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Le Sinfonieorchester Liechtenstein, un orchestre ambitieux dans son temps

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Le (SOL) a organisé cette année le gala des International Classical Music Awards à Vaduz. Le Président du Conseil de Fondation de l’orchestre, Ernst Walch, et Florian Thierbach, le délégué artistique du SOL, évoquent le passé, le présent et l’avenir d’une phalange qui ne cesse de s’affirmer sur la carte internationale de la musique classique.

: Quand on regarde l’histoire du , la première chose qui frappe, c’est que l’orchestre, dont la fondation remonte aux années 1980, est un orchestre assez jeune par rapport aux orchestres des pays voisins, la Suisse, l’Autriche et l’Allemagne. Pourriez-vous d’abord donner à nos lecteurs un bref aperçu de la tradition orchestrale du Liechtenstein ? N’y avait-il pas d’orchestre symphonique professionnel au Liechtenstein avant la création du ?

Ernst Walch : C’est exact, le Liechtenstein Chamber Orchestra a été fondé le 10 septembre 1988 dans le but pragmatique de fournir leur propre orchestre aux professeurs de l’école de musique du Liechtenstein. Par ailleurs, la musique classique a toujours été très présente dans ce pays, de sorte qu’au sens large, il existe de nombreux ensembles. Mais jusqu’en 1988, il n’y avait pas d’orchestre (national) professionnel.

Entre-temps, il a reçu le nom de Sinfonieorchester Liechtenstein (SOL) et il a subi une transformation majeure en 2012 : des structures professionnelles comme la restructuration juridique d’une association en une fondation à but non lucratif, donc l’introduction d’un Conseil de Fondation, d’un Cercle d’Amis, d’un Conseil d’Orchestre, d’une direction professionnelle et d’autres organes et instruments administratifs, ont assuré une augmentation significative de la qualité. A ce jour, le Sinfonieorchester Liechtenstein s’impose comme le seul orchestre professionnel de la Principauté.

Bien entendu, le secteur amateur a également souhaité rendre possible la pratique orchestrale, de sorte qu’en plus du SOL, il existe l’Orchestre Liechtenstein-Werdenberg (OLW) qui est toutefois un melting-pot d’amateurs ambitieux et de musiciens professionnels sélectionnés.

Depuis sa restructuration en 2012, principalement sous l’impulsion de son directeur artistique et de son directeur général Drazen Domjanic, le SOL s’est senti obligé de constituer un ensemble qui se mesure de plus en plus aux grands orchestres connus et renommés. Dans le même temps, il a à cœur de soutenir les jeunes solistes d’ici et d’ailleurs. Nombre de ces étoiles montantes sont déjà établies sur la scène internationale. Nous sommes d’autant plus heureux lorsqu’elles reviennent au Liechtenstein, au SOL, où nous avons pu soutenir et développer certaines d’entre elles.

Et puis il y a aussi un orchestre de chambre entre-temps très renommé basé au Liechtenstein, Esperanza, qui a été fondé par Drazen Domjanic à l’Académie internationale de musique du Liechtenstein, un ensemble qui a déjà remporté un prix .

ICMA : Le compositeur liechtensteinois le plus connu est Josef Gabriel Rheinberger, qui était très renommé au XIXe siècle et a joué un rôle important, notamment en tant que pédagogue. Son œuvre est aujourd’hui progressivement redécouverte, et d’après tout ce que l’on peut entendre, c’est à juste titre. Mais y a-t-il d’autres compositeurs liechtensteinois dont vous pensez qu’ils sont négligés, qu’ils devraient être entendus plus souvent ?

EW : Josef Gabriel Ritter von Rheinberger écrit certainement le début d’une ère de compositeurs du Liechtenstein qui ont pu s’affirmer. D’autres grands compositeurs auxquels on pourrait penser en premier lieu, comme Ludwig van Beethoven ou Wolfgang Amadeus Mozart, ont également entretenu une relation particulière avec le Liechtenstein et sa Maison princière. Le génie Mozart a dédié à l’ancien Prince Alois Ier du Liechtenstein une cantate qui n’a été découverte que récemment par des musicologues. Beethoven a également dédié sa Sonate n°13 pour piano à la Princesse Joséphine du Liechtenstein. Le compositeur et arrangeur américain Samuel Adler a retravaillé les célèbres Variations « God Save The King » de Beethoven, composées à l’origine pour piano solo, pour un grand orchestre symphonique, spécialement pour le SOL.

Pour en revenir à la question, il ne faut pas négliger les compositeurs liechtensteinois d’aujourd’hui tels Jürg Hanselmann, Marco Schädler et Stefan Frommelt. Cette année, nous interprétons même une œuvre pour orchestre de ce dernier, avec son trio de jazz, le 21 septembre à Schaan. Grâce à notre intensification de livestreaming, vous pourrez également suivre ce concert -le fameux et annuel concert du Freundeskreis- de n’importe où via le portail récemment lancé www.kulmag.live. Vous pourrez donc bientôt vous faire une idée des dernières compositions du Liechtenstein.

ICMA : Depuis cette année, le Sinfonieorchester Liechtenstein est également actif pour des concerts internationaux pour la première fois de son histoire (si je suis bien informé), et il a été invité en mai à la Tonhalle Maag en Suisse. Le prochain concert est prévu à la Philharmonie de Berlin et présentera ainsi le SOL dans un lieu particulièrement prestigieux. Quel est votre objectif principal avec ces concerts à l’étranger ?

Florian Thierbach : Après presque cinq ans sans concerts à l’étranger et grâce à un sponsor extrêmement généreux qui ne souhaite pas être nommé, nous avons maintenant la possibilité d’organiser un concert à l’étranger par saison. Nous nous préoccupons avant tout de la présentation extérieure du Liechtenstein dont nous sommes, en tant qu’ambassadeurs culturels, pour ainsi dire par définition, responsables et autorisés à partager la responsabilité ! En mai dernier, nous avons pu faire un premier pas ici, à la Tonhalle Maag, même si le public se limitait à 50 personnes. C’était un signe de vie après des mois de privation du public. Les réactions positives de la critique qui ont suivi ont conforté notre intention de continuer à porter le nom du Liechtenstein à l’extérieur. C’est pourquoi, pour notre prochain concert, nous serons dans la grande salle de la Philharmonie de Berlin, le mercredi 23 novembre 2022.

ICMA : Du fait de la pandémie, au Liechtenstein comme ailleurs, les concerts n’ont pas pu se dérouler avec un public dans la salle. Mais le SOL semble avoir fait de la nécessité une vertu et il a commencé à diffuser ses concerts en direct sur Internet. Comment l’idée est-elle née ?

FT : Pour être honnête, nous avons été extrêmement privilégiés au Liechtenstein d’avoir pu jouer devant un public complet de septembre à mi-décembre de l’année dernière. Bien sûr, dans le respect de protocoles stricts qui ont fait leurs preuves jusqu’à présent. Néanmoins, nous avons vu dans nos deux pays voisins les précurseurs de toutes ces restrictions que nous avons finalement dû accepter à la mi-décembre. C’est pourquoi nous avons commencé dès le mois de novembre à proposer des formes de concerts hybrides : nos 1000 abonnés pouvaient choisir d’être présents en live ou de suivre le concert de chez eux, avec différentes positions de caméra, un programme superposé et une atmosphère presque semblable à celle d’un concert. Nous avons bénéficié du fait que nous enregistrions tous nos concerts depuis 2012 et que, de projet en projet, nous n’avons eu de cesse de nous améliorer constamment et de nous professionnaliser. Dès le mois de novembre, une partie non négligeable de nos abonnés a pu bénéficier d’un livestreaming de haute qualité. Dans le cadre de nos efforts d’internationalisation et de notre fonction d’ambassadeur du Liechtenstein, ce livestreaming offre une opportunité inimaginable de porter la marque « Sinfonieorchester Liechtenstein » dans le monde entier. C’est pourquoi nous restons fidèles à la voie analogique, mais aussi numérique, et nous entendons continuer à servir à la fois notre base d’abonnés qui se sent désormais comme une famille, et la communauté livestream.

ICMA : Les concerts en streaming sont-ils bien accueillis ? Combien de téléspectateurs environ se connectent à chaque concert ?

FT : Mieux que prévu parce que, surtout cet hiver, nous avions tous envie de bonne musique, enregistrée de manière professionnelle, intéressante, accessible en livestream. Nous avons aussi proposé une offre attrayante pour tous les concerts symphoniques SOL par abonnement qu’ils ont achetée pour leurs familles et leurs proches alors qu’il était impossible de rendre visite. Cette campagne et nos efforts soutenus dans les médias – en particulier sociaux – ont eu un effet d’entraînement : nous avons rapidement attiré l’attention des médias et des agences et depuis lors, nous pouvons parler d’une augmentation des chiffres.

ICMA : L’un des concerts est le concert de gala de l’International Classical Music Award (ICMA). Comment se fait-il que le gala des l’ICMA a été organisé à Vaduz ?

EW : Depuis de nombreuses années, il existe une coopération très étroite, amicale, collégiale et axée sur la qualité entre l’ICMA – en la personne de son président Remy Franck – et le Liechtenstein ; plus précisément, l’Académie d’Eschen-Nendeln dans la Principauté, l’Académie internationale de musique du Liechtenstein. En outre, le Liechtenstein s’est imposé lorsque son ensemble Esperanza Vaduz a reçu le Special Achievement Award au Gewandhaus de Leipzig en 2017. C’est ainsi que, dès février 2018, notre capitale Vaduz a souhaité succéder en 2021 à Leipzig, Katowice, Lucerne, Séville (malheureusement annulée en raison de Corona) et de nombreuses autres villes-phares d’Europe.

ICMA : Que signifie l’accueil du Concert de Gala des International Classical Music Awards pour le SOL ?

EW : Notre orchestre a été très honoré car les ICMA sont un événement dont la portée est mondiale. Nous sommes fiers de reprendre le flambeau musical qui a été porté, entre autres, par l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig ou l’Orchestre Symphonique de Lucerne. Vaduz montre aussi qu’elle peut convaincre par sa compacité, sa polyvalence et son ouverture.

ICMA : Depuis quelque temps, le SOL joue sans chef principal permanent. Comment ce concept très intéressant a-t-il vu le jour et comment l’orchestre s’y adapte-t-il ?

EW : Avec Florian Krumpöck comme chef principal de 2013 à 2015 et Stefan Sanderling au même poste de 2016 à 2018, les fondations ont été posées depuis la restructuration nécessaire en 2012 ; ils ont été deux piliers sur lesquels nous pouvons construire et nous sommes extrêmement reconnaissants pour ces deux périodes de collaboration. Avec le lancement en août 2017 de notre festival Vaduz Classic, des chefs invités sont apparus pour la première fois depuis plusieurs saisons et, aux réactions dans l’orchestre, nous avons mesuré combien ce nouveau souffle est chaque fois bénéfique.

Même en tant qu’orchestre national, nous ne pouvons avoir qu’un nombre raisonnable de projets en raison d’un manque presque total de subventions. Il est donc pratiquement impossible pour un chef d’orchestre de se forger un véritable sens des responsabilités s’il ne peut diriger que cinq ou six projets par saison. Mais les ondes positives des chefs invités nous ont guidés vers cette nouvelle voie : pas de chef permanent mais des invitations. Certains chefs chaque année ou tous les deux ans d’une part, et d’autres tout nouveaux d’autre part. Les deux concerts du mois de juin, avec les débuts de Kevin John Edusei et le chef invité Yaron Traub, en sont un bon exemple.

Mais travailler sans chef principal n’est qu’une partie de notre concept qui a pu être mis en pratique grâce au soutien de la Fondation de la famille HILTI. Nous pensons que le changement de leader vocal invité peut également construire notre SOL de l’intérieur. Des sommités du violon solo comme Rainer Honeck, de l’Orchestre Philharmonique de Vienne, et Sreten Krstic, qui a exercé les mêmes fonctions à l’Orchestre Philharmonique de Munich pendant près de 40 ans, ont déjà accepté notre invitation. Des chefs renommés à l’alto, au violoncelle, au cor, au basson et autres ont aussi trouvé le chemin du SOL et nous ont motivés par leur seule expérience orchestrale.

ICMA : Quels sont les projets du SOL pour l’avenir proche et lointain ?

EW : L’objectif du SOL est que, dans cinq ou dix ans, nous puissions affirmer que tous les plus grands artistes classiques de notre époque se sont produits au Liechtenstein, et que celui-ci figure dans les biographies des artistes. Nous devrons aussi tenir compte des souhaits de notre public : accueil en salle et/ou en livestreaming. Après le Corona, nous ne voulons plus jouer devant des salles à moitié pleines comme c’est encore le cas maintenant du fait des mesures.

Enfin, nous nous considérons comme un orchestre national qui, en tant qu’ambassadeur de notre pays, représente et porte le nom du Liechtenstein en s’appuyant sur la qualité, l’ouverture et l’internationalité à travers la musique classique.

Propos recueillis par René Brinkmann. Traduction et adaptation : Michelle Debra et Pierre-Jean Tribot

Crédits photographiques : © Andreas Domjanic

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