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Les Fiestas de la Zarzuela baroque

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Pierre-René Serna. La Zarzuela baroque. Bleu nuit éditeur. Octobre 2019. 176 p. 20 €

 

Avec cette Zarzuela baroque, Pierre-Sené Serna n’en est pas à son coup d’essai, déjà auteur en 2012 d’un Guide de la Zarzuela, ou l’opéra-comique espagnol de Z à A.

Pour ce nouvel opus sur le genre lyrique espagnol (au sens large du terme puisque l’Espagne ne se limitait pas à la péninsule ibérique mais comprenait une grande partie de l’Europe et des terres des Amériques ainsi que les Philippines), on retrouve les fondamentaux qui font le succès des publications de l’éditeur Bleu nuit : un sommaire simple et chronologique, parfaitement lisible pour tout lecteur sans bagage préalable ; un format court, l’essentiel de l’étude se compactant dans 145 pages ; des illustrations nombreuses, ici en noir et blanc (avec un bon nombre d’exemples musicaux, ce qui est toujours rassurant dans un texte parlant de musique !) ; des chapitres courts, aérés par de nombreux sous-titres, avec peu de notes de bas de page et une mise en page favorisant une lecture aisée ; une approche synthétique d’un sujet, ici avec un « tableau synoptique » de 4 pages… L’originalité, peut-être, de l’ouvrage, vient de l’impression du livret du prologue de El Laurel de Apolo, célèbre comédie de Don en fin de lecture, et de l’entretien avec le chef d’orchestre , instigateur de la recréation de la zarzuela Coronis de Sebastiàn Durón qui a impulsé la parution de ce livre. Le style de l’auteur est fluide, facile d’accès et agréable à lire, avec un attachement manifeste – et communicatif ! – de ce vif défenseur de la musique classique espagnole, et donc de la zarzuela.

Pierre-René Serna, dans cette démarche de vulgarisation, offre à son lecteur une contextualisation et des rappels historiques de bon aloi, « El Siglo de Oro » y étant parfaitement retracé, propice à l’expansion des arts et de la culture. Avec l’ambition « d’en tracer les grandes lignes, sans pour autant omettre d’entrer dans les détails », l’auteur prend le risque toutefois d’énumérations quelque peu fastidieuses : les musiciens emblématiques du sujet choisi (p.11-12) ou encore le déroulement des longues soirées de théâtre au XVIe siècle par exemple, mais aussi l’expérimentation lyrique autour de 1627 (p. 22) ou les chanteurs-comédiens « starisés » (p.25-26), alors que la liste des dix ouvrages scéniques de dont la partition complète a été préservée, aurait pu bénéficier d’un tableau visuellement plus parlant (p.54-55).

Il est dommage que bien trop de pages fassent apparaître des redites (la caractéristique des dialogues parlés ou la prédominance des artistes féminines sur scène par exemple, p.22-25, ou encore les débuts de l’art lyrique en Espagne conjointement avec l’Italie, p.26) mais qui peuvent être idéales pour les mémoires courtes !

Le livre offre par ailleurs de belle découvertes comme la tiple, une catégorie vocale totalement ignorée en dehors du monde hispanisant, soit la « reine de la zarzuela » ; les pertes irrémédiables des incendies de l’Alcazar (1734) et du Buen Retiro (1808) gorgés de bon nombre de manuscrits et partitions ; le rôle de , auteur de théâtre prolifique qui établira les critères et le nom de la zarzuela, et la description de l’écriture et du style de son musicien attitré à travers notamment l’analyse de Los celos hacen estrellas (1672) et celle encore plus fournie de Celos aun del aire matan (1660). La disparition de donne l’occasion à l’auteur de s’intéresser – toujours musicalement ce qui est bien plus riche que se limiter à de simples éléments biographiques – à , « musicien de transition » entre la dynastie des Habsbourg et celle des Bourbons, par le biais de sa Salir el amor del mundo (1697), et de Coronis (1705), preuve de la tourmente du compositeur sous Philippe V qui se verra succéder par , nouvelle personnalité phare de la scène musicale espagnole à partir de 1706. Ce compositeur bénéficie du même traitement que ces prédécesseurs : une biographie succincte mais complète ; une approche de son style musical, ici contextualisé selon la concurrence italienne ; et une analyse d’une ou deux œuvres emblématiques qui nous sont parvenues de son catalogue, soit Acis y Galatea (1708) et Júpiter y Semele (1718). Ce sera aussi le cas pour avec Iphigenia en Tracia (1747) et Viento es la dicha de amor (1743) mises en lumière, et Antonio avec Las labradoras de Murcia (1769) et Briseida (1768). Dix analyses musicales en si peu de pages, soit un véritable tour de force !

Pour une approche complète, Pierre-René Serna n’oublie pas les critiques de l’époque (La Gazette de Paris, p.90-91), un point sur les publics de la zarzuela, l’exportation du genre au XVIIIe siècle, le rapport entre musique et politique dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la réforme de Ramón de la Cruz, et l’éclipse de la zarzuela baroque à la fin du XVIIIe après 150 ans d’une gloire ininterrompue, un genre qui fera sa réapparition au XIXe et au XXe siècles.

Mais Pierre-René Serna ne regarde pas que vers le passé. À plusieurs reprises il fait référence aux initiatives de la scène lyrique actuelle, celle du Poème Harmonique bien sûr (avec Coronis), mais aussi celle de l’Orchestre baroque de Grenade et de l’ensemble Íliber en faveur d’une intégrale des ouvrages scéniques préservées de Durón par exemple, faisant judicieusement le lien entre recherches historiques, industrie musicale, et spectacle vivant. N’est-ce pas là l’essence même de ce type de démarche ?

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Pierre-René Serna. La Zarzuela baroque. Bleu nuit éditeur. Octobre 2019. 176 p. 20 €

 
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