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Le Mozart tendre et crépusculaire du tandem Faust-Melnikov

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonates pour violon et piano en sol majeur K. 379, en fa majeur K. 377, en mi bémol majeur K. 302, en si bémol majeur K. 454. Isabelle Faust, violon (Stradivarius « Belle au bois dormant ») ; Alexander Melnikov, pianoforte (Christoph Kern, d’après Anton Walter). 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré au studio Teldex de Berlin en septembre 2019. Textes de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 76:05

 

Avec ce troisième volume consacré aux sonates pour violon et piano de la maturité mozartienne, voici une nouvelle réussite, dans ce répertoire, à mettre à l’actif du tandem , pour un cycle discographique appelé sans aucun doute à faire date.

Les partis-pris récents d’ (et de ses habituels partenaires) ont parfois pu irriter au gré des répertoires, à la fois par le recours jusqu’à l’outrance au non-vibrato (sa version quasi janséniste du Concerto en mi mineur de Mendelssohn) ou par le choix d’options interprétatives radicales suscitant souvent plus l’admiration que la totale adhésion (Concerto pour violon et Trios à clavier de Schumann, Sonates de Brahms, voire la version en sextuor de La Nuit transfigurée de Schoenberg), des enregistrements tous parus sous bannière Harmonia Mundi.

Après une intégrale des concerti de Mozart en 2016 (en compagnie du Giardino Armonico de Giovanni Antonini), souvent déroutante, la violoniste retrouve depuis trois ans son fidèle compagnon de route, le claviériste au pianoforte, cette fois pour le meilleur, avec cette probable future intégrale des « grandes » sonates pour violon et clavier de Mozart, dont nous parvient le troisième volume. L’impasse sera donc probablement faite sur les aimables bluettes décoratives et galantes d’extrême jeunesse, destinées au clavecin avec « simple » accompagnement de violon : chacun des disques parus confronte et mélange en effet avec de saisissants rapprochements des œuvres de différentes époques – les deux groupes de six, palatines de1778, ou salzbourgeoises (publiées en 1781) outre bien entendu les chefs-d’œuvre isolés de la maturité viennoise.

À vrai dire, Wolfgang parlait (dès la composition des six sonates K. 301-306) dans sa correspondance paternelle de véritables duos, répartissant équitablement les rôles et les énoncés entre cordes frottées et frappées. Nos deux artistes ont beaucoup réfléchi aux ressorts expressifs des partitions, et y proposent un dosage savant et millimétré des alliages sonores : le splendide Stradivarius « belle au Bois Dormant» de 1704, tendu à l’ancienne se marie timbriquement à merveille au pianoforte Cristoph Kern de 2014 d’après Anton Walter.

De plus, par l’égrènement des enregistrements et parutions au fil des années, l’approche des deux artistes évite toute routine et systématisme, et ces sessions espacées permettent de rendre à chaque œuvre son cadre esthétique propre, par une audacieuse remise en question des affekts discursifs dans le cadre d’une démarche certes « historique » mais avant tout poétique.

Dès l’Adagio augural de la Sonate en sol majeur K. 379 le pianoforte d’Alexandre Melnikov, « musagète » par excellence crée cette ambiance impalpable et sereinement crépusculaire, sur lequel les ailes du legato subtil de sa partenaire pourra pleinement s’épanouir. Mais ce clavier-caméléon est capable d’incroyables sautes d’humeur très sturm und drang (dans l’allegro en fondu-enchaîné) et se montre idéalement versatile au fil du « thème et variations » conclusif.

La connivence entre au fil des délicates K. 377 et K. 302 est tout aussi miraculeuse. Isabelle Faust y déploie là aussi un art souverain du phrasé et de l’articulation, une maîtrise d’archet incomparable, outre une palette infiniment variée de nuances moirées et diamantines. Rarement le tempo di minuetto final de la Sonate en fa majeur aura-t-il été à ce point nimbé de délicate tendresse.

Le sommet d’intensité de ce nouveau volume est atteint avec la célèbre et mature Sonate en si bémol majeur K. 454, où le duo théâtralise à juste titre d’avantage le propos, par ce ton enjôleur et conquérant de l’Allegro initial, par le caractère confidentiel de l’Andante ou encore par ce côté doux-amer de l’Allegretto final entre sourire narquois et désenchantement larvé. Mais ce sont, avant tout, l’équilibre parfait des échanges entre partenaires et l’éclairage original des textures qui priment, magnifiés par la superbe prise de son signée René Möller.

Un disque à marquer d’une pierre blanche, par la communion chambriste de deux interprètes au sommet de leurs moyens techniques et expressifs, aussi magnifiques que solidaires dans leurs démarches esthétiques et (re-)créatives.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonates pour violon et piano en sol majeur K. 379, en fa majeur K. 377, en mi bémol majeur K. 302, en si bémol majeur K. 454. Isabelle Faust, violon (Stradivarius « Belle au bois dormant ») ; Alexander Melnikov, pianoforte (Christoph Kern, d’après Anton Walter). 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré au studio Teldex de Berlin en septembre 2019. Textes de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 76:05

 
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