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Un regard inédit d’Augustin Hadelich sur Bach

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates et Partitas pour violon seul BWV 1001-1006. Augustin Hadelich, violon « Leduc, ex Szeryng » par Giuseppe Guarneri del Gesù, 1744. 2 CD Warner Classics. Enregistrés les 6 et 13 juin, les 18-19 juillet et les 28-30 août 2020, au Fraser Performance Studio, Boston, États-Unis. Texte de présentation en anglais, français et allemand. Durée totale : 131:21

 

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sort son quatrième album chez Warner Classics, proposant une version épurée des Sonates et Partitas pour violon seul de .

Après un disque dévolu aux compositeurs tchèques actifs aux XIXe et XXe siècles, Hadelich remonte dans le temps pour aborder ce qu’on ose appeler « l’Himalaya des violonistes » ou « la Bible du violon » que la plupart des instrumentistes rêvent de jouer et où aucune note n’est accidentelle. Un ensemble de six œuvres – trois sonates de quatre mouvements et trois partitas constituées de morceaux de danse en nombre variable – écrites en 1720, pendant que Bach était employé à Cöthen.

Pour cette prestation, joue le violon « Leduc » fabriqué par Giuseppe Guarneri del Gesù en 1744 et ayant appartenu pendant plus de 30 ans à Henryk Szeryng, muni de cordes d’acier (mi) et de fibre multi-filament synthétique (sol, ré et la), qu’il frotte avec un archet baroque. Au sujet de ce dernier, il déclare dans le commentaire joint au livret : « S’il y a de grandes différences d’un archet ancien à l’autre, pour ce qui est de la longueur et du poids, rien de ce que permet un archet moderne n’est impossible. Il est plus difficile qu’avec un modèle moderne de produire un son puissant tenu, mais plus facile d’avoir une articulation légère et dynamique. » De cette façon, Hadelich signe une lecture qui se situe quelque part « au tournant » de l’interprétation historiquement informée et moderne.

Quelles fraîcheur et légèreté (qui n’empêche pas des crescendos puissants et passionnés) sous son archet ! Quelle ampleur de respiration ! Hadelich subjugue tant par la poésie que par la virtuosité, souveraine. Si l’attaque des cordes se fait avec beaucoup d’énergie, la sonorité ne s’avère ni trop rugueuse, ni trop acérée. Le vibrato est utilisé uniquement comme moyen d’expression, la souplesse de l’articulation – d’une netteté cristalline – se montre extraordinaire (Allegro de la Sonate n° 2 BWV 1003), les accelerandos impressionnent par la fougue et une habileté technique qui paraît totale (le passage de la fin de la Fugue dans la Sonate n° 2 BWV 1003).

La maîtrise de l’instrument n’est pourtant pas mise au premier plan, la musique prime, même dans les passages en accords de trois ou quatre sons, d’une fluidité qui tient de l’impossible. Dans le Presto de la Sonate n° 1 BWV 1001 comme dans le Double de la Partita n° 1 BWV 1002, le tempo est vertigineux, les coups d’archet semblent taillés dans la pierre, envoûtant par la profondeur du timbre autant que par une gamme de couleurs vives et subtiles. Il en est de même dans les mouvements lents, qui chantent avec simplicité et naturel. L’ajout par Hadelich de quelques fioritures ne fait qu’embellir certaines phrases, sans aller au-delà des limites du bon goût.

Concernant les Partitas, les danses étincèlent d’une pulsation intense, rayonnant de lumière et révélant le caractère courtois de plusieurs d’entre elles, notamment la Chaconne de la Partita n° 2 BWV 1004, dense d’atmosphères contrastées et de sonorités vibrantes. L’interprétation du fameux Preludio de la Partita n° 3 BWV 1006 est d’un raffinement éthéré, sans rien perdre de son élégance ni de sa vitalité. Peut-être qu’un peu plus de grandeur aurait été bienvenu dans ces lectures, mais cette menue réserve ne déprécie en aucun cas ce type d’exécution donnée avec un archet baroque.

Voici bien une référence contemporaine des Sonates et Partitas pour violon seul BWV 1001-1006 de , un double disque qui fascine et touche, ouvrant de nouvelles perspectives sur ce cycle.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates et Partitas pour violon seul BWV 1001-1006. Augustin Hadelich, violon « Leduc, ex Szeryng » par Giuseppe Guarneri del Gesù, 1744. 2 CD Warner Classics. Enregistrés les 6 et 13 juin, les 18-19 juillet et les 28-30 août 2020, au Fraser Performance Studio, Boston, États-Unis. Texte de présentation en anglais, français et allemand. Durée totale : 131:21

 
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