Comédies musicales, La Scène

The Pajama Game : encore une manifestation à l’Opéra de Lyon !

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Oullins. Théâtre de La Renaissance. 14-XII-2021. Richard Adler (1921-2012), Jerry Ross (1926-1955) : The Pajama Game, sur un livret de George Abbott et Richard Bissell, d’après le roman de Richard Bissell : 7½ cents. Mise en scène : Jean Lacornerie, Raphaël Cottin. Scénographie : Marc Lainé, Stephan Zimmerli. Lumières : David Debrinay. Costumes : Marion Benagès. Avec : Vincent Heden, Sid ; Dalia Constantin, Babe ; Zacharie Saal, Hines ; Chloé Horry, Mabel ; Mathilde Lemonnier, Mae ; Pierre Lecomte, Charlie ; Marianne Devos, Brenda ; Alexis Meriaux, Prez ; Marie Glorieux, Poopsie ; Amélie Munier, Gladys. Sébastien Jaudon, piano ; Daniel Romero, contrebasse ; percussions, arrangements et direction : Gérard Lecointe

Comédie musicale de l’immédiat après-guerre, créé à Broadway et plus gros succès de l’année 1954, The Pajama Game n’a pas connu la postérité de West Side Story. Après sa création française au Théâtre de La Croix Rousse en 2019, voici un nouveau tour de piste du spectacle enjoué de .


« La seule opérette de gauche », dixit Jean-Luc Godard, qui, en plus d’en connaître un rayon sur le sujet, connaissait aussi, contrairement à plus d’un de ses compatriotes, la comédie musicale militante que et avaient adaptée, un an après sa parution, du roman de Richard Bissell: 7½ cents. L’écrivain s’était inspiré de son quotidien familial (la fabrique de pyjamas de son grand-père) pour y planter ses intrigues militante (lutte pour l’obtention d’une augmentation horaire de 7½ cents) et sentimentale (love story entre la tête de pont du syndicat et le directeur de la manufacture). En plein maccarthysme, cela ne manqua pas de piquant mais le soupçon communiste évoqué en creux dans The Pajama Game n’entrava pas son succès puisque, trois ans plus tard, Doris Day fut conviée par Stanley Donen à incarner au cinéma Babe, l’ouvrière syndicaliste amoureuse de son patron. Sid et Babe, Roméo et Juliette de la lutte des classes, chorégraphiés par Bob Fosse, virent la postérité de leur destin scénique (repris jusque dans les établissements scolaires) et cinématographique contrariée dès 1957 par Tony et Maria, Roméo et Juliette d’une toute autre envergure, car mûs par le génie de Léonard Bernstein, chorégraphiés par Jérôme Robbins, et immortalisés sur pellicule en 1961 par Robert Wise.

Le bât blesse là, qui empêche un bon moment d’entrer dans The Pajama Game (Le Sport du Pyjama, traduisent les surtitres). Quand la partition de West Side Story aligne tube sur tube, celle de The Pajama Game file les clichés sans conséquences du divertissement à l’américaine et n’en produit que deux : Hernando’s Hideaway et Hey There. On peut cependant s’abandonner à la roborative mécanique du spectacle de (mise en scène) et (chorégraphie), dont c’est la première production française d’une œuvre célébrée jusque dans les établissements scolaires outre-atlantique.


Le dispositif, aussi simple qu’astucieux, est à même d’évoquer les nombreux lieux de l’action (les pyjamas à la chaîne, l’atelier de couture, le bureau du patron, un simple haut-parleur à la Big Brother pour incarner le PDG…) mais surtout vise le projet original de créer une manière de spectacle total dont tous les protagonistes sont conviés, dès qu’ils ne chantent pas, à s’investir dans la partie orchestrale. Le cadre d’une scène mobile capable de glisser vers la rampe, abrite les trois instrumentistes ( aux percussions, au piano, à la contrebasses) mais invite aussi chacun des chanteurs à venir étoffer de son instrument personnel (flûte, saxophone, accordéon…) l’effectif du trio minimaliste de ce nouvel arrangement, dû à , d’une partition écrite à l’origine pour une grande formation. Chacun des numéros se voit ainsi personnifié par une couleur spécifique. Rappelons que , fondateur des Percussions Claviers de Lyon, fut, en 2009, l’auteur d’une version percussive de West Side Story déjà mise en scène par Jean Lacornerie.

Les interprètes, qu’ils parlent, chantent, dansent, ou jouent de leur instrument de prédilection, sont tous épatants, du Sid délicieux de à la drôlissime Gladys d’. Garçons et filles, patrons et ouvrières, sont comme emballés dans des combinaisons aux teintes fruitées qui confèrent à l’énergie amoureuse de cet Eden ouvrier (où les désirs circulent de tous à toutes, de toutes à tous, sans que personne ne trouve à s’en plaindre) un chromatisme appuyé à même d’évoquer davantage certaines Trente Glorieuses que l’actuel monde plus monochrome du travail. Il est également assez vite clair que les femmes mènent le jeu, que les revendications aboutiront, que les amants franchiront avec succès le saut de haies sociales auquel ils auront été confrontés. Entre-temps on aura goûté une hilarante scène de lumière noire colorée. Mais on aura aussi recherché en vain la pointe de mélancolie nécessaire à toute œuvre qui ambitionne de marquer durablement la mémoire. Plus que dans le touchant Hey There, on la dénichera in fine dans la conclusion désabusée de ce qui a tout d’une fausse fin heureuse : obtenus de dure lutte, 7½ cents d’augmentation, c’est, passé l’euphorie de la victoire du syndicat sur le patronat, et une fois les comptes faits, une bien pingre concession accordée à celui qui travaille par celui qui le fait travailler. Bien que localisé aux États-Unis par une Star-Spangled Banner accrochée au fronton du décor, l’amoral constat de The Pajama Game sera donc facilement délocalisable.

Crédits photographiques: © Michel Cavalca

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Oullins. Théâtre de La Renaissance. 14-XII-2021. Richard Adler (1921-2012), Jerry Ross (1926-1955) : The Pajama Game, sur un livret de George Abbott et Richard Bissell, d’après le roman de Richard Bissell : 7½ cents. Mise en scène : Jean Lacornerie, Raphaël Cottin. Scénographie : Marc Lainé, Stephan Zimmerli. Lumières : David Debrinay. Costumes : Marion Benagès. Avec : Vincent Heden, Sid ; Dalia Constantin, Babe ; Zacharie Saal, Hines ; Chloé Horry, Mabel ; Mathilde Lemonnier, Mae ; Pierre Lecomte, Charlie ; Marianne Devos, Brenda ; Alexis Meriaux, Prez ; Marie Glorieux, Poopsie ; Amélie Munier, Gladys. Sébastien Jaudon, piano ; Daniel Romero, contrebasse ; percussions, arrangements et direction : Gérard Lecointe

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