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John Bull étincelant à l’orgue de Lanvellec avec Léon Berben

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John Bull (1562/3-1628) : Praeludium ; In Nomine 1 à 12 ; Fantasia super Vestiva i colli 1 et 2 ; Walsingham ; Sans titre ; Fantazia op de Fuga van M: Jan Pieters (Sweelinck). Léon Berben à l’orgue Robert Dallam (1653) restauration Barthélémy Formentelli (1986) de l’église Saint-Brandan de Lanvellec (Côtes d’Armor, Bretagne). 1 CD Lanvellec Éditions. Enregistré en mai 2021. Livret en français, anglais et allemand. Durée : 76:45

 

, le plus grand virtuose anglais pour le clavier au XVIIᵉ siècle sonne ici en gloire grâce au jeu subtil et informé de et la palette sonore lumineuse de l’orgue anglais de Lanvellec.

Le petit hameau de Old Radnor au Pays de Galles conserve encore dans son église le plus vieux buffet d’orgue des Iles britanniques, remontant aux premières années du XVIᵉ siècle. On rapporte que serait né en ce lieu en 1562 et il n’est pas impossible de penser que dans sa jeunesse et par une troublante prédestination, cet orgue fut son premier instrument. Quelques années plus tard on le cite comme enfant de chœur en la cathédrale d’Ereford. Élève de John Blitheman et sans doute aussi de William Byrd, il prend en main la musique à la Chapelle royale pour l’orgue et les chœurs. Plus tard il devient docteur en musique de l’Université d’Oxford, d’où son appellation de Doctor Bull. Par la suite, sa vie très mouvementée est entachée par divers affaires de mœurs et il doit s’expatrier dans les Flandres. Finalement il trouva un emploi comme organiste de la cathédrale d’Anvers, ville où il décéda en 1628.

Son œuvre pour le clavier est importante avec environ 150 pièces de caractère profane ou sacré, exécutables sur divers instruments : clavecin, virginal, clavicorde et orgue. Ses œuvres se retrouvent dans divers recueils dont le plus célèbre reste le Fitzwilliam virginal book qui en renferme 44. Son catalogue compte aussi d’autres pièces vocales et instrumentales (consort). Pour ce programme interprété à l’orgue, a choisi des œuvres en adéquation avec l’église, par leur style et leur destination. Ainsi il nous propose l’intégrale des 12 In nomine qui sont des lignes de plain-chant richement ornementées par une deuxième voix virtuose. Trois Fantaisies en forme de ricercare dont l’une est attribuée à Sweelinck agrémentent le programme par la grande liberté d’un discours varié. Pour autant, c’est bien la Suite des 30 variations sur la ballade A lament of Walshingam, mélodie évoquant la perte tragique d’une abbaye catholique du Norfolk durant la réforme, qui est le sommet musical de ce CD. A la différence de son maitre William Byrd qui composa une série de variations recueillies, John Bull lui en fait un tour de force flamboyant de virtuosité, de plus en plus sophistiqué. Pour son temps il s’agit là de l’un des grands sommets de l’écriture aux côtés des célèbres cycles de Hans Leo Hassler sur La Monica ou de Johann Ulrich Steigleder sur le Notre Père, jusqu’aux échos plus tardifs des Variations Golberg de Bach ou des Variations Diabelli de Beethoven. Il s’agit là d’une rhétorique extravagante qui demande à l’exécutant des ressources techniques de haut niveau, à ce point même que le claveciniste Scott Ross confiait sa crainte de devoir jouer une telle œuvre en public ! Tel un sommet emblématique, Walshingam ouvre le puissant recueil des quelques 300 pièces du Fitzwilliam virginal book, bible des claviéristes anglais des XVIᵉ et XVIIᵉ siècle.

Léon Berben, spécialiste des répertoires anciens se montre totalement impliqué et immergé dans une musique qui lui parle. On imagine que l’orgue y contribue grandement. Construit en Bretagne par le facteur anglais au milieu du XVIIᵉ siècle pour une première église à Plestin-les-Grèves, il est ensuite transféré à Lanvellec en 1857, demeurant l’un des plus beaux témoins de l’art de cette famille d’artisans réfugiés en France à cause de la révolution anglaise. Influencés par la facture française, Thomas Dallam et sont fils Robert complètent le type d’orgue anglais composé uniquement par une succession d’octaves de principaux et de flûtes par des jeux d’anche (trompette, cromorne voix humaine), ainsi que des cornets et jeux de tierce. Miraculeusement sauvé, cet orgue a été scrupuleusement restauré en 1985 par Barthélémy Formentelli et relevé une nouvelle fois il y a peu de temps. Dans cette petite église à l’acoustique directe on retrouve l’ambiance qui était celle des chapelles de châteaux à l’époque de Bull, grâce aussi à une prise de son rapprochée qui ne laisse pas perdre une goutte du texte musical que Léon Berben nous livre à la fois avec éclat et émotion. Walsingham, très peu enregistré au disque, nous enivre par son côté incantatoire et jubilatoire, comme une drogue dont on ne peut se détacher.

Ce volume 5 du label Lanvellec Éditions représente l’une des plus belles réalisations de l’organiste Léon Berben, déjà détenteur d’une imposante discographie ainsi que de l’orgue de Lanvellec qui brille ici de mille feux.

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John Bull (1562/3-1628) : Praeludium ; In Nomine 1 à 12 ; Fantasia super Vestiva i colli 1 et 2 ; Walsingham ; Sans titre ; Fantazia op de Fuga van M: Jan Pieters (Sweelinck). Léon Berben à l’orgue Robert Dallam (1653) restauration Barthélémy Formentelli (1986) de l’église Saint-Brandan de Lanvellec (Côtes d’Armor, Bretagne). 1 CD Lanvellec Éditions. Enregistré en mai 2021. Livret en français, anglais et allemand. Durée : 76:45

 
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