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Trois nouveautés chez Aeolus, label spécialiste de l’orgue

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Matthias Weckmann (Wekman) (c. 1616-1674) : intégrale de l’œuvre pour orgue. Léon Berben à l’orgue Friedrich Stellwagen (1637) de l’église Saint-Jacques de Lübeck (Allemagne) et à l’orgue Hans Scherer (1624) de l’église Saint-Stéphane de Tangermünde (Allemagne). 2 SACD hybrides Aeolus. Enregistrés à Tangermünde en juillet 2019 et à Lübeck en juin 2020. Livret en anglais et allemand. Durée totale : 2:30:56

Rolf Wallin (né en 1957) : Élégie. Corrado Maria Saglietti (né en 1957) : Trois psaumes. André Jolivet (1905-1974) : Arioso barocco. Henri Tomasi (1901-1971) : Variations grégoriennes. Einojuhani Rautavaara (1928-2016) : Hymnus. Harald Genzmer (1909-2007) : Sonata. Ivan Boumans (né en 1983) : Spiritual Ouest. Adam Rixer, trompettes ; Maurice Clément à l’orgue Schücke (2005) du grand auditorium de la philharmonie de Luxembourg. 1 SACD hybride Aeolus. Enregistré en mai 2019. Livret en anglais et allemand. Durée : 63:20

César Franck (1822-1890) : Prélude, choral et fugue CFF 24 ; Quatuor à cordes CFF 124 (Larghetto) ; Symphonie en ré mineur. Peter Van de Velde à l’orgue Pierre Schyven (1891) de la cathédrale Notre-Dame d’Anvers (Belgique). 1 SACD hybride Aeolus. Enregistré en novembre 2019 en la cathédrale d’Anvers. Livret en français, anglais et allemand. Durée : 73:39

 

Le label Aeolus est spécialiste de la musique d’orgue, ce qu’il confirme ici avec la parution de trois albums remarquables. Musiques baroques, romantiques et plus contemporaines sont mises à l’honneur. 

L’œuvre pour orgue de

(ou Weckman) est un compositeur-organiste particulièrement important de l’Allemagne du nord au XVIIᵉ siècle. Il fit ses études musicales à Dresde comme choriste à la cour de Saxe auprès de Heinrich Schütz. Cela lui permit de découvrir le style italien pratiqué par ce dernier quand il avait voyagé jusqu’à Venise et rencontré Monteverdi et les Gabrieli. Par la suite il vint à Hambourg pour étudier l’orgue auprès de Jakob Praetorius, grand maitre en la matière. Sur concours, il fût nommé organiste de l’église Saint-Jacques renfermant l’un des plus imposants instruments d’Allemagne. Comme la plupart des musiciens d’église de son temps, il a composé des pièces vocales, instrumentales ainsi que pour le clavier (orgue et clavecin). Pour autant, c’est l’œuvre d’orgue qui a fait la réputation de ce musicien savant par sa richesse d’écriture et sa variété, explorant diverses formes, souvent inspirées par l’Italie.

En deux disques, explore tout un ensemble très diversifié : Préludes, Toccatas, Canzone, Fugues, Fantaisies et surtout de splendides variations sur des hymnes et des chorals. Chaque CD utilise un orgue historique réputé : Le Stellwagen de l’église St Jacques de Lübeck sur lequel Helmut Walcha a gravé ses premiers disques de son intégrale Bach à partir de 1948 et le « Scherer » de Tangermünde, deux incontournables joyaux miraculeusement préservés par les siècles. On est ébloui par l’exubérance et le développement de certains versets de chorals comme par exemple le sixième de Es ist das Heÿl uns kommen her (Le salut nous est venu), véritable Fantaisie en « stylus phantasticus ». Ici ce sont presque 12 minutes de prélude au chant, en une immense déclamation parfois aux limites de la folie. Il y a dans cette musique des accents du sud, pas si éloignés de ce que Correa de Arauxo composait en Andalousie à la même époque. Weckmann et ses collègues contemporains ont souvent été décrits comme des méridionaux du nord. Comparée à d’autres versions intégrales de cette œuvre, , par sa grande expérience de ces répertoires offre une grande variété dans ses choix à la fois de registration, de tempi, et de discours qui font que ces pièces paraissent nouvelles à l’écoute, passionnantes à tous points de vue. Aux côtés de Hans Davidson (1 et 2), Wolfgang Zezer et Bernard Foccroulle, offre l’une des plus belles versions de la discographie.

Œuvres pour trompette et orgue à Luxembourg

Un autre album nous propose un récital « trompette et orgue ». Depuis les années 60, cette formule s’est peu à peu développée en concert, puis en disques. En France, les pionniers furent Francis Hardy et Francis Chapelet, bientôt relayés par Maurice André et Marie-Claire Alain. Les œuvres présentées étaient souvent des transcriptions de concertos baroques italiens ou de chorals de Bach. A la fin du XXᵉ siècle les répertoires se sont enrichis par des œuvres expressément écrites pour ces instruments, ce qui apportait un intérêt bien plus significatif. C’est ce qu’illustre la présente production où les pièces sont à la fois originales à cette formation et inédites au disque pour la plupart. Quelques compositeurs déjà connus comme ou Henri Tomasi sont harmonieusement rejoints par de plus jeunes compositeurs dont et , né en 1983. trouve également une place de choix avec Hymnus composé en 1998.

Les discours sont audacieux et toujours abordables à l’oreille des auditeurs. Au delà des œuvres méticuleusement choisies pour offrir un récital varié, c’est la grande musicalité des interprètes qui rend également ce CD très agréable à l’écoute. utilise deux trompettes suivant les œuvres. Le son est chaud sans jamais laisser transparaitre le son du métal, au profit du velours. L’orgue, par ses caractéristiques néo-symphoniques se marie harmonieusement grâce au jeu délicat et précis de . On appréciera la réussite de cet album au format acoustique avantageux du SACD, y compris pour certains auditeurs, rebutés parfois par cette formation.

Transcriptions pour orgue de

est sans doute après Johann Sebastian Bach le compositeur le plus important pour l’orgue. Sa place dans l’histoire de la musique au XIXᵉ siècle est fondamentale. Depuis les débuts de l’enregistrement phonographique, c’est une multitude de versions que l’on peut recenser. Les Douze grandes pièces pour orgue sont bien sûr le sommet dans sa production, suivies par d’autres œuvres, souvent plus modestes. Ce qui nous est proposé ici est autre : ce sont des transcriptions à partir d’œuvres instrumentales ou orchestrales qui occupent une place de choix dans les opus du compositeur. Le programme débute avec le Prélude, choral et fugue, une œuvre majeure de Franck pour le piano écrite en 1884. L’organiste Henri-Franck Beaupérin en a réalisé une transcription que adapte magnifiquement sur l’orgue symphonique de la cathédrale d’Anvers. On imagine très bien que Franck lui-même aurait pu la jouer ainsi à l’orgue de Sainte-Clotilde à Paris. Son écriture classique dans le souvenir de Bach convient tout à fait à l’instrument à tuyaux. Ensuite, et en guise de transition avec la Symphonie en ré mineur qui suit, on pourra écouter un extrait du Quatuor à cordes en Ré majeur, adapté par Hans-André Stamm. Autre climat proche de la Prière op. 20 qui convient une nouvelle fois parfaitement à l’atmosphère de l’église. Le récital s’achève avec les trois mouvements de la Symphonie en ré mineur FWV 48, chef d’œuvre absolu du Pater Seraphicus. C’est à Jan Valach que l’on doit cette impressionnante transcription.

L’orgue monumental de la cathédrale Notre-Dame d’Anvers a été construit en 1891 par Pierre Schyven. Inspiré par celui de l’église Saint-Sulpice à Paris, il est modèle type d’un grand instrument de cathédrale de la fin du XIXᵉ siècle. A partir de 2014, la manufacture d’orgues Schumacher d’Eupen a entrepris une grande restauration qui a permis de réorganiser une partie de la tuyauterie pour un meilleur rendu sonore. L’orgue y a gagné en clarté et en présence depuis la vaste nef. , son actuel titulaire offre là le premier enregistrement depuis ces travaux achevés en 2018, dans un programme qui permet d’apprécier pleinement les qualités acoustiques et musicales de cet exemplaire unique. Son approche du répertoire franckiste est particulièrement inspirée, tant dans les choix de registrations que dans les climats poétiques et sensibles que requièrent cette musique, d’un romantisme puissant.

Cet enregistrement permet de placer désormais ces transcriptions au rang des grands pièces officielles pour l’orgue. Une nouvelle fois la captation en multicanal sur un support SACD apporte une lisibilité dont Christoph Frommen a le secret.

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Matthias Weckmann (Wekman) (c. 1616-1674) : intégrale de l’œuvre pour orgue. Léon Berben à l’orgue Friedrich Stellwagen (1637) de l’église Saint-Jacques de Lübeck (Allemagne) et à l’orgue Hans Scherer (1624) de l’église Saint-Stéphane de Tangermünde (Allemagne). 2 SACD hybrides Aeolus. Enregistrés à Tangermünde en juillet 2019 et à Lübeck en juin 2020. Livret en anglais et allemand. Durée totale : 2:30:56

Rolf Wallin (né en 1957) : Élégie. Corrado Maria Saglietti (né en 1957) : Trois psaumes. André Jolivet (1905-1974) : Arioso barocco. Henri Tomasi (1901-1971) : Variations grégoriennes. Einojuhani Rautavaara (1928-2016) : Hymnus. Harald Genzmer (1909-2007) : Sonata. Ivan Boumans (né en 1983) : Spiritual Ouest. Adam Rixer, trompettes ; Maurice Clément à l’orgue Schücke (2005) du grand auditorium de la philharmonie de Luxembourg. 1 SACD hybride Aeolus. Enregistré en mai 2019. Livret en anglais et allemand. Durée : 63:20

César Franck (1822-1890) : Prélude, choral et fugue CFF 24 ; Quatuor à cordes CFF 124 (Larghetto) ; Symphonie en ré mineur. Peter Van de Velde à l’orgue Pierre Schyven (1891) de la cathédrale Notre-Dame d’Anvers (Belgique). 1 SACD hybride Aeolus. Enregistré en novembre 2019 en la cathédrale d’Anvers. Livret en français, anglais et allemand. Durée : 73:39

 
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