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Gabriel Rigaux, jeune compositeur français d’aujourd’hui

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Créations souvent confidentielles, univers élitiste peu représenté dans les cursus des conservatoires et bien trop absent des programmes de l’éducation musicale dans les écoles… Difficile pour un spectateur lambda de percevoir les nouveaux langages de la musique et de la danse contemporaines ainsi que ses nouveaux acteurs. Quels sont aujourd’hui les jeunes compositeurs et chorégraphes de notre pays qui vont nourrir la création musicale et chorégraphique de demain ? ResMusica propose une série de portraits de cette nouvelle génération de compositeurs et chorégraphes français qui, portés par une ferveur créatrice, ont encore tout à démontrer. Pour accéder au dossier complet : Jeunes compositeurs et chorégraphes français d’aujourd’hui

 

Écouter la musique de , c’est forcément s’interroger sur le sens que l’expression « musique classique » peut avoir pour un compositeur de nos jours. L’appartenance à une généalogie de musiciens classiques est évidente, et en même temps, son style est très personnel, à la fois original et élégant.

Aucune case ne lui convient vraiment. Dans la forme déjà, la référence est permanente : nocturne, fantaisie, comptine, prélude et fugue, mélodie, quintette pour piano et cordes, quintette à vents, concerto, suite baroque… mais il ose aussi des nouveautés comme une Pièce pour orchestre et ensemble traditionnel berbère. L’écriture elle-même est sans cesse à nous évoquer tel ou tel souvenir, et pourtant, rien ne permet de la rattacher à une filiation immédiate ou équivoque. Est-elle post-moderne ? Néo-classique ? Néo-post-moderne … ?

Tous les qualificatifs tombent ou sonnent creux, et pourtant, cette musique est bien là, vivante et frémissante, dans un lien fermement tissé avec l’histoire de la musique et ouvert vers des horizons nouveaux. Il suffit d’écouter son disque de mélodies « Sylves », Gabriel Rigaux écrit des mélodies françaises sensibles et profondes pour comprendre. Impossible de ne pas penser à Ravel, Debussy, Milhaud, Poulenc… et pourtant, on n’y trouvera aucune citation, aucune similitude précise. On y entendra en revanche une inventivité et une sensibilité remarquables, au service des textes poétiques qu’elle fait résonner. On y entendra aussi une musique très efficace et créatrice d’une émotion nouvelle, et la continuité d’une finesse typiquement française.

D’autres œuvres témoignent de son enracinement dans le classicisme. Rigaux n’hésite pas à tutoyer les plus grands en tentant des « Répliques » (prochain CD en préparation), sorte de recomposition au piano sans citation ou reflet… réflexif de Bach, Mozart, Beethoven, Satie. Mais c’est toujours sa musique qu’il écrit, originale et révérencieuse. Thomas Adès lui-même, nous explique-t-il, quoique résolument novateur, écrit avec ses Trois danses une musique qui redessine Couperin. s’inscrit dans ce geste d’écriture : un lien entre l’Ancien et le Nouveau, qui ouvre – s’il faut jouer les classificateurs – sur un pré-classicisme, voire la tentative d’un classicisme renouvelé, cet espoir maintes fois réitéré au cours de l’histoire.

Le piano, toujours instrument-roi

Né en 1982, Gabriel Rigaux est passé progressivement de la philosophie à la musique. Pianiste en partie autodidacte, puis élève de Pierre-Alain Volondat, il suit en parallèle et très « classiquement » le cursus de Philosophie à la Sorbonne Paris 1, ce qui l’amène à un mémoire de Master sur Nietzsche et « le cas Wagner ». Ceci ne l’empêche pas de peaufiner ses études musicales, avec les classes d’orchestration et d’écriture au CRR d’Aubervilliers avec, respectivement, Guillaume Connesson et Thomas Lacôte, et d’intégrer la classe de piano avec Svetlana Samsonova. Il a également intégré la classe de direction de Adrian Mc Donnell au conservatoire du 15ème arrondissement.

En tant que pianiste, il s’est produit au festival Pianissime de Sannois en 2007, à la collégiale de Montmorency en 2009 avec l’Orchestre de l’Ile-de-France dans le Deuxième Concerto de Rachmaninov, en 2010 aux concerts du temple d’Enghien en duo avec le violoniste chinois Guo Gan. Il est accompagnateur de la classe de chant et de la chorale de l’école de musique de St Gratien en 2012. En juillet 2012, il est invité à Prague parmi les finalistes du concours international de composition Anton Dvořák. Son Concerto pour Erhu, dans sa première version, est joué en 2012 au Théâtre Jean Vilar par l’Orchestre Paris-Pékin avec Guo Gan pour soliste et Sun Yin à la direction. Cinq de ses mélodies pour piano et baryton sont créées en 2015 par l’Oiseleur de Longchamps et Pierre Girod au Temple du Luxembourg. Il créé en mai 2017 douze de ses mélodies sur des poèmes d’Aragon, Jaccottet et Hugo avec Sébastien Lemoine, Marie Kalinine, Laurianne Vidal et Pierre Makarenko. En septembre 2016, il joue pour la première fois son concert-conférence sur Chopin et ses influences à l’Hôtel de Béhague, puis au festival Fresselines en fête en août 2017. Il est pour l’année scolaire 2018-2019 en résidence artistique à l’abbaye de la Prée. En mars 2020, sa Gymnopédie n° 1 pour orchestre est crée au Commonwealth Auditorium en Virginie (États-Unis) par le William & Mary Symphony orchestra sous la direction de David Grandis. En août 2020, il est reçu à Tours, sur l’invitation de François Leroux, durant l’académie lyrique Poulenc, centre de mélodie française, pour la commande de ses trois mélodies sur des fables de Lafontaine. Il est actuellement enseignant-accompagnateur de la classe de chant du conservatoire de la Celle-Saint-Cloud.

Vers des formes plus ambitieuses

Gabriel Rigaux s’est principalement concentré jusqu’à présent sur des pièces à faibles effectifs. Tout en continuant à écrire des mélodies et des pièces pour piano, il se sent prêt pour des compositions plus audacieuses et vient de commencer l’écriture de deux opéras de chambre. Son écriture, estime-t-il, est désormais suffisamment rigoureuse et architecturée, fruit de ses réflexions et de ses expériences. Quatre projets au moins sont en cours de gestation. Un opéra pour enfants, Peter pan, un opéra-bouffe sur la pièce de théâtre Les chaises de Ionesco, un vaste triptyque sur la Révolution Française, et d’autres encore.

Une fois de plus, son écriture sera à la fois consonante et dissonante, apollinienne et dionysiaque, méditerranéenne (alla Bizet) et nordique (alla Wagner), pour reprendre les termes de l’opposition dialectique de Nietzsche dont il a rédigé un court mémoire. Une fois de plus, Gabriel Rigaux sera au-delà des ruptures et des fractures, s’inscrivant dans un long mouvement, une longue mission de ré-enchantement du monde par la musique. Mais une musique… classique !

Crédits photographiques : © Gabriel Rigaux

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