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Grant Llewellyn, un chef gallois à l’Orchestre National de Bretagne

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Directeur musical de l’ depuis 2015, revient sur un mandat marqué par deux années difficiles, qui ne l’empêchent pas de toujours préparer l’avenir.

ResMusica : Vous ouvrez votre septième saison à l’, après deux années marquées par les interruptions…

: Oui, le temps passe vite ! Et bien sûr, les deux dernières saisons ont été très particulières à cause du Covid-19. Cette nouvelle programmation est donc un mélange entre des concerts reportés des saisons précédentes, et d’autres inédits. Le premier concert autour des Chants Celtiques de Beethoven était par exemple prévu pour être joué un an plus tôt. Le violoncelliste Bruno Philippe devait également être l’artiste associé de la saison passée. Nous avons alors tout simplement décalé une partie des programmes pour reprendre là où nous en étions, après plus d’un an d’interruption. Certains ensembles ont préféré faire comme si la saison précédente avait eu lieu, mais nous avons préféré maintenir les contrats engagés, quand cela était encore possible.

Nous avons également maintenu le partenariat avec les Opéra de Rennes, Nantes et Angers, notamment pour le Rakes Progress, un opéra parfaitement adapté à l’Orchestre National de Bretagne par l’agilité et les proportions requises. Puis nous avons tenu à porter le projet d’échange avec le Pays de Galles. Nous aurons donc des partenariats entre les orchestres et les chœurs pour interpréter un Requiem de Mozart en grande formation à la fin de la saison à Rennes, avant une participation des musiciens de l’Orchestre de Bretagne à Cardiff au début de la suivante. Nous voulons d’autant plus préserver ces échanges que le contexte actuel est aussi celui du post-Brexit. Le gouvernement des Pays de Galles a donc été très enthousiaste pour travailler avec les équipes artistiques bretonnes, et ainsi de maintenir le lien entre les régions celtes.

RM : Vous évoquez le Covid-19, mais avez également subi l’an passé un grave AVC. Comment vous êtes-vous remis ?

GL : J’ai en effet subi un AVC auquel j’ai survécu, mais qui encore aujourd’hui me paralyse partiellement la partie droite, dont presque intégralement le bras droit. Retrouver mes capacités physiques a été une expérience très spéciale, et il est clair que je ne récupèrerai jamais l’intégralité de mes possibilités ; je dirige donc à présent sans mon bras droit et heureusement, ma jambe droite fonctionne encore suffisamment pour ne pas avoir à me déplacer en fauteuil. Il y a maintenant un grand frisson à jouer et je me rends compte à chaque fois quelle chance j’ai, de pouvoir encore faire de la musique, alors que si j’avais été instrumentiste, tout se serait arrêté.

Le fait de n’avoir plus que la main gauche disponible fait que je n’utilise plus de baguette, et cela fonctionne… J’avais réussi à rediriger en juin, sans public, une Cinquième Symphonie de Beethoven ; j’ai rejoué en public pour la première fois lors de l’ouverture de cette saison, avec un programme d’autant plus important qu’il y avait pour invités et , devant une salle à jauge quasi complète. Malgré tout, chaque concert est une nouvelle expérience, chaque orchestre est différent, chaque répertoire peut plus ou moins s’adapter à une seule main, et je verrai prochainement avec The Rakes Progress comment être clair avec les chanteurs.

Heureusement, l’Orchestre National de Bretagne m’a beaucoup supporté et a sans problème accepté ce nouveau challenge. Nous avions déjà des difficultés avec la salle de répétition, trop petite depuis que l’on devait jouer avec un écart important entre les musiciens. La difficulté s’est encore accrue avec le fait que je sois moins mobile. Quant à la nouvelle salle de Rennes, le Couvent des Jacobins, celle-ci est suffisamment grande pour l’espacement des musiciens, mais c’est là encore un nouvel enjeu, car entre moi et les contrebasses ou les cuivres les plus éloignés, il y a maintenant une énorme distance, tant pour être parfaitement vu que pour retrouver tous nos repères auditifs, malgré l’excellente acoustique.

RM : Pourquoi avoir pris la direction musicale de l’Orchestre National de Bretagne alors que vous dirigiez encore le North Carolina Symphony ainsi que régulièrement à Boston ?

GL : Disons que cela a été une heureuse coïncidence, qui s’accordait avec ma culture, mes envies du moment et mon désir de vivre plus en Europe. Après avoir longtemps vécu à Boston, je me suis basé à Cardiff avec ma famille, tout en voyageant encore beaucoup de l’autre côté de l’Atlantique, notamment par mon poste de directeur musical au North Carolina Symphony durant seize ans. Il y a déjà cinq ans, peu après avoir pris la direction de l’Orchestre National de Bretagne, j’ai décidé que la saison 2019 serait ma dernière dans l’Indiana, où je ne reste à présent que chef lauréat. Mon AVC a aussi accéléré mon besoin de changement, car depuis, je me pose des questions sur les raisons qui ont pu y conduire, et même si les analyses n’ont rien mises en évidence, on ne peut éliminer l’idée que j’ai pris des longs courriers pendant la majeure partie de ma vie presque tous les mois, répété ou dirigé parfois avec du jet lag… Il est clair que je dois à présent calmer mon rythme.

Aujourd’hui, je souhaite rester dans une relation mutuellement bénéfique avec l’Orchestre National de Bretagne. Je dois me sentir prêt à les diriger et les musiciens doivent ressentir que nous pouvons travailler ensemble, pour performer à chaque concert et pour continuer à définir l’avenir. Un plan doit donc clairement être établit pour les saisons à venir, avec notre nouvelle salle magnifique et d’importants changements ces dernières années, qui ont transformé l’orchestre avec l’arrivée de trois nouveaux solistes à trois postes fondamentaux : premier violon solo, premier hautbois et premier cor. A cela s’ajoute le fait que nous avons maintenant le statut d’Orchestre National et qu’il faut maintenir un lien encore plus fort avec le public et les institutions bretonnes. Le projet n’est donc pas figé et j’espère pouvoir encore le développer, même si pour le moment, mon mandat s’achève cette fin de saison.

RM : Vous avez repris les concerts en toute fin de saison précédente avec la Cinquième Symphonie de Beethoven, et ouvrez cette nouvelle saison avec la Septième, pourquoi ce compositeur ?

GL : Là encore, il s’agit partiellement d’une coïncidence, car ces œuvres étaient déjà programmées. Mais c’est un réel choix de les avoir maintenues, car elles sont très familières et permettent de retrouver le monde avec quelque chose que nous connaissions bien. La Cinquième a été un grand moment pour tout le monde, comme un retour à la vie, tandis que la Septième Symphonie participait à un programme spécial, où elle n’a pas été jouée d’une traite, mais entrecoupée pour que chaque mouvement serve d’introduction à une nouvelle partie, suivie d’un mouvement d’une pièce de Benoit Menut, puis des Chants Celtiques de Beethoven. Ce concert était également très important pour , qui y chantait des pièces en dehors de son répertoire habituel. Nous avons ici tenté une proposition beaucoup plus personnelle, associée à la prestation du fantastique , pour lequel il a souvent fallu adapter la bonne clé par rapport aux instruments celtiques.

RM : Vous programmez aussi souvent des pièces modernes, notamment celles de … Quelle place doit avoir le répertoire contemporain pour vous ?

GL : La musique contemporaine est absolument cruciale ! Avec l’orchestre, nous souhaitons continuer à entretenir une prédominance avec les compositeurs locaux, les célébrer pendant des concerts comme ceux de Lorient ou comme celui d’ouverture cette saison. Nous travaillons donc avec des compositeurs aux influences celtiques, mais aussi avec des artistes anglais et d’autres de tous horizons, pour intégrer de la musique moderne autant qu’il est possible. Quand nous trouvons des fonds ou du mécénat, nous pensons immédiatement au développement de la création.

Avec le Covid-19, nous avons essayé de maintenir tout le monde en alerte, notamment par des concerts enregistrés et filmés, mais nous nous sommes surtout rendu compte de l’importance de la musique live, de la fragilité du système, de la sensation à l’écoute en salle. Il faut y faire très attention pour le présent et par la création, continuer à préparer l’avenir.

Crédits photographiques : Portrait © Nicolas Joubard/OSB ; En concert © Laurent Guizard

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