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Transcriptions virtusoses de Rachmaninov, Liszt et Friedman par Zlata Chochieva

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(re)créations, transcriptions pour piano de Sergueï Rachmaninov (1873-1943), Franz Liszt (1811-1886) et Ignaz Friedman (1882-1948) : œuvres de Bach, Schubert, Mendelssohn, Bizet, Mahler, Tchaïkovski, Moussorgski, Grazioli et Gärtner. Zlata Chochieva, piano. 1 CD Accentus Music. Enregistré au Blackbird Music Studio de Berlin en septembre 2020. Notice en allemand, anglais et français. Durée : 74:00

 

La transcription a donné corps à un pan de répertoire pianistique abondamment nourri, longtemps après Bach, par Rachmaninov, Liszt et Friedman. Dans son disque (re)creations, la pianiste rend en la matière un hommage brillant au talent de ceux qu’elle considère comme « les trois plus grands pianistes de tous les temps ».

Pour , c’est une affaire de trio, qui réunit le compositeur, le transcripteur – compositeur qui s’approprie l’œuvre, et l’interprète qui, tout en y mettant son expression personnelle, est en « connexion spirituelle et intellectuelle avec les deux compositeurs », pour « recréer quelque chose, réinventer et insuffler une nouvelle vie à des chefs-d’œuvre qui nous viennent du passé ». Des chefs-d’œuvre tombés entre les mains des plus grands transcripteurs que la terre ait portés depuis deux siècles. Leur point commun ? : la virtuosité. La transcription offre tous les prétextes à sa démonstration, des pages symphoniques au répertoire vocal, au service d’une imagination toujours renouvelée. La pianiste russe, élève de Michaël Pletnev, en relève le défi avec brio, nous offrant un récital éblouissant de vitalité, d’une enivrante virtuosité. 

En tête de programme, deux approches radicalement différentes des œuvres de Bach. Celle de la Partita pour violon seul n° 3 en mi mineur BWV 1006, par Rachmaninov qui recrée en l’enrichissant l’écriture polyphonique, invente ou souligne des contre-chants, redonne grâce et fraîcheur nouvelles à la Gavotte dans la reconstitution de ses harmonies, donne du caractère à la Gigue plus pétillante et aérienne que jamais. Comment imaginer qu’elle ne fut pas composée pour le piano ! L’on entendra plus loin, d’une autre Partita pour violon seul, celle n° 1 en si mineur BWV 1002, la Bourrée dans la transcription de Friedman. Tout autre chose : son contrepoint enrichi, elle offre une vision orchestrale à l’allure majestueuse, avec ses traits en tierces et ses octaves doublées à la basse. Son Concerto Brandebourgeois n° 3 en sol majeur BWV 1048 (I.Vivo) très conforme à la partition d’origine revêt aussi un aspect orchestral, mais sous un nouvel éclairage : les timbres instrumentaux gommés par le son du piano, la lecture diffère, rendant apparents davantage de détails. Procédant de la même démarche, encore plus signifiante, son étonnante transcription du Menuet de la Symphonie n° 3 en ré mineur de Mahler, qui donne, dans son tissus pianistique, le sentiment d’entendre une autre œuvre ! 

La signature reconnaissable de Rachmaninov tout particulièrement dans la Berceuse op.16 n° 1 de Tchaïkovski, très libre, chantant et respirant magnifiquement sous ses harmonies somptueuses, n’est pas sans rappeler les sonorités de ses Études-tableaux. Une autre signature, celle de Liszt dans les lieder de Schubert et Mendelssohn : la pianiste y laisse libre cours au chant, dépouillé de ses paroles, respirant telle la voix humaine, le phrasé souple, l’intonation chaleureuse (Litanie n° 1 et Ständchen de Schubert, Auf Flüggeln des Gesanges de Mendelssohn), jouant d’une pimpante séduction dans le virtuose entrecroisement des lignes de Die Forelle D 550 de Schubert. Elle conclut avec Friedman : un adagio pour clavecin de G. B. Grazioli romantique à souhait, et la première des Six danses viennoises d’Eduard Gärtner (I.Tempo di valse lente), parée de troublantes harmonies.

On ne peut qu’être conquis par un programme d’une telle richesse, admirablement défendu par une pianiste au jeu aérien, vif, lumineux, et si sensible lorsqu’il s’agit de faire chanter le piano.

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(re)créations, transcriptions pour piano de Sergueï Rachmaninov (1873-1943), Franz Liszt (1811-1886) et Ignaz Friedman (1882-1948) : œuvres de Bach, Schubert, Mendelssohn, Bizet, Mahler, Tchaïkovski, Moussorgski, Grazioli et Gärtner. Zlata Chochieva, piano. 1 CD Accentus Music. Enregistré au Blackbird Music Studio de Berlin en septembre 2020. Notice en allemand, anglais et français. Durée : 74:00

 
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