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Les nuits scintillantes du Minnesota dans la Symphonie n° 7 de Mahler

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 7. Orchestre du Minnesota, direction : Osmo Vänskä. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré à l’Orchestra Hall de Minnesota, États-Unis, en novembre 2018. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 77:30

 

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Le sixième jalon de l’intégrale des symphonies de Mahler par et la formation américaine est le plus réussi de la série. Servie par une remarquable prise de son, la lecture du chef finlandais place l’œuvre à mi-chemin entre le crépuscule du romantisme et l’aube de l’expressionniste. Un choix assumé avec magnificence. 

Mahler 7 Vänskä« C’est la Nature qui rugit ! » affirme le compositeur lorsqu’il évoque le premier mouvement de la symphonie. Vänskä entre à pas feutrés dans cette machinerie claudicante colorée par le cor ténor (saxhorn). La progression rythmique est imparable dans le grain dense des premiers violons et un orchestre magnifiquement capté dans la profondeur des pupitres. Les hésitations nécessaires sont à peine marquées et le vibrato des cordes donne une longueur de son, une élégance naturelle à cette musique qui se déploie avec lenteur et sans massivité. Vänskä évite tous les pièges dont le pire est celui de la trivialité sans justification. Il recrée une marche viennoise plus vraie que nature. La souplesse de l’orchestre qui réagit aux moindres inflexions de la direction traduit ce curieux abandon sensuel contrarié par un rythme pointé inexorable.

Vänskä choisit d’ouvrir la première Nachtmusik non point comme un lever de rideau grandiose, mais dans un climat plutôt intimiste et surtout bruitiste. Les cuivres sont en arrière-plan. La marche s’illustre de multiples interventions qui en distraient le caractère profondément grotesque. Voilà une version surchargée de couleurs et d’intentions dont on attend à chaque phrase, un nouvel élément de séduction. Une randonnée alpestre sans l’ombre d’un danger !

« Fantomatique » (schattenhaft), le Scherzo se déploie comme une valse “glissante” au sens ravélien et tout autant comme une porte entrouverte et terrifiante sur l’expressionnisme. Ce mouvement, peut-être le plus avant-gardiste de toute l’écriture mahlérienne est restitué avec une finesse séduisante. Pour autant, le potentiel sonore de l’orchestre paraît contenu. On aurait aimé que les esprits maléfiques « hurlent » et la révolte gronde chez les spectres. Pour tout dire, que le parfait équilibre et le beau son sans pathos ne s’imposent pas aussi aisément. Le spectacle demeure toutefois grandiose avec des cuivres américains qui sonnent comme le Symphonique de Chicago de la grande époque.

La mandoline et la guitare unies aux deux harpes colorent la seconde Nachtmusik. De cette sérénade italienne, parodie amoureuse et polychrome, Vänskä compose une ballade chambriste et pointilliste. Son apparente ingénuité évoque le finale de la Symphonie n° 4, sans la présence du soprano. La conception est d’une veine « baroque », les solistes étant libres de respirer à leur convenance. Vänskä réalise ainsi une page d’ambiance pure, qui perd un peu de sa densité au centre du mouvement, densité heureusement restituée par les premiers violons. L’interprétation demeure cohérente avec les trois mouvements précédents.

Comment ordonner la kermesse sonore du finale qui fait jaillir autant de refrains variés sous la pulsation des timbales et des cuivres ? Dans cette page constituée de collages délicats à isoler par l’auditeur, à l’exception notable des Maîtres chanteurs de Wagner, l’orchestre joue sur la souplesse de la pulsation. Elle emporte tous les pupitres et notamment ceux des bois particulièrement concentrés dans un espace sonore saturé. Vänskä offre un paysage surréaliste dont il laisse filer les éléments composites, équilibrant son interprétation entre une théâtralité faussement superficielle et une démonstration de puissance. C’est d’une grande habileté et justifie que cette version rejoigne les références discographiques de Bernstein, Gielen, Tennstedt, Haitink, Solti et Sinopoli.

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 7. Orchestre du Minnesota, direction : Osmo Vänskä. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré à l’Orchestra Hall de Minnesota, États-Unis, en novembre 2018. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 77:30

 
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  • Michel LONCIN

    « Crépuscule du romantisme et l’aube de l’expressionnisme » … ? Le « Stürmisch bewegt » de la 5ème Symphonie et toute la 6ème Symphonie sont déjà de l’espèce expressionniste … comme le sera le 1er mouvement de la 9ème … Quant à la 7ème, le Finale, si mal aimé, si difficile à comprendre, est une apothéose de l’autodestruction (je ne sais plus si c’est Henry-Louis de la Grange ou Adorno qui emploie cette expression) annonçant directement « l’Absurde » des mouvements centraux de la 9ème !!!

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