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L’ultime Jansons ou l’art de la désolation

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Richard Strauss (1864-1949) : Quatre interludes symphoniques d’Intermezzo op. 72. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n° 4 ; Danse hongroise n° 5. Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, direction : Mariss Jansons. 1 CD BR Klassik. Enregistré au Carnegie Hall de New York, en novembre 2019. Notice en anglais et allemand. Durée : 72:20

 

Ce concert capté en tournée, le 8 novembre 2019, convoquant Strauss et Brahms, clôt seize années de collaboration entre la formation bavaroise et le chef letton. La parution n’avait pas besoin d’être décrite comme la « dernière » et de paraître sous la forme d’un hommage pour que l’on perçoive tout ce qu’elle exprime de profonde nostalgie.

Le premier des Interludes extrait d’Intermezzo est étiré jusque dans sa pesanteur mâle, refermé de tristesse mêlée de douleur. L’écriture ne souffle plus sur l’ultime romantisme, mais sur l’expressionnisme dans lequel les interprètes se glissent avec lenteur. La Rêverie au coin du feu (Träumerei am Kamin) est plus émouvante encore, véritable cri de passion qui creuse la terre comme un tombe. Toute grâce s’est perdue – celle qui illumine la lecture qu’en fit Strauss, lui-même, à la tête de la Staatskapelle de Berlin, en 1927 – dans les archets tirés au maximum, les cuivres chargés de vibrato et en larmes. « Encore un instant » semblent vouloir nous dire ces musiciens… Le « Kammerensemble » de la troisième partie (Am Spieltisch) risque à chaque phrase la décomposition, tant la matière sonore se libère sous le vernis néoclassique de l’ouvrage lyrique du début des années vingt. L’aimable (et plate) « comédie bourgeoise » s’en est allée.

Nous attendions beaucoup de la Symphonie n° 4, tout en craignant que sa lumière ait disparu. C’est, hélas, ce qui se produit, en partie du moins. L’orchestre avance dans la pénombre, les basses à peine marquées, les premiers violons cherchant l’intensité juste. Curieuse version, qui paraît proche de celle que le chef grava en 1999 à la tête du Philharmonique d’Oslo (Simax). On préfèrera certainement la lecture plus engagée des mêmes interprètes, mais « chez eux », à Munich, en 2012 (BR Klassik).

Dans cette dernière gravure américaine, nous assistons à une veillée funéraire avec des pauses étonnantes, des ruptures de tension, notamment dans l’Andante moderato. Et, lorsque l’orchestre est à nouveau sollicité, il semble émerger d’une méditation. Il se déploie, durant quelques phrases, et avec la rugosité qu’on lui connaît. En vérité, il joue en « sous-régime », comme dans l’attente presque affectueuse de la volonté du chef d’orchestre qui semble épuisé. L’Allegro giocoso secoue la masse sonore, mais il manque de force physique, de verve populaire et son climat optimiste retombe bien vite. Le finale nous laisse la même impression, celle d’un regret qu’expriment les cordes graves et les pupitres des bois : tous attendent un combat qui ne viendra jamais…

En bis, la Danse hongroise n° 5 nous rappelle que son orchestrateur Albert Parlow fut un Kapellmeister d’ensembles militaires prussiens… L’enthousiasme bruyant du public américain est à l’unisson de la partition.

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