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Claude Balbastre : l’esprit des Lumières

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Pierre Dubois. Claude Balbastre, un virtuose au siècle des Lumières. Edition L’Harmattan. 358 pages. 37 euros. Avril 2022

 

Organiste virtuose qui connut un immense succès dans la deuxième moitié du XVIIIᵉ siècle, le dijonnais est trop souvent considéré aujourd’hui comme un « petit maître ». s’attache ici à réhabiliter son œuvre en la situant dans le contexte historique et esthétique de son époque.

Né à Dijon en 1724, est le fils de l’organiste de la cathédrale de Dijon, Bénigne Balbastre, auquel il succèdera (notons au passage que l’auteur rétablit la vérité au sujet du prénom de Balbastre, qui a longtemps été improprement prénommé Claude-Bénigne). Il quitte Dijon pour Paris, où il se place sous la protection de son compatriote Jean-Philippe Rameau, auprès duquel il se perfectionne. On suit dans cet ouvrage la chronologie de la brillante carrière de celui qui fut une véritable vedette du Concert Spirituel. C’est Balbastre, avec ses concertos pour orgue et ses transcriptions d’opéras, qui fit passer l’orgue de l’église au concert. Son style galant, propre à émouvoir, eut un immense succès public auprès de le société des Lumières. C’est le portrait d’un musicien sensible et raffiné que nous livre ici l’auteur. Et à travers la biographie de Balbastre, c’est toute l’évolution du paysage musical de son époque que retrace , dans un récit riche en anecdotes. Ainsi, nommé titulaire du nouvel orgue de St Roch construit par Cliquot, Balbastre y joue ses noëls en variations à la messe de minuit et suscite un tel enthousiasme du public que l’archevêque de Paris doit y mettre bon ordre en 1762, interdisant à Balbastre de jouer à cette occasion « à cause de la multitude qui venoit pour entendre l’organiste et ne conservoit pas le respect dû à la sainteté du lieu ». Il est également nommé organiste de Notre-Dame, poste qu’il conservera jusqu’à la Révolution. Balbastre est aussi un maître de clavecin recherché. A l’abbaye de Penthémont, il enseigne le clavecin à la fine fleur de la noblesse. Il publie son Livre de clavecin en 1759. On y retrouve l’influence de Rameau, une écriture souvent virtuose, techniquement exigeante, plus complexe que l’écriture des pièces d’orgue. La réputation de Balbastre n’est pas moins grande au clavecin et au piano-forte qu’à l’orgue ; il bénéficie de très nombreux appuis haut placés, tant à la cour qu’à la ville. A cette époque charnière entre baroque et classicisme, Balbastre est le dernier représentant de l’école française de clavecin et l’un des ardents promoteurs du piano-forte. Il participe à cette révolution esthétique entre deux mondes, où une nouvelle sensibilité est en train d’émerger. Il fait beaucoup pour la promotion d’un nouvel instrument qui est à lui seul une synthèse entre l’ancien et le nouveau monde : le piano-forte organisé, qui combine l’orgue et le piano sur un même clavier. Riche, célèbre et bien en cour, il est étonnant de constater que Balbastre n’a pas été inquiété à la Révolution. Mais le prestige de son poste d’organiste de Notre-Dame de Paris et son allégeance aux nouvelles autorités révolutionnaires lui permettent de rester au premier plan de la vie musicale de cette époque tourmentée. Il compose des variations sur la » Marche des Marseillais et l’air ça-ira » comme gage de son ralliement aux idées nouvelles, et sa célébrité lui permet d’assurer la protection des orgues dont il a la charge. La légende veut que ses variations sur la Marseillaise aient sauvé l’orgue de Notre-Dame…

La grande qualité de cet ouvrage très documenté et richement illustré est de contribuer à réhabiliter l’œuvre de Balbastre en la resituant dans le contexte social et musical de la France des Lumières. Même si l’ensemble du corpus du compositeur est finement analysé, Pierre Dubois se défend de faire ici un travail de musicologue mais bien avant tout de biographe. Un biographe qui est lui-même organiste (Souvigny) et bon connaisseur de ce répertoire. En mettant la perception sensible de l’individu au centre de toute connaissance, la philosophie des Lumières ouvre la voie à un hédonisme naturaliste qui conduira plus tard au romantisme. Balbastre se situe dans de ce mouvement qui cherche avant tout à émouvoir les cœurs. En réinventant l’orgue comme instrument de concert et en accompagnant le passage du clavecin au piano-forte, il incarne à lui seul l’évolution stylistique qui mène du baroque au classicisme.

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Pierre Dubois. Claude Balbastre, un virtuose au siècle des Lumières. Edition L’Harmattan. 358 pages. 37 euros. Avril 2022

 
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