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Trois cantates de Bach par John Butt et le Dunedin Consort

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantates BWV 82 Ich habe genug, BWV 32 Liebster Jesu, mein Verlangen, et BWV 106 Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit « Actus tragicus ». Joanne Lunn, soprano ; Katie Bray, alto ; Hugo Hymas, ténor ; Matthew Brook, basse ; Robert Davies, basse ; Dunedin Consort, direction : John Butt. 1 CD Linn. Enregistré en décembre 2020 à St-Jude-on-the-Hill, Londres. Textes de présentation en anglais, allemand et français. Paroles en allemand et traduction en anglais. Durée : 66:27

 

a déjà livré des gravures des œuvres chorales de Bach qui ont fait sensation : Passions, Messe en si, Oratorio de Noël, mais il semble que pour des cantates plus intimistes, ses partis pris esthétiques font problème.

Les interprétations de font partie des versions dites minimalistes, avec un chœur constitué des quatre voix solistes et un orchestre réduit à un ou deux instruments par pupitre. D’autres l’ont fait, et avec bonheur : Minkowski, Kuijken, Junghaenel… Cela permet une virtuosité, une alacrité d’ensemble et surtout une lisibilité acoustique très agréable pour l’auditeur. Mais elle donne à chaque artiste une responsabilité de soliste permanent, et l’ensemble doit donc être constitué d’éléments extrêmement solides. joue avec talent de la virtuosité des membres du , en leur imposant des tempi assez rapides. Ses Passions y ont gagné une urgence et une clarté admirables, sa Messe en si une joie éclatante du meilleur aloi, quitte à devenir franchement rococo. Un autre parti pris est celui d’une prise de son très rapprochée qui surexpose les qualités et les défauts de chaque interprète. L’ensemble de ces choix contribue à une esthétisation du son, au risque de rendre uniquement décorative la musique de Bach, et c’est bien ce qui se passe dans le programme de ce disque. John Butt y a choisi trois cantates beaucoup plus orientées vers l’intériorité : celle du renoncement serein de Siméon dans son cantique Nunc dimittis, celle d’un dialogue intérieur entre une âme dolente et son Seigneur Jésus, et enfin une cantate clairement cultuelle pour une circonstance funèbre. Plus d’action de grâce jubilatoire : la joie n’est plus de mise. Plus de drame, sinon intérieur. Les climats internes à ces cantates sont celles d’un face-à-face très luthérien entre l’Homme et son Dieu, sans intermédiaire. Et là, il faut bien admettre que si musicalement parlant les choix de John Butt sont compréhensibles, ils sont inaptes à restituer l’oblation intérieure de Siméon, la tension mystique intérieure de l’âme et la consolation dans la souffrance du deuil.

Il faut, pour écouter la cantate Ich habe genug faire abstraction des souvenirs des nombreux prédécesseurs, dont de prodigieux Liedersänger. Mais même en faisant cet effort, apparait davantage préoccupé par la gestion de son souffle (qui semble court), de son émission engorgée et de ses couleurs (qui se sont affadies) que par le sens de ce qu’il chante. C’est en vain que le hautbois lumineux d’Alexandra Bellamy gambade sur des lignes gracieuses, accompagné par les cordes et la basse continue impeccables du  : le texte n’est pas habité et l’émotion ne point pas. Il fait clair dans cette chapelle, mais le cierge ne s’allume pas. Dans la cantate Liebster Jessu, mein Verlangen, on entend la voix extrêmement exacte et souple de dans le rôle de l’âme en quête de son Sauveur. Mais l’absence de vibrato la maintient en dehors de toute caractérisation psychologique, et le dialogue avec le Jésus décidément bien falot de tourne vite à la cantate de cour, c’est-à-dire profane. Les choses s’arrangent un peu dans la cantate Actus tragicus, elle aussi moult fois enregistrée. On apprécie dans la sonatina les savoureuses flutes à bec, puis le baryton humble mais souple et profond de et surtout le ténor charmant et hyper-concentré de . Mais est toujours aussi extravertie, hors de propos, et gâche leur travail. Et ce n’est pas le mezzo ordinaire de qui peut sauver la mise. Des cantates brillantes, pourquoi pas, mais des cantates de Bach rendues superficielles, tout le monde n’appréciera pas, et surtout pas pour celles-ci.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantates BWV 82 Ich habe genug, BWV 32 Liebster Jesu, mein Verlangen, et BWV 106 Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit « Actus tragicus ». Joanne Lunn, soprano ; Katie Bray, alto ; Hugo Hymas, ténor ; Matthew Brook, basse ; Robert Davies, basse ; Dunedin Consort, direction : John Butt. 1 CD Linn. Enregistré en décembre 2020 à St-Jude-on-the-Hill, Londres. Textes de présentation en anglais, allemand et français. Paroles en allemand et traduction en anglais. Durée : 66:27

 
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