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Juste avant d’éteindre, quand Hélios Azoulay revit l’expérience du ghetto

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Hélios Azoulay. Juste avant d’éteindre. Editions du Rocher. 140 pages. Août 2021. 12,90€

 

Avec l’histoire fictive mais réaliste d’un musicien juif de Prague enfermé dans un ghetto et dépossédé de sa musique, apporte une nouvelle réponse poétique et littéraire à la question douloureuse de la transmission de la mémoire.

La question mémorielle est perturbante en ce qu’elle n’est pas rectiligne, elle disparaît pour réapparaître après des décennies, voire plusieurs générations. Si elle n’est pas reconnue, elle sape sournoisement les fondements d’une communauté entière et empêche celle-ci de se développer sereinement. Elle est apparemment facile à étouffer, très complexe à traiter, et en réalité impossible àignorer. Les victimes directes d’atrocités ou d’injustices sont les premières à enfouir leur vécus pendant des décennies, mais quand elles ont disparu, une transmission s’opère et une relève apparaît.

fait partie de cette relève. Inlassablement, il explore la question de la mémoire et en particulier celle de la Shoah, par de multiples biais : au disque (…même à Auschwitz, Clef ResMusica) et sur scène par des concerts-spectacles aussi bouleversants que pleins d’humour, mais également par l’enseignement ou par l’animation d’un festival éclectique de musique en Normandie (Pom, Pom, Poooom, à Saint Martin de Boscherville)… Ici, il propose un roman sur un musicien qu’on déporte dans un ghetto, à qui on retire ses partitions et qui raconte son expérience de manière littéraire et poétique. Est-ce bien sérieux ; c’est-à-dire n’est-ce pas trop sérieux ?

Hélios Azoulay n’a pas peur de grand chose. Pas peur de se plonger dans cette période aussi ténébreuse et désespérante de l’humanité, pour nous la faire revivre. Pas peur de le faire depuis deux décennies. Pas peur de faire œuvre de littérature et de poésie sur un thème antilittéraire. Et par poésie, on n’entend pas un texte écrit de manière poétique, on entend de la vraie poésie qui s’insère dans le roman. Lequel roman multiplie les manières, tour à tour descriptif, onirique, réaliste, historique, social, et parfois – sur la pointe des pieds – humoristique.

Un roman qui n’en est pas vraiment un et qui est bien plus que cela, qui se lit très vite (comme un roman !) mais fourmille de réflexions et d’images qui s’apprécient lentement et peuvent se picorer au hasard. Qui paraît loin de notre actualité (la Seconde Guerre mondiale, ça ne commencerait pas à dater ?) mais qui en est au cœur (voire la « Cancel culture » aux États-Unis, les relations franco-algériennes, pour ne prendre que deux exemples immédiats où la mémoire est – difficilement – à l’œuvre).

Il faudrait sans doute arrêter de dire que Hélios Azoulay est inclassable : par sa constance à casser les frontières entre les styles et les genres, il décloisonne simplement nos frontières mentales et culturelles. Ce décloisonnement est un chantier qui mettra plusieurs décennies à être réalisé. Aujourd’hui, son roman interroge, il peut déranger. Dans vingt ans, sa nature plurielle et kaléidoscopique devrait être la plus naturelle du monde.

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Hélios Azoulay. Juste avant d’éteindre. Editions du Rocher. 140 pages. Août 2021. 12,90€

 
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