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À Odyssud, un Castor et Pollux de belle tenue

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Cornebarrieu. L’Aria. 7-III-2022. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux tragédie lyrique en cinq actes sur un livret de Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil Bernard. Mise en scène : Patrick Abejean (assistante Ondine Nimal). Chorégraphie : Anouk Orignac. Costumes : Sohüta. Direction technique et création lumières : Étienne Delort. Avec : Castor : François Pardailhé ; Pollux : Renaud Bres ; Télaïre : Armelle Marq ; Phébé : Cécile Piovan ; Cléone, une suivante d’Hébé, une ombre : Amandine Bontemps ; Jupiter : Yves Boudier. Orchestre baroque À bout de souffle : continuo clavecin : Yvan Garcia ; Violoncelle : Hyunkun Cho ; Premier violon solo : Olivier Briand. Chœur À bout de souffle. Direction musicale : Stéphane Delincak

C’est avec le chef-d’œuvre de Rameau, dans sa version remaniée de 1754, par le brillant ensemble toulousain À bout de souffle, que s’ouvraient les 14e Rencontres des musiques baroques et anciennes organisées par Odyssud à Blagnac.

Si les opéras de Rameau ont été longtemps boudés pour leur difficulté et leur complexité harmonique, ce n’est plus le cas et grâce au travail de trois générations de chefs et de musiciens, ils retrouvent la faveur du public depuis quelques décennies. Le chef ne craint nullement cette mauvaise réputation. Avec son et une complicité fructueuse avec le metteur en scène , il s’est déjà confronté avec bonheur à l’œuvre de Rameau. On se souvient d’un Platée hilarant en 2010 et d’un subtil Anacréon couplé avec le bref opéra de chasse Actéon en 2017. Il n’est pas exagéré de dire que nourrit une véritable passion pour le compositeur et cela s’entend dans sa direction à la fois énergique, souple et précise.

Si la version initiale de 1737, pourtant peu goûtée à sa création, eut longtemps la faveur des chefs, c’est la version remaniée de 1754 qui lui est aujourd’hui préférée. Raccourcie d’une bonne heure avec la disparition du prologue, elle présente une trame resserrée qui renforce l’action dramatique de l’ouvrage. L’amour fraternel des deux héros prend le pas sur les querelles amoureuses de la première version et il n’est pas interdit d’y voir des résonances maçonniques en vogue dans l’Europe du XVIIIᵉ siècle. Rameau a réécrit le premier acte de façon plus éclatante, faisant apparaître tous les personnages, élaguant quelques récitatifs, ajoutant des ariettes virtuoses et refondant la musique existante dans les quatre actes suivants. Il en ressort une action dramatique d’une belle dynamique, qui tient le public en haleine tout au long de l’ouvrage.

 

Une action dramatique resserrée

À Sparte, les deux frères sont amoureux de Télaïre, mais par amour pour son frère, l’immortel Pollux, fils de Jupiter, laisse Castor l’épouser. Mais Castor est assassiné par son ennemi Lincée, également amoureux de Télaïre. Pollux venge son frère et tue Lincée. Phébé, la sœur de Télaïre, qui aimait aussi Castor, lui propose de le ramener des enfers, si elle renonce à son amour. De son côté Castor décide de monter aux cieux pour implorer son père Jupiter de rendre la vie à Castor. Jupiter répond qu’il ne peut forcer les lois de l’enfer, mais Pollux décide d’aller chercher son frère en défiant Pluton. Jupiter l’avertit que s’il descend aux enfers, il devra toutefois prendre la place de Castor et lui montre ce à quoi il renonce par les charmes envoutant d’Hébé, déesse de la jeunesse et de la vitalité, entourée des plaisirs célestes. Parvenu à entrer aux enfers, Pollux retrouve Castor, qui se languissait de Télaïre. Il refuse d’abord d’accepter le sacrifice de Pollux, mais accepte de rejoindre Télaïre le temps d’une seule journée. Télaïre se désespère de ce projet funeste, Mais Jupiter apparaît dans un tremblement de terre pour délivrer Castor de sa promesse et permet à Pollux de remonter des enfers. Il confère l’immortalité à Castor et Télaïre, tandis que les deux frères deviennent les étoiles de la constellation des Gémeaux.

Personne ne démérite sur scène, à commencer par les solistes qui maîtrisent à merveille la complexe prosodie ramélienne. Le Castor du haute-contre nous réjouit d’un timbre solaire, tandis que le Pollux de la basse-taille montre un engagement de tous les instants, ainsi que la Phébé de Céline Piovan. incarne une Télaïre émouvante d’une belle sensibilité. Nous apprécions particulièrement le soprano cristallin et brillant d’ dans les trois rôles de Cléone / une suivante d’Hébé / une ombre. Le Jupiter de la basse Yves Boudier ressemble plus à un père aimant qu’à un deus ex machina.

Très présent tout au long de l’ouvrage, le chœur À bout de souffle fait preuve d’une justesse et d’une précision remarquables avec de belles couleurs. La direction passionnée et savante de Stéphane Delincak emmène un orchestre modeste de dix-huit musiciens, comptant plusieurs membres issus des grandes formations baroques, qui rend justice à la rythmique et aux riches harmonies de Rameau. Mention spéciale au continuo très structuré d’Yvan Garcia et percussionniste , qui se régale dans les tambourins, les scènes de bataille et les orages

Enfin, la mise en scène sobre de , qui s’attache à la psychologie des personnages, se met totalement au service de l’ouvrage. Les costumes contemporains, d’une rare élégance pour les scènes d’aujourd’hui, ne jurent nullement. Le décor dépouillé est essentiellement fait de lumières. Seuls quelques nuages astucieusement manipulés pour les changements évoquent les fastes des machineries baroques.

Avec une musique d’une beauté éblouissante, servie au mieux, ce spectacle est des plus réjouissants.

Crédit Photographiques : © Monique Boutolleau

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Cornebarrieu. L’Aria. 7-III-2022. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux tragédie lyrique en cinq actes sur un livret de Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil Bernard. Mise en scène : Patrick Abejean (assistante Ondine Nimal). Chorégraphie : Anouk Orignac. Costumes : Sohüta. Direction technique et création lumières : Étienne Delort. Avec : Castor : François Pardailhé ; Pollux : Renaud Bres ; Télaïre : Armelle Marq ; Phébé : Cécile Piovan ; Cléone, une suivante d’Hébé, une ombre : Amandine Bontemps ; Jupiter : Yves Boudier. Orchestre baroque À bout de souffle : continuo clavecin : Yvan Garcia ; Violoncelle : Hyunkun Cho ; Premier violon solo : Olivier Briand. Chœur À bout de souffle. Direction musicale : Stéphane Delincak

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