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Lise Davidsen chante les lieder de Grieg

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Edvard Grieg (1843-1907) : Haugtussa op. 67 ; Fem Digte op. 69 ; Six Lieder op. 48 ; diverses mélodies extraites des cycles suivants : 6 Digte op. 25, Elegiske Digte op. 59, Hjertest Melodier op. 5, Digte op. 60, 12 Melodier op. 33, Romancer og Sange op.18. Lise Davidsen, soprano ; Leif Ove Andsnes, piano. 1 CD Decca. Enregistré du 5 au 8 septembre 2021 au Stormen Konserthus à Bodø, Norvège. Textes de présentation en anglais, français et allemand. Textes des poésies en langue scandinave ou allemand, traduits en anglais. Durée : 79:48

 

Que deux artistes norvégiens aussi distingués que et se mettent au service d’un compositeur norvégien ne peut aboutir qu’à une production intéressante, apte à mieux faire connaitre un pan peu pratiqué de l’univers des Lieder et mélodies.

Certes, il existe une intégrale des œuvres de Grieg, et de grandes dames comme Barbara Bonney et Anne-Sophie Von Otter ont fait des incursions notables dans ce corpus, mais ces œuvres charmantes sont rarement jouées dans nos salles de concert, et c’est une bonne idée de produire ce disque. Ce n’est pas une intégrale – loin s’en faut, il faudrait six CD – qui nous est proposée, mais un beau choix de trois cycles (Haugtussa sur des textes de Anne Garborg, Fem Digte, poésies de Otto Benzon, et Six Lieder sur des textes de poètes allemands divers, comme Goethe, Chamisson etc.) agrémentés de différentes mélodies extraites d’autres cycles.

Le cycle Haugtussa développe sur huit lieder l’amour et la déception d’une jeune paysanne, avec une fin suggérée tragique, comme dans la Schöne Müllerin, mais certains poèmes prennent une thématique enfantine, avec ours, renard et loup et montagnes bleues, ce qui crée une ambiance nordique naïve assez touchante. prête ses couleurs de marbre, d’acier et de glace à la petite paysanne. Malgré le volume et l’émission hyper-projetée de sa grande voix wagnérienne, elle parvient à instiller quelques lumières et surtout des allègements qui rendent crédibles les émois amoureux de la jeune fille. La naïveté et fragilité restent un peu difficile à suggérer, et la façon dont la petite essaye d’oublier son chagrin auprès du ruisseau en invoquant un sommeil libérateur (Ved Gjaetle-Bekken, ou A la rivière Gjaetle) fait plus penser à Brünhilde sur son rocher qu’à une gamine désemparée penchant vers le suicide. Il n’empêche, le lied Møte (rencontre), quand l’héroïne rencontre le garçon qu’elle aime, est magnifique dans son éclosion et dans la charge proleptique du drame à venir. Surtout, Lise Davidsen est soutenue par un pianiste particulièrement généreux en poésie. La délicatesse du toucher de , ses accès de virtuosité, ses liés, sont fortement évocateurs des états d’âme des protagonistes, ce qui compense bien les petites limites mentionnées de sa protagoniste. Il crée des paysages, des climats très justes, très réussis, et Lise Davidsen n’a plus qu’à déployer sa voix superbe et ses belles nuances pour rentrer dans la juste expression.

Les Fem Digte, ou Cinq poèmes, font un cycle de poésies naïves, sentimentales sur des formes de rondes d’enfant, et leur rendu est de qualité encore plus haute que Haugtussa. Là encore, Lise Davdsen joue d’abord des nuances et d’un phrasé superbe plus que des couleurs, et ce que fait Leif Ove Andsnes est si beau, si délicat qu’on en oublie cette limite. Le bateau se balance sur l’eau, le serpent menace, l’enfant s’endort… Mais – ô surprise – le timbre de Lise Davidsen s’obscurcit dans le bas-médium à l’enterrement de la mère, exprimant à merveille la douleur de l’enfant. Le cycle s’achève avec Drømme, admirable de mélancolie visionnaire et de résignation courageuse.

Les autres cycles et extraits de cycle sont au même niveau d’excellence et d’authenticité. Point n’est besoin de comprendre les langues scandinaves : avec la lecture des traductions, on pénètre sans aucune difficulté dans les textes et l’interprétation magnifique de nos deux artistes norvégiens nous fait percevoir pleinement la valeur de ces délicieux lieder ou mélodies. C’est un bonheur de les découvrir.

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Edvard Grieg (1843-1907) : Haugtussa op. 67 ; Fem Digte op. 69 ; Six Lieder op. 48 ; diverses mélodies extraites des cycles suivants : 6 Digte op. 25, Elegiske Digte op. 59, Hjertest Melodier op. 5, Digte op. 60, 12 Melodier op. 33, Romancer og Sange op.18. Lise Davidsen, soprano ; Leif Ove Andsnes, piano. 1 CD Decca. Enregistré du 5 au 8 septembre 2021 au Stormen Konserthus à Bodø, Norvège. Textes de présentation en anglais, français et allemand. Textes des poésies en langue scandinave ou allemand, traduits en anglais. Durée : 79:48

 
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