cantabile, son toucher comme sa palette de nuances.

Danacord nous propose un coffret d’environ cinq heures et demie de musique, trente-cinq ans après la publication du même contenu en microsillons. À l’époque, les transferts furent réalisés par Seth Winner sous supervision d’Allan Evans (décédé le 6 juin dernier), le biographe de Friedman, à partir soit de 78 tours Columbia empruntés à des collectionneurs du monde entier, soit depuis des copies de bandes magnétiques rares. En 1985, cette édition fit sensation, entre autres parce qu’elle comprenait des enregistrements inédits, des prises alternatives, ainsi que de brefs exemples de la voix de Friedman parlant de Chopin et de Paderewski en anglais à la radio néo-zélandaise. Le présent album reprend les 33 tours repiqués en disques compacts par Claus Byrith.

Parallèlement, St-Laurent Studio enrichit son catalogue de quatre packs en téléchargement proposant des nouveaux reports à base de 78 tours Columbia. Le label souligne que dans leurs transferts « aucun filtre n’est employé dans le but de réduire ou d’atténuer le bruit de grattement de l’aiguille, caractéristique de la gravure sur cire et du pressage de l’époque ». Ceci aide à garder les harmoniques du piano et les hautes fréquences qui restituent l’acoustique du lieu d’enregistrement. Chaque réduction de bruits parasites impacte négativement la musicalité de l’interprétation. Étant donné qu’il n’est pas possible de reproduire avec 100 % d’exactitude, par l’intermédiaire des repiquages, la qualité d’un 78 tours – principalement pour ce qui est de la dynamique sonore –, l’objectif des éditeurs devrait consister uniquement à manifester la fidélité maximale envers la sonorité de base, comme c’est le cas ici.

Ignaz Friedman_Vol. 2_St-Laurent StudioDans les deux transferts, le jeu d’Ignaz Friedman impressionne par la chaleur du ton, avec une menue préférence pour le label canadien, dont la sonorité présente plus de clarté et un peu moins de dureté, notamment dans les aigus. Grâce aux efforts des ingénieurs en restauration audio, nous pouvons désormais admirer ce jeu aussi cristallin que suggestif, aussi spontané que travaillé dans les détails. Friedman subjugue par sa virtuosité folle autant que par sa musicalité. Notre attention est attirée par l’expressivité fougueuse de l’artiste, combinant, dans un large éventail de couleurs, le panache, la diversité des plans et la précision du toucher, et qui n’exclut pas la contemplation dans les mouvements soumis à un tempo lent. Sa démarche en témoigne largement dans la Sonate pour piano n° 14 comme dans la Sonate pour violon et piano n° 9 de Beethoven. Dans cette dernière, enregistrée en septembre 1930, Friedman se produit aux côtés de son compatriote . Leur prestation, titanesque et galvanisante à la fois, est très tendue, que ce soit par l’intermédiaire des sforzandi de Friedman ou au travers des coups d’archet tourmentés et bourrés de glissandi d’Huberman, accentuant certains sons et accords beaucoup plus que d’autres. D’autre part, dans les variations du mouvement médian de cette composition, les interprètes n’oublient pas de mettre en valeur leur poésie et leur suavité.

Ignaz Friedman_Vol. 3_St-Laurent StudioSi Ignaz Friedman ne détrône pas Moriz Rosenthal dans la Rhapsodie hongroise n° 2 de Franz Liszt, son brio manquant du raffinement de Rosenthal, il s’avère, en revanche, insurpassable dans ses Chopin. Ce constat concerne particulièrement les mazurkas (hélas, qui nous consolera de l’absence de l’intégrale ?), la danse qu’il avait pratiquée dans la Pologne de son enfance. Sous ses doigts, ces miniatures s’imprègnent d’élégance, de brio et de spontanéité, démontrant un sens aigu du rythme, et conjuguant souplesse des phrasés et variété des atmosphères. Dans les autres œuvres de Chopin – la Polonaise op. posth. 71 n° 2, le Prélude op. 28 n° 15, la Ballade op. 47, le Nocturne op. 55 n° 2 ou la Valse op. 64 n° 1 –, Friedman oscille entre la mise en évidence de la douceur de leur ligne mélodique et de leur caractère improvisé. Il connaissait la musique de Chopin comme peu d’autres, ayant rédigé l’édition en douze volumes des compositions du maître, parue en 1913 chez Breitkopf & Härtel. Aleksander Michałowski indiquait Friedman comme le meilleur interprète des études de Chopin, et , le fameux critique du New York Times, écrivait, au sujet de l’enregistrement du Nocturne op. 55 n° 2 : «… [c’est] l’exécution la plus belle, la plus chantante, la plus parfaitement proportionnée d’un nocturne de Chopin jamais commise au disque. »

Ignaz Friedman_Vol. 4_St-Laurent StudioLes nombreuses miniatures remarquablement exécutées, dans lesquelles Ignaz Friedman fut un véritable magicien, révèlent la transparence des textures et une délicatesse rare, par moments voilée par la nervosité d’un geste précipité. On le perçoit, par exemple, dans le Rondo favori op. 11 de Johann Nepomuk Hummel contenant des modifications de Friedman (enregistrement du 19 novembre 1925). On apprécie la lecture du Concerto pour piano en la mineur d’Edvard Grieg (de mars 1928), grandiose et profondément expressive, quoiqu’accompagnée par un orchestre assez peu inspiré, dirigé par Philippe Gaubert. Le jeu subtil du soliste y est au rendez-vous d’une éloquence reliant simplicité et bravoure. Dans ses phrasés, on distingue une respiration ample et naturelle, magnifiée par la netteté des attaques comme par toute une gamme de nuances, avec des aigus lumineux et un timbre d’une belle intensité dans les graves. Enfin, nous observons qu’Ignaz Friedman fut lui-même un compositeur de courts morceaux brillants, lui permettant de montrer sa technique accomplie et sa finesse.

En 1941, fuyant les régimes nazi et communiste, Friedman s’installa en Australie où il resta jusqu’à sa mort. Le 24 juillet 1943 à Sydney, il donna son dernier récital, mettant à l’affiche des œuvres de Chopin. Pendant ce concert, il commença à perdre l’usage de sa main gauche. Vu que ses maux ne disparurent pas, il fut contraint de se retirer définitivement de la scène.

Les parutions de Danacord et de St-Laurent Studio, assemblant des enregistrements acoustiques comme électriques, sont un must pour les admirateurs du piano. Pour le coffret Danacord, profitez bien de sa disponibilité avant qu’il ne soit épuisé. Pour les quatre albums en téléchargement St-Laurent Studio, espérons que cette série pourra bientôt avoir sa suite…

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Œuvres de Domenico Scarlatti (1685-1757) / Carl Tausig (1841-1871), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Carl Maria von Weber (1786-1826), Franz Schubert (1797-1828) / Carl Tausig, Christoph Willibald Gluck (1714-1787) / Johannes Brahms (1833-1897), Johann Nepomuk Hummel (1778-1837) / Ignaz Friedman (1882-1948), Felix Mendelssohn (1809-1847), Frédéric Chopin (1810-1849), Niccolò Paganini (1782-1840) / Franz Liszt (1811-1886) / Ferruccio Busoni (1866-1924) / Ignaz Friedman, Franz Liszt, Antonín Dvořák (1841-1904), Franz Schubert / Franz Liszt, Edvard Grieg (1843-1907), Anton Rubinstein (1829-1894), Moritz Moszkowski (1854-1925), Ignacy Jan Paderewski (1860-1941), Josef Suk (1874-1935), Franz Mittler (1893-1970), anonyme / Ignaz Friedman, Ignaz Friedman, Franz Schubert / Ignaz Friedman, Eduard Gärtner (1862-1918) / Ignaz Friedman. Ignaz Friedman, piano ; Bronisław Huberman, violon ; orchestre non mentionné ; direction : Philippe Gaubert. 6 CD Danacord. Enregistrés entre 1923 et 1941. Transferts : Claus Byrith. Texte de présentation en anglais. Durée totale : 5:35:49

Œuvres de Felix Mendelssohn, Anton Rubinstein, Franz Liszt, Niccolò Paganini / Franz Liszt / Ferruccio Busoni / Ignaz Friedman, Frédéric Chopin, Franz Schubert / Franz Liszt, Ludwig van Beethoven, Edvard Grieg, Carl Maria von Weber, Franz Schubert / Ignaz Friedman, Moritz Moszkowski, Johann Nepomuk Hummel / Ignaz Friedman, Eduard Gärtner / Ignaz Friedman. Ignaz Friedman, piano ; Bronisław Huberman, violon ; orchestre non mentionné ; direction : Philippe Gaubert. 4 albums en téléchargement St-Laurent Studio. Enregistrés entre 1923 et 1931. Transferts : Yves St-Laurent. Pas de notice de présentation. Durée des albums non précisée

 
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