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Madame Butterfly au MET : Ô vieillesse ennemie…

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New-York. Metropolitan Opera. 22-IV-2022. Giacomo Puccini (1858-1924) : madame Butterfly, opéra en trois actes (1904) sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Anthony Minghella. Scénographie : Michel Levine. Lumières : Pierre Munford. Chorégraphie : Carolyn Choa. Costumes : Han Feng. Avec : Eleonora Buratto, Cio Cio-San ; Elizabeth DeShong, Suzuki ; Brian Jagdé, Pinkerton ; David Bižić, Sharpless ; Matthew Grills, Goro. Chœur et Orchestre du Metropolitan Opera, direction : Alexandre Soddy.

Cette reprise de l’ancienne production de Madame Butterfly, créée à Londres en 2005 dans une mise en scène du regretté , semble avoir subi douloureusement les outrages des ans, sauvée in extremis de l’ennui par la musique superbement portée par dans le rôle-titre.

Hélas, il faut bien avouer qu’aujourd’hui cette mise en scène spectaculaire qui avait séduit il y a quelques années au point de s’imposer régulièrement dans la programmation du MET semble maintenant bien datée…Si le tableau inaugural impressionne toujours par sa somptuosité, ses couleurs, ses costumes, ses jeux d’ombre et de miroir, le reste de la lecture d’ parait avoir perdu au fil des années beaucoup de sa poésie au point de sombrer rapidement dans le kitsch outrancier et les japonaiseries de pacotille qui ne font plus recette…En réduisant sa vision à la seule scénographie et à un esthétisme passé de mode (vaste espace épuré, paravents japonais coulissants, hideuse marionnette Bunraku, lampions et oiseaux de papier dignes de Chinatown) l’émotion fait, ici, cruellement défaut. Sans véritable direction d’acteurs et surtout sans enjeu dramatique prégnant (l’utilisation d’une marionnette dans le rôle de l’enfant de Butterfly n’y est pas pour rien, réduisant à néant toute la charge émotionnelle de l’acte II) : l’ennui gagne rapidement pour laisser place à la musique magistralement incarnée par une distribution vocale de qualité et un orchestre du MET joliment conduit par Alexandre Soddy.

Habituée du rôle de Cio-Cio San qu’elle maitrise, est une nouvelle fois, ce soir, parfaitement convaincante : l’incarnation est éloquente de bout en bout, éclairant avec justesse toutes les facettes du personnage depuis l’insouciante crédulité du I jusqu’au désespoir suicidaire du III. La voix est superbe dans tous les registres, riche en couleurs nous gratifiant d’« Un bel di vedremo » longuement ovationné par la salle. Face à elle, Brian Jagdé campe un Pinkerton bien chantant et théâtralement convaincant, bien que la ligne puisse paraitre parfois un peu raide et les aigus exagérément poussés. , au baryton sombre et puissant est un Sharpless de choix plein de sagesse, d’humanité et d’autorité tandis excelle dans la figure protectrice de Suzuki. Seul Matthew Grills (remplaçant au pied levé Scott Scully défaillant) peine à convaincre totalement dans le rôle de Goro par son manque de puissance. Les comprimari : Raymond Aceto (le Bonze), Jeongcheol Cha (Prince Yamadori), Edyta Kulczak (Kate Pinkerton) et l’excellent chœur du MET complètent avec bonheur cette belle distribution.

Dans la fosse, conduit l’orchestre avec finesse et à propos, soucieux de l’équilibre avec les chanteurs.

Crédit photographique : © Metropolitan Opera

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New-York. Metropolitan Opera. 22-IV-2022. Giacomo Puccini (1858-1924) : madame Butterfly, opéra en trois actes (1904) sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Anthony Minghella. Scénographie : Michel Levine. Lumières : Pierre Munford. Chorégraphie : Carolyn Choa. Costumes : Han Feng. Avec : Eleonora Buratto, Cio Cio-San ; Elizabeth DeShong, Suzuki ; Brian Jagdé, Pinkerton ; David Bižić, Sharpless ; Matthew Grills, Goro. Chœur et Orchestre du Metropolitan Opera, direction : Alexandre Soddy.

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