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La riche palette sonore d’Aurélien Dumont par l’Ensemble 2e2m

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Aurélien Dumont (né en 1980) : Flaques de miettes ; Âpre bryone ; Baïnes. Hélène Fauchère, soprano ; Ensemble 2e2m, direction : Pierre Roullier. 1 CD NoMadMusic. Enregistré à l’Auditorium Marcel Landowski les 16 janvier (Baïnes), 20 mars (Flaques de miettes) et 3 mai 2018 (Âpre bryone). Notice bilingue (français et anglais). Durée : 58:34

 

Tide, troisième monographie consacrée à Aurélien Dumont, fascine immédiatement par la finesse et la diversité de ses sonorités. Au travers de trois œuvres pour ensemble, le disque présente trois facettes de son écriture : dans un rapport au pur sonore instrumental avec Flaques de miettes, en interaction avec la poésie d’Emily Dickinson sur Âpre bryone et dans son lien à l’image, quoique absente, développé dans Baïnes, pour ensemble avec ou sans vidéos silencieuses de Jennifer Douzenel.

Aurélien-Dumont_Tide_Hélène-Fauchère_Ensemble-2e2m_Pierre-Roullier_NoMadMusicLe choix du titre Flaques de miettes (2008 & 2018) pour ensemble de onze musiciens évoque un « jeu de l’ambiguïté entre solide et liquide ». Bien plus que cette opposition unique, les dix sections qui composent l’œuvre, librement combinables par les instrumentistes, revêtent des caractères sonores et temporels fortement marqués, depuis le rythme répétitif mécanique bancal, comme une boîte à musique manipulée maladroitement, jusqu’à la trame en suspension temporelle. Elles passent notamment par une étape spectrale, cheminant de l’harmonique au bruitiste ; un épisode jazzy entre les pizzicatos de la contrebasse et du violoncelle et les effets de wah-wah aux cuivres avec sourdines ; une plage de bruissements aux parfums de jungle presque naturaliste.

Âpre bryone pour soprano, ensemble et électronique (2009 et 2018), s’appuie sur cinq poèmes d’Emily Dickinson. La voix d’Hélène Fauchère est soumise à un intense exercice de plasticité, qu’elle murmure, susurre, souffle, grogne, parle, psalmodie, chante avec lyrisme, gronde ou crie. L’équilibre est idéal entre les effets électroniques, les interventions des quinze instrumentistes et les moments de parole pure, parfois complètement à nu. L’intensité des textes, finement mis en lumière par la composition, en est décuplée. Au centre de la pièce, l’irrésistible répétition du vers « An Hour is a Sea » contient à elle seule toute la tension, la beauté et la maîtrise de l’intertextualité entre musique et mots : cette montée progressive au rythme de la guitare électrique saturée et des interventions bruitistes des autres interprètes se conclut par une explosion libératoire dans un climax parfaitement amené. De nombreuses autres idées sonores inventives se succèdent tout au long des poèmes. Au cœur de cette symbiose, la musique se fait elle-même poésie sonore et la parole devient musique.

Lors de sa création, Baïnes (2017) se jouait en alternance avec les vidéos non sonorisées de Jennifer Douzenel, qui se plaçaient dans les interstices de silence entre deux plages instrumentales. Privé de cette partie de l’œuvre, l’auditeur du disque ne peut que tenter d’imaginer. La musique d’Aurélien Dumont offre une succession de séquences fortement caractérisées qui ne souffre pas de cette absence. L’écriture pour douze interprètes lui permet en effet de séduisantes associations et des surprises continuelles, comme les accords du piano aux couleurs debussystes qui surgissent au détour de l’œuvre, les interventions colorées de la harpe et de l’accordéon ou le continuum de tambours presque tribal. Une section de slaps des bois accompagnés de grincements des cordes élabore une texture joyeusement granulée, tandis qu’un épisode de percussion liquide, peuplé peu à peu des trilles des vents, des ondulations suraiguës des cordes et des aigus cristallins du piano construit pas à pas son architecture. Une image vient souvent à l’écoute : celle de la naissance d’un organisme, ou de la formation de systèmes complexes qui se déploient, traversés de flux d’énergie. Richesse, sensualité et plaisir sont les maîtres-mots du travail d’Aurélien Dumont, magistralement porté par l’Ensemble 2e2m d’un bout à l’autre de l’album.

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Aurélien Dumont (né en 1980) : Flaques de miettes ; Âpre bryone ; Baïnes. Hélène Fauchère, soprano ; Ensemble 2e2m, direction : Pierre Roullier. 1 CD NoMadMusic. Enregistré à l’Auditorium Marcel Landowski les 16 janvier (Baïnes), 20 mars (Flaques de miettes) et 3 mai 2018 (Âpre bryone). Notice bilingue (français et anglais). Durée : 58:34

 
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