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Bach en modèle polyphonique : un récital patchwork de Paolo Rinaldi

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Toccata en mi mineur BWV 913 ; Fantaisie et fugue en la mineur BWV 904 ; Prélude et fugue en ut majeur, extrait du clavier bien tempéré BWV 846. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 32 en ut mineur op. 111. Ferruccio Busoni (1866-1924) : transcriptions des préludes de choral BWV 659 et 639. Johannes Brahms (1833-1897) : Scherzo en mi bémol mineur op. 4. Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Quaderno musicale di Annalibera. Paolo Rinaldi, piano Yamaha CFX. 1 CD Da Vinci Classics. Enregistré en la Villa Bossi de Varese, Italie, en août 2020. Texte de présentation en anglais. Durée : 72:13

 

Le label Da Vinci Classics propose le premier disque du jeune pianiste italien : un récital centré sur l’art de la polyphonie au clavier de .

, est le fils du pianiste Isacco Rinaldi, élève, d’Arturo Benedetti Michelangeli Après une formation mantouane sous la tutelle paternelle et celle de Roberta Bambace, il poursuit ses études à Londres à la Royal Academy of Music puis au Trinity Laban Conservatoire. Il a bénéficié en outre des conseils de nombreux autres maîtres au fil de masterclasses (entre autres Pascal Rogé, Boris Petrushansky, Andrzej Jasiński). Il est lauréat de plusieurs concours internationaux, tant en solo, qu’en duo chant-piano (Elizabeth Schumann Lieder Duo competition).

Ce disque-carte de visite, se veut récital embrassant deux siècles de musiques plus ou moins pensées dans l’héritage polyphonique ou le souvenir du Cantor de Leipzig. Riche idée d’entreprendre ce récital par deux pages peu connues ou fréquentées du maître : la juvénile Toccata en mi mineur BWV 914 ou encore plus rare Fantaisie et fugue BWV 904 contrebalancée par l’enchaînement d’autres pages beaucoup plus convenues – le liminaire Prélude et fugue en ut majeur du premier livre de Clavier bien tempéré outre, plus avant, deux des plus célèbres préludes de chorals transcrits par Busoni.

Le choix d’œuvres de Beethoven ou Brahms est en revanche assez surprenant. Pourquoi l’opus 111, offert ici par un tout jeune homme, et pas la sonate précédente où, au fil du complexe final entremêlant ariosos et fugues, le souvenir de Bach est beaucoup plus probant ? Pourquoi Brahms et surtout ce Scherzo opus 4 si hoffmannien et échevelé, certes lointain souvenir du stylus fantasticus baroque, mais bien moins en situation que, par exemple, la transcription pour la main gauche seule, selon le musicien hanséatique, de la chaconne de la partita BWV 1004 ? Seul le Quaderno musicale di Annalibera (dans l’ombrage des essais pédagogiques de Johann Sebastian pour sa seconde épouse ou ses fils, et avec un jeu contrapuntique latent ou assumé) relève de cette filiation, malgré un langage atonal et moderne radicalement différent.

Cet enregistrement est terni par une prise de son dure et projetée ; les micros sont comme enfouis dans le coffre de l’instrument, dans une acoustique sèche et terne. Les pages liminaires de Bach sont ici quelque peu prosaïques, dans une approche littérale, quasi sans ornementation, et surtout sans la vivacité spirituelle ou digitale que mettait une Amandine Savary dans la Toccata BWV 913 (Muso). Rinaldi, dans les chorals revus et transcrits par Busoni, ne déploie pas le même équilibre des voix, registres et plans sonores qu’un Kotaro Fukuma – Naxos – pour prendre une référence récente. Techniquement, l’on y ressent une certaine crispation globale, par exemple sur les doigts « faibles » de la main droite.

L’approche nous semble encore académique dans le premier temps de l’opus 111 beethovénien, donné sans la reprise, le développement s’y éternise, placide et imperturbable sans jamais saisir le Destin à la gorge, comme le faisait récemment un Filippo Gorini (Alpha). Mais en revanche l’Arietta et ses variations sont très subtilement enchaînées dans le strict respect de l’agencement des tempi ; par un très naturel sens du discours, et ce sentiment d’inéluctable irréversibilité du temps musical, Rinaldi n’y tombe pas dans le piège de la lenteur inhabitée, flétrie par dinutiles chichis « métaphysiques » : la sonorité se fait au fil du temps enfin plus diverse et impalpable, et les trilles de la main droite autrement plus maîtrisés que dans le versant Bach du récital.

Le Scherzo op. 4 de Johannes Brahms est globalement plus âpre d’engagement et d’esthétique et révèle un tout autre pianiste, plus urgent et moins placide dans son approche du discours musical. Enfin, le cycle de Dallapiccola montre un musicien curieux du répertoire postérieur à la dernière guerre mondiale et un pianiste soucieux du détail des nuances et de l’articulation du discours.

Voici donc le portrait d’un jeune artiste attachant mais en devenir, un de ces talents représentatifs du renouveau pianistique italien, avec un récital thématique un peu trop patchwork. Il faut espérer que Paolo Rinaldi pourra à l’avenir bénéficier d’une meilleure orientation dans la conception d’un programme, et surtout… d’un preneur de son plus inspiré.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Toccata en mi mineur BWV 913 ; Fantaisie et fugue en la mineur BWV 904 ; Prélude et fugue en ut majeur, extrait du clavier bien tempéré BWV 846. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 32 en ut mineur op. 111. Ferruccio Busoni (1866-1924) : transcriptions des préludes de choral BWV 659 et 639. Johannes Brahms (1833-1897) : Scherzo en mi bémol mineur op. 4. Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Quaderno musicale di Annalibera. Paolo Rinaldi, piano Yamaha CFX. 1 CD Da Vinci Classics. Enregistré en la Villa Bossi de Varese, Italie, en août 2020. Texte de présentation en anglais. Durée : 72:13

 
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