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Les Quatre saisons de Vivaldi et de Verdi : une mise en miroir

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Antonio Vivaldi (1678-1741) : Les Quatre saisons. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Les Quatre saisons, extrait des Vêpres siciliennes. Orchestra La Scintilla ; violon solo et direction : Riccardo Minasi. 1 CD Philharmonia Records. Enregistré en mai 2019 à l’église Oberstrass, Zurich. Textes de présentation en allemand, anglais et français. Durée : 68:21

 

propose un disque intéressant, rassemblent Les Quatre saisons de Vivaldi et de Verdi.

Vivaldi_Verdi_Les Quatre saisons_Riccardo Minasi_Orchestra La Scintilla_Philharmonia RecordsLes Quatre saisons d’ sont les œuvres ouvrant son opus 8, formant le recueil de douze concertos pour violon Il cimento dell’armonia e dell’invenzione (L’Épreuve de l’harmonie et de l’invention). Si les autres pages de ce cycle ne sont connus que des aficionados de la musique baroque, Les Quatre saisons comptent parmi les compositions les plus célèbres de l’Histoire. L’interprétation présentée par et l’Orchestra La Scintilla (l’ensemble « baroque » de l’Opéra de Zurich) s’inscrit dans le cadre de la tradition établie par les violonistes italiens dans les années 1990, notamment par Fabio Biondi, Enrico Onofri ou Giuliano Carmignola, soulignant le caractère descriptif de ces pièces. se place quelque part entre la théâtralité exagérée de Biondi et la délicatesse de Carmignola. Sa lecture, riche en harmoniques, fraîche, n’est pas dénuée de maniérismes. Il y impressionne par l’éloquence comme la suggestivité, qu’il associe à la poésie et à l’intensité. Parfois, les phrasés sont donnés dans toute leur simplicité, d’autres fois, ils se voient parsemés d’accents plus ou moins forts, livrant malgré tout un récit cohérent, quoiqu’un brin mécanique. Cependant, pas de tics de sons courts ni de dogmatisme dans cette démarche. Pas d’humour non plus. Le discours est sérieux et, par moments, axé uniquement sur la virtuosité. Le violon solo brille sur fond d’un accompagnement diversifié du point de vue de la palette des teintes et des nuances dynamiques.

Pour Les Quatre saisons de , il s’agit de la scène de ballet-divertissement extraite du troisième acte des Vêpres siciliennes, insignifiante pour le contenu dramatique de l’opéra et, pour cette raison même, souvent exclue de ses mises en scène. Dans cette exécution, Riccardo Minasi change de ton : son geste s’imprègne de douceur et de suavité, jamais mielleuses, mais aussi d’enthousiasme. Sa lecture démontre son sens du lyrisme, de l’élan et de la puissance des sonorités vibrantes et débordantes de couleurs, assez sèches, mais évocatrices (et rendues plus passionnées encore par l’usage restreint du vibrato), comme les pizzicati des violons joués de la main droite, imitant le crépitement du feu dans L’Hiver. Nous sommes bien au rendez-vous du raffinement, de la vivacité des rythmes, de la transparence des textures et de la plasticité des contours. Le charme de cette partition opère en outre grâce aux interventions solo de certains instruments, comme celle de la clarinette, telle une ode à l’amour, dans Le Printemps, le deuxième mouvement, ou encore celle du hautbois dans L’Été, qui – comme l’a remarqué Paul De Saint-Victor dans les colonnes de La France musicale – « semble soufflé par le démon du méridien, tant il est vague, lascif, énervant […] ». Sous la baguette de Minasi, le message porté par cet instrument à vent en bois, invite à la réflexion et… au sommeil, en respirant la jouissance de la sieste dans un pays chaud.

Avec ce nouveau disque, Riccardo Minasi réussit à dresser un pont entre les musiques illustratives baroques et romantiques. Délice !

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Antonio Vivaldi (1678-1741) : Les Quatre saisons. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Les Quatre saisons, extrait des Vêpres siciliennes. Orchestra La Scintilla ; violon solo et direction : Riccardo Minasi. 1 CD Philharmonia Records. Enregistré en mai 2019 à l’église Oberstrass, Zurich. Textes de présentation en allemand, anglais et français. Durée : 68:21

 
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  • PE Lephay

    Vous êtes un peu sévère avec ces 4 Saisons que pour ma part j’ai trouvé vraiment remarquables, et comme vous dîtes justement entre les excentricités fatigantes que chaque nouvel interprète se sent obligé de trouver, et une trop grande neutralité.
    Pour Verdi, ce n’est vraiment pas ce qu’il a composé de plus passionnant, mais le projet se tient.

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