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La lettre au voyageur de Jacques Lenot

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Jacques Lenot (né en 1945) : La lettre au voyageur ; Trois pièces pour piano ; Secrètement la nuit. Nicolas Dautricourt, violon ; Dana Ciocarlie, piano. 1 CD L’Oiseau prophète. Enregistré du 4 au 6 janvier 2016 au Studio Sequenza de Montreuil. Notice en français. Durée : 77:22

 

La musique de ne se laisse pas facilement approcher. Taillée dans la matière abstraite, elle se concentre ici sur la confrontation de deux seuls instruments, le violon de et le piano de , comme une résurgence historique du modèle de la sonate classique et romantique, cependant entièrement transformé et inféodé à l’univers esthétique du compositeur.

Le premier mouvement de La lettre au voyageur (2013), l’œuvre qui donne son nom au disque, présente un profil haletant, très accidenté, entre fulgurances, hachures, brisures, et repos momentanés. Lentement, le piano construit dans la partie suivante un nid harmonique aux sonorités mystérieuses, d’une grande douceur, dans lequel se love la mélodie du violon, qui peu à peu s’enhardit et visite tous les registres en accélérant et s’amplifiant. C’est sa ligne, seule, que l’on finit par suivre dans un voyage rempli de circonvolutions et d’hésitations. La troisième partie repose tout entière sur un faux ostinato au rythme bancal dans les graves du piano, en vérité constamment changeant et irrégulier. C’est bien le clavier qui entraîne cette fois l’auditeur dans sa course irrésistible, le violon ponctuant par des commentaires auxquels répondent parfois la main droite de . Puis, alors que l’ostinato monte progressivement dans les registres mediums, la mélodie du violon devient le moteur d’une fin lyrique, brisée dans son élan par la rupture abrupte du continuum. C’est alors que débute l’intense rêverie méditative du quatrième mouvement.

C’est au piano seul que sont consacrées les trois pièces d’un cycle écrit en 2011, une année pour « particulièrement sombre et peuplée d’ombres malfaisantes », nous indique-t-il dans le livret du CD. « Mais l’ombre de la nuit », « Lumière d’août » et « Schattenwelt » révèlent les lectures qui le soutinrent alors (Höderlin, Faulkner). Le compositeur dit s’être « [confié] au piano ». Tour à tour crépusculaires, méditatifs, traversés de subites agitations colériques, de ruptures brutales et de répétitions obsessionnelles (« Schattenwelt » est fondé d’un bout à l’autre sur un puissant ostinato résonant dans les graves du piano), ces trois morceaux forment un parfait prologue à l’œuvre suivante, Secrètement à la nuit, inspirée de la poétesse Else Lasker-Schüler et écrite à la même période pour le duo piano-violon. Les questions-réponses entre les deux instruments, nerveuses et tendues dans « Nur dich », puis plus apaisées dans « Ankuft », se résolvent dans une opposition complémentaire et contrastée entre le lyrisme errant du violon et les miroitements harmoniques des suraigus du piano sur « Heimweh ». Dans ce disque, Lenot nous entraîne dans un voyage métaphysique vers des paysages imaginaires, mais surtout à travers les méandres de l’âme, n’hésitant pas à lorgner parfois vers un certain romantisme.

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Jacques Lenot (né en 1945) : La lettre au voyageur ; Trois pièces pour piano ; Secrètement la nuit. Nicolas Dautricourt, violon ; Dana Ciocarlie, piano. 1 CD L’Oiseau prophète. Enregistré du 4 au 6 janvier 2016 au Studio Sequenza de Montreuil. Notice en français. Durée : 77:22

 
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